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Full text of "Le roman de Jehan de Paris publié d'après les manuscrits par Édith Wickersheimer"

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SOCIÉTÉ 

DES 

ANCIENS TEXTES FRANÇAIS 

> 

LE ROMAN DE JEHAN DE PARIS 


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LE ROMAN 

DE 

JEHAN DE PARIS 

PUBLIÉ D’APRÈS LES MANUSCRITS 

PAR 

EDITH WICKERSHEIMER 



PARIS 

LIBRAIRIE ANCIENNE ÉDOUARD CHAMPION 

ÉDITEUR 

5, QUAI MA LAQUAIS (Vl*) 

MDCCCCXXUI 


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Publication proposée à la Société en 1923. 

Approuvée par le Conseil dans sa séance du 27 avril 1923, 
sur le rapport d’une Commission composée de Messieurs 
A. Jeanroy, M Roques et A. Thomas. 

Commis sain responsable • 

M. Alfred Jeanroy. 






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INTRODUCTION 


I. DÉNOMBREMENT DES MANUSCRITS 

ET ÉDITIONS 




i° Manuscrits. 


Le Roman de Jean de Paris nous a été conservé 
par deux manuscrits et six éditions du xvi 6 siècle, 
qui sont : 


I. Bibliothèque Nationale, ms. fr. 1465 (xvi® s.), 

m 

In-folio sur papier, sans marque, relié en parchemin ; 
de 63 feuillets, par cahiers de 8 ; 23 lignes, réglé en 
rouge, titres des chapitres en rouge, initiales alter¬ 
nativement rouges et bleues, réclames en noir. Porte 
l’ancien numéro Rég. 7544*, et le numéro 209 du 
fonds La Mare. 


2. Bibliothèque de Louvain, ms. G. 54 (xvi e s.), [L]. 

In-folio sur papier, sans marque, relié en maro¬ 
quin La Vallière ; 70 feuillets, par cahiers de 8 ; 
six feuillets restaurés ; 21 lignes, réglé en rouge, titres 
des chapitres en rouge, initiales alternativement 
rouges et bleues, réclames alternativement rouges 
et noires. 


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JEHAN DE PARIS 



2° ÉDITIONS. 

1. Claude Nourry dit le Prince, Lyon, s. d. [1533] K 

In-8°, goth., 36 ff. Gravures sur bois. 

r ^ • 

Sensuyt ung très beau et excellent tomant nommé 
Jehan de Paris roy de France. On les vend a Lyon 
sur le Rosne en la maison de feu Claude Nourry 
dit le Prince. 

A la fin : Imprime nouvellement a Lyon par 
Claude Nourry dict le Prince. 

Cette description a été relevée vers 1841 par 
B. J. Gallardo, et publiée par H. Harrisse, Excerpta 
Colombiniana, Paris, 1887, in-8°, p. 118, n° 120. 
Le seul exemplaire connu de cette édition se trouvait 
à Séville dans la bibliothèque Colombine. Volé vers 
1884, il fut vendu à Paris, et l’on ignore qui en a 
fait l’acquisition. 

2. Pierre de Saincte-Lucie dict le Prince, Lyon, 
s. d. [1534] *• — Bibl. Nat. Rés. p. Y* 502. 


x. Claude Nourry vivait encore en février 1533, époque à laquelle 
ü imprima VHistoire romain* de la belle Cleriende (Brunît, III, 309 ; 
Harrisse, op. cil., p. xi6, n° 117), mais nous savons qu'il mourut au 
cours de cette année-là, car l’édition de Le Peregrin de Caviceo (Brunet, 
I, 1703) porte en même temps que la date du 20 octobre 1333» 1® nom 
de Claude Carcand, t relaissee de feu Claude Nourry dict le Prince ». 
Claude Carcand dirigea l'imprimerie après la mort de son mari iusqu'à 
l’époque de son mariage avec Pierre de Saincte-Lucie, vers la fin de 1534 ; 
Pierre de Saincte-Lucie prit alors en mains l'imprimerie de Claude 
Nourry et adopta son surnom de Le Prince. 

Les ouvrages portant la mention : en la maison de feu Claude Nourry 
(latent donc du court veuvage de Claude Carcand, de la deuxième 
moitié de l'aimée 1533 à la fin de 1534. L’édition de Jean d* Paris 
ayant été imprimée par Claude Nourry lui-même, comme l'indique le 
colophon, alors que le titre annonce qu’elle est vendue en la maison 
de feu Claude Nourry, il y a tout lieu de la dater de 1533. 

2. Les dates extrêmes de la carrière de Pierre de Saincte-Lucie dit 
le Prince sont 1534 et 1559. Le catalogue Didot, 1882, n® 437, indique. 


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INTRODUCTION 


IX 


In-8°, 36 ff. non chiffrés ; car. goth. 2 grand. ; 
34 11 . ; signât. A-D, E 4 ; 20 init. grav. ; 39 ibaj. ; 
43 grav. sur bois. 

0 

Fnc. 1, non signé (A i) verso, une gravure sur bois 
Téprésentànt une assemblée de princes et de prin¬ 
cesses. H semble qu’on doive reconnaître à droite : 
Charles VIII, qui porte l’écu aux trois fleurs de lys, 
et sa femme, Anne de Bretagne ; au milieu Pierre, 
«ire de Beaujeu, duc de Bourbon en 1488, (il porte 
sur la poitrine les armes de France, à la barre [de 
gueules] qui sont celles des ducs de Bourbon), et sa 
femme, Anne de France ; à gauche, Louis, duc d’Or¬ 
léans, plus tard Louis XII, (qui porte sur la poi¬ 
trine les armes de France, au lambel [d’argent], 
qui sont celles d'Orléans), et sa première femme 
Jeanne de France. 

3. Françoys et Benoist Chaussard treres, Lyon, 
1554. — Musée Condé, Chantilly, Vi G. 24. 

In-4 0 , 40 ff. n. c. ; car. goth. 2 grand. ; 32 11. ; 
signât. A-K 4 ; init. grav. ; 29 maj. ; 37 grav. sur 
bois. 

4. Françoys et Benoist Chaussard freres, Lyon, 
1560. — Offert par Gougy en 1905 pour 500 francs 
(Cat. 199, p. 50, n° 816) ; j’en ignore l’acquéreur. 

In-4 0 , 40 ff. n. c. ; car. goth. ; 32 11 . ; signât. A-K 4 ; 
37 grav. sur bois K 

5. Jehan Bonfons, Paris, s. d. (vers 1580). — Bibl. 
de l’Arsenal, Rés. 13140 B. L. 

La grdd danse macabre des homes et des femes..., Lyon, Satnde-Lucie, 
2 7*" mil ccccc Ixviii (1568), mais cette date est une erreur d’impression 
de Saincte-Lucie lui-même ; il faut lire 2 7 h ” mil ccccc xlviii (154S). 
(Note de M. L. Baudrier.) 

z; Description relevée sur le volume en 1905 par Émile Picot. 


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X JEHAN DE PARIS 

In-4 0 goth. ; 28 ff. n. c. ; signât. [A-G 4 ] ; 40 11 . ; 
5 bois à mi-page. 

6. Veuve de Jehan Bonfons, Paris, s. d. — Bibl. 
Nat. Rés. Y* 669. 

In-4 0 goth. ; 28 fi. n. c. ; signât. A-G 4 ; 40 11 . 

4 bois à mi-page. 


II. CLASSEMENT DES TEXTES 

i° Les manuscrits. 

Montaiglon a trouvé entre les deux manuscrits 
une telle ressemblance que l’écriture même, dit-il, en 
« est aussi semblable que possible En fait cette 
ressemblance est moins grande qu'il ne le pensait. 
Les variantes des deux textes sont, il est vrai, de 
peu d'importance, mais elles ne sont pas rares ; 
et si chaque version présente un certain nombre 
de fautes, ces fautes ne sont pas les mêmes. On en 
peut conclure qu’ils n'ont pas été copiés l’un sur 
l'autre. 

Dans le manuscrit N on relève deux fautes de 
texte. 

i° On lit dans N (p. 53, 11 . 13 à 17) et dictes au roy 
que s'il estoit enserré de tapisserie, vaixelle d’or ou 
d’argent, nous en avons assez pour nous et pour luy , 
pource qu’il a grant seigneurie estrange, comme l’en 
dit, venez le nous tantost dire... ce qui est dépourvu 
de sens. Dans L le passage est donné correctement, 
avec les mots omis par le copiste de N : ... s’il estoit 
enserré de tapisserie, vaixelle d’or ou d’argent, nous 

1. Le Romant de Jehan de Paris , éd. A. de Montaiglon, Paris, 1867, 

p. XXXIX-XLI. 




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INTRODUCTION 


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en avons assez pour nous et pour luy ; et si luy en fault» 
pource qu'il a grant seigneurie estrange... 

2° Page 78, 11 . 20 à 25, on lit dans N : puis dit au 
duc d’Orléans, son cosin : « Amenez moy ce que vous 
ay baillé ; vous n’estes pas si honteux que vous ne prenez 
du meilleur endroit », dont chascun se mit a rire, « car 
nous avons prins la nostre » ; puis dit haultement : 
« Messeigneurs, prenez place ou bon vous semblera, 
car quant a moy je suis bien ». Les mots car nous avons 
prins la nostre intercalés après le mot rire sont 
superflus ; la leçon de L est claire : « Amenez moy 
ce que vous ay baillé ; vous n’estes pas si honteux que 
vous ne prenez du meilleur endroit », dont chascun se 
mit a rire ; puis dit haultement : « Messeigneurs, 
prenez place ou bon vous semblera , car nous avons 
prins la nostre ». 

Dans le manuscrit L deux leçons paraissent fau¬ 
tives. 

i° Jean de Paris, vantant ses richesses au roi 
d’Angleterre, lui dit, selon ce manuscrit, je suis 
fils d’ung moult riche bourgeois de Paris, qui trespassa 
il y a long temps et me laissa moult de biens ; si 
n’en vois en despendre une partie, et se je puis, j’en 
amasseray de l’autre. D’après le manuscrit N, (p. 32, 
U- 3 à. 5), Jean de Paris dit au roi : si m’en vois en 
despendre une partie et puis j’en amasseray de l’aultre. 
Il semble que ce soit là la bonne leçon, car elle est 
plus conforme que celle de L au caractère un peu 
suffisant du héros. 

2° Arrivé dans la salle « ou estoient les seigneurs 
et dames » Jean de Paris confie la princesse d'Es¬ 
pagne au duc d’Orléans, qui après luy venoit (p. 78, 
1 . 16). Quand il a pris sa place dans la grande salle, 
il dit au duc d’Orléans, son cosin : « Amenez moy ce 
que vous ay baillé » (p. 78, 1 . 20). Dans le manuscrit L 
ce n’est pas au duc d’Orléans que Jean de Paris 


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XII 


JEHAN DE PARIS 


confie la princesse, mais au duc de Normandie ; il 
la redemande néanmoins au duc d’Orléans, comme 
•dans le manuscrit N ; le texte de L est donc fautif. 

Dans les cas suivants, la leçon du manuscrit L, 
si elle ne peut être qualifiée de fautive, est du moins 
inférieure au texte donné par N. 

i° Le roi de France, ayant vaincu les rebelles, 
•« receut a mercy » le peuple, et se informa diligemment 
des principaulx ammoteurs de cestuy peuple, et trouva 
■que quatre des plus grans barons d'Èspaigne avoient 
eecy machiné pour parvenir au royaulme a leur vou¬ 
loir. Ceulx furent prins, et jusques a cinquante de 
leurs complices (p. n, 11 . 3 à 8). Dans le manuscrit L 
en lit : se informa... et quatre des plus grans barons 
d’Espaigne trouva qui cecy avoient machiné... La 
meilleure leçon semble être celle du manuscrit N, 
qui donne au mot trouva la signification de apprit. 

2° Il s’agit de l'explication de la troisième devi¬ 
nette. Selon le manuscrit N (p. 83, 1 . 30), Jean de 
Paris dit au roi d'Espagne, ... puis qu’il vient a 
propoz, je suis contant de le vous declairer. Le manus¬ 
crit L porte : je suis contrainct de le vous declairer. 
C’est évidemment la leçon de N qu'il faut préférer. 

3° Les manuscrits donnent chacun sous une forme 
différente le nom d’une des stations sur la route de 
Burgos, Eibe Faviere dans N (p. 38, 1 . 21), Cibe 
Favyere dans L. L’endroit dont il est question devant 
être identifié avec le village de Herbe Faverie, c’est 
dans le manuscrit N que ce nom est le moins déna¬ 
turé. 

Mises à part les différences de textes qui viennent 
d'être notées, on relève certaines variantes qu’on 
peut qualifier de négligeables, comme l’omission 
d'un moult, d’un si, le remplacement de pource que 
par car etc. Mais telles d’entre elles ont plus d’im¬ 
portance qu'il ne semble au premier abord, et notam- 


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INTRODUCTION 




ment le groupe de celles où, dans le manuscrit L, 
a été volontairement et systématiquement écartée 
une particularité de style conservé par N. Cette 
particularité consiste en la répétition d'un ou de 
plusieurs mots dans une même proposition ou dans 
ries propositions peu éloignées l'une de l’autre. 

En voici des exemples, pris dans le manuscrit N, 
avec les passages correspondants du manuscrit L. 

i° [N p. 9, II. 21 à 24] ... le roy de France remit a son 
obeyssance grant partie des villes a l’entour. Et 
celles qui faisoient grant signe de rébellion... 

[L] ... le roy de France remist a son obeyssance grant 
partie des villes a l'entour, et celles qui faisoient 
quelque signe de rébellion... 

2° [N p. 19, 11 . 5 à 7] Les fiançailles furent faictes par 
procureur, et la ûença le procureur et conte de Len- 
castre... 

[L] Les fiançailles furent faictes par procureur, et la 
fiança le conte de Lencastre... 

3® [N p. 36, 11 . 20 à 22] ... si s’en esmerveilloient gran¬ 
dement de la grant largesse de biens qui y estait, 
et de la grant quantité de vexelle d’or et d'argent 
qui y estoit. 

[L] ... si s’en esmerveilloient moult grandement de la 
grant largesse de biens qui y estoit et de la vexelle 
d’or et d'argent qu'ils veoient. 

4° [N p. 39, 11 . 13 à 16] ... fourrures qui c’e$toient re- 
traictes pour l'amour de l’eaue, et le lendemain eussiez 
veu le drap que floctoit sur lesdictes forrures qui 
estoient gastees et retraictes. 

[L] ... fourrures qui estoient toutes retraictes pour 
l’amour de l'eaue, et le 'lendemain eussiez veu le 
drap qui floctoit sur lesdictes fourrures qui estoient 
gastées. 

5® [N p. 40, 11 . 16 à 18] Le lendemain au matin partirent 
et vindrent logier a Bayonne. Et le lendemain matin 
se partirent dudict Bayonne. 

[L] Le lendemain au matin partirent et vindrent logier 
a Baionne. Puis partirent de Baionne. 


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XIV JEHAN DE PARIS 

6° [N p. 45, 11 . 20 à 22] L'on l’alla dire au roy d'Espaigne, 
qui ja estoit a table et toute la baronnie. Si fut.dil 
au roy qu’il estoit arrivé deux heraulx. 

[L] L’on l’alla dire au roy d’Espaigne, qui ja estoit 
a table et toute la baronnie, qu’il estoit arrivé deux 
heraulx. 

7° £N p. 55, 11 . 28 à 29] Incontinent après les premiers 
chariots , en apparurent aultres vingt cinq chariotx. 

[L] Incontinent après les premiers chariot* en appa¬ 
rurent aultres vingt cinq. 

8° [N p. 77, 11 . 2 à 4] Les dames et seigneurs qui estaient 
demorez au palais furent tous esbays quant ilz virènt 
que les deux roys tant demeuroient. 

[L] Les dames et les seigneurs qui estoient ou palais 
se desconfortoient, en disant que Jehan de Paris ne 
viendroit point puisque les deux roys demouroient 
si longuement. 

Dans le manuscrit L les répétitions du manuscrit N 
semblent avoir été systématiquement évitées ; sup¬ 
pressions regrettables, puisqu'elles privent le style 
d’un de ses traits les plus caractéristiques. 

En résumé, on relève : 

i° dans le manuscrit N deux fautes de texte ; 

2 0 dans le manuscrit L deux fautes de texte ; 
trois leçons inférieures aux leçons correspondantes 
de N ; l’omission systématique d’une particularité 
de style pittoresque. 

Au total, le style du manuscrit N paraît plus satis¬ 
faisant que celui du manuscrit L. 

* • • 

2 0 Les Éditions. 

L’édition de Pierre de Saincte-Lucie reproduit 
sans doute le texte de l’édition plus ancienne, aujour¬ 
d’hui perdue, de Claude Nourry dit le Prince. L’édi¬ 
tion de Pierre de Saincte-Lucie sort en effet des 


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INTRODUCTION 


XV 


presses de Claude Nourry, dont Pierre de Saincte- 
Lucie prit la succession. Nous ne connaissons que 
le titre de cette édition perdue ; il est conforme au 
titre dans l’édition de Pierre de Saincte-Lucie. Fran- 
^oys et Benoist Chaussard frères se sont bornés à 
reproduire en 1560 le texte de leur édition de 1554. 
De même le texte publié par Jehan Bonfons a servi 
de base à l’édition que publia sa veuve. 

Dans la majorité des cas où l’édition de Pierre de 
Saincte-Lucie diffère des manuscrits, l'édition de 
Chaussard frères est d’accord avec la version impri¬ 
mée. Françoys et Benoist Chaussard n’ont cependant 
pas copié le texte de Pierre de Saincte-Lucie, comme 
le prouvent les cas où leur édition de 1554 présente 
des leçons différentes de celles de Pierre de Saincte- 
Lucie, mais pareilles à celles des manuscrits. L’édi¬ 
tion de Jehan Bonfons n’est pas une copie de celle 
•de Pierre de Saincte-Lucie, mais elle n’en diffère 
le plus souvent que par des détails. 

En résumé, les rédactions imprimées du Roman 
de Jean de Paris, susceptibles de fournir des indi¬ 
cations sur le texte sont au nombre de trois, les 
éditions de Pierre de Saincte-Lucie, [S], de Chaus¬ 
sard frères, 1554, [C], et de Jehan Bonfons, [B]. 
De ces trois éditions, aucune n'est la copie d’une 
des autres, mais toutes trois offrent sensiblement le 
même texte. 

Le texte des versions imprimées du Roman de 
Jean de Paris est semblable dans ses grandes lignes 
à celui des manuscrits ; il en diffère pourtant par 
quelques points : 

i° Le vocabulaire et la syntaxe sont moder¬ 
nisés. 

2® Le style est moins concis; il est alourdi par 
l’addition de synonymes et de qualificatifs. 

3° Sous l'influence de mœurs et de modes nou- 


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XVI 


JEHAN DE PARIS 


velles, certains détails ont été ajoutés au texte, 
d’autres supprimés. 

La comparaison des éditions aux manuscrits 
aboutit d’autre part aux constatations suivantes : 

i° Les éditions reproduisent les deux fautes du 
manuscrit L, mais non les deux fautes du manus¬ 
crit N. 

2° Dans les trois cas 1 où le texte de L paraît 
inférieur à celui de N, les éditions sont dissemblables. 
Dans le premier cas, les éditions de Pierre de Saincte- 
Lucie et de Jehan Bonfons sont d’accord avec le 

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manuscrit L ; l’édition de 1554 est d’accord avec le 
manuscrit N. Dans le deuxième cas, les éditions sont 
d’accord avec le manuscrit N. Dans le troisième cas, 
les éditions suppriment le nom de l’endroit sur lequel 
les manuscrits sont en désaccord. 

3° Les répétitions qui caractérisent le style du 
manuscrit N et qui n’ont pas été conservées dans le 
manuscrit L, sont supprimées dans les éditions. 

On peut donc admettre que les éditions ne repro¬ 
duisent pas le texte du manuscrit N. Un examen 
attentif des variantes semble démontrer qu’elles ne 
reproduisent pas non plus le texte du manuscrit L ; 
toutefois, on y trouve la plupart des défauts qui 
rendent le texte du manuscrit L inférieur à celui 
du manuscrit N. 


III. ÉTABLISSEMENT DU TEXTE 


En 1855 Émile Mabille publia une édition du 
Roman de Jehan de Paris pour la Bibliothèque 
Elzévirienrte, qui reproduit à peu de chose près le 

1. Voir p. xii. 


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INTRODUCTION 


XVI* 


texte de Jehan Bonfons. En 1867 Anatole 4 e Monr 
taiglon en donna une nouvelle 1 d’après les ,deux. 
manuscrits, sans toutefois suivre scrupuleusement 
celui de la Bibliothèque Nationale qui lui servit de 
base ; il nota en appendice les principales variantes, 
du manuscrit qui appartient aujourd'hui à la biblio¬ 
thèque de .Louvain. 

La présente édition a pour base le manuscrit N, 
la plus satisfaisante, au point de vue du texte, des¬ 
rédactions du Roman de Jean de Paris parvenues 
jusqu’à nous. Deux leçons incorrectes de ce manus¬ 
crit *, ont été corrigées au moyen des passages 
correspondants du manuscrit L. 

Quatre passages, défectueux partout, ont été 
modifiés. 

e 

i° P. 5, 11 . 12 à 14, — Manquent dans le manus¬ 
crit L. La leçon de N est grammaticalement inintel¬ 
ligible : les nobles de mon royaulme ont par leur faulx 
donné entendre au peuple et séduit à l’encontre de 
moy . Même leçon dans les éditions, à l’exception 
de donner pour donné dans S. Il y a lieu de corriger 
ainsi : Les nobles de mon royaulme ont par leur faulx 
donné a entendre le peuple séduit a l’encontre dr 
moy. 

Donné a entendre comme substantif était en usage 
à la fin du xv« siècle. Dans le Livre d’Amours, auquel 
est relatee la grant amour et façon par laquelle Pam- 
phille peut jouyr de Galathee, et le moyen qu’en fist 
la maquerelle, il est raconté Comme Pamphille se- 
tourmente pour le faulx donné a entendre que la vieille- 
luy baille 8 . Donner a entendre employé comme subs- 

1. L’édition de Montaiglon a été l’objet d’un compte-rendu par 
Gaston Paris, dans la Revue Critique, 1867, 2* semestre, p. 157. 

2. Voir pp. x-xi. 

3. Bibl. Nat., Vélins 1078, édition de Vérard, 23 juillet 1494, f° Fv- 
verso. 

b 


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XVIII 


JEHAN DE PARIS 


tantif se trouve dans les premières éditions du Mar- 
iyrologue des fattises langues : 


Par vostre faulx et donner a entendre 
Guerres mettez entre princes et roys K 


2° P. 34, U. 2 et 3. — Nous avons trois versions 
différentes de ce passage. 

N ... de vieilles poulaiUes qu'ilz trouvoient ; 
vous povez pencer si elle estoit fort tendre. 

LC ... de vieilles poulaiUes qu'ils trouvoient ; 
vous povez penser si la chair estoit tendre. 

S ...de vieilles poulaiUes telles qu’ilz pouvoyent trouver ; 
vous povez penser si elles estoyent fort tendres. 


La leçon de N est grammaticalement incorrecte, 
le pronom elle étant au singulier, et son antécédent 
poulaiUes au pluriel. L et C évitent cette faute en 
remplaçant le pronom elle par le substantif chair. 
S corrige en mettant au pluriel pronom, verbe et 
adjectif. Comme le substantif poulaille au singulier 
-était en usage au xv® siècle, avec la signification de 
volaille *, je proposerais de lire : de vieille poulaiüe 
qu’ilz trouvoient. Vous povez pencer si elle estoit fort 
tendre. 


30 P. 34 # IL 9 et 10. 

N et si n’y avoit pas grant chose que attendre deust estre. 
L et si n’y avoit pas grant chose que actendre deust estre. 

Les éditions omettent le passage, que l'on pour¬ 
rait rétablir ainsi : et si n’y avoit pas grant chose que 
attendue deust estre. 


1. L’édition du Martyrologue de M. Arthur Piaget et Émile Picot 
donne en note cette leçon et dans le texte la leçon d’une édition 
publiée vers 1300 : Par trop souvent faulx donnes a entendre. V. Œuvres 
Poétiques de Guillaume Alexis, Prieur de Bucy, (Soc. des Ane. T.), 
voL II, p. 394 . L 4462. 

s. Godefroy, Dict. de P Ane français, Complément, s. v», pou - 
aille. 


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INTRODUCTION 


XIX 


4° P. 37, 11 . 8 à 12. — Le manuscrit N porte : 

et faisoit moult beau veoir ledict pavillon par dedans, 
et les beaulx carreaulx et oreilliers qui y estoient aussi 
faisoit beau veoir. Les omemens de sa chappelle 
estoient moult fort beaux et riches. 

Cette manière d’écrire est habituellement étran¬ 
gère à l'auteur de Jean de Paris. On s’attendrait 
à lire : et faisoit... et oreilliers qui y estoient : aussi 
faisoit beau veoir etc., mais en ponctuant ainsi, 
la phrase n'aurait aucun sens. Le manuscrit L et 
les éditions arrêtent la première phrase après y 
estoient, et laissent de côté la fin du passage estoient 
moult fort beaux et riches. Je proposerais de rétablir 
ce passage ainsi qu’il suit : et faisoit... oreilliers qui 
y estoient ; aussi faisoit beau veoir les omemens de 
sa chappelle, [qui] estoient moult fort beaux et riches. 

Les variantes du manuscrit L, sauf les variantes 
orthographiques, sont données en note dans le texte. 
L'orthographe adoptée est celle du manuscrit N. 

Le texte est suivi d'un glossaire, où se trouvent 
relevés et interprétés les mots que leur forme inusitée 
pourrait rendre obscurs, ainsi que les mots aujour¬ 
d'hui disparus et ceux qui sont pris dans une accep¬ 
tion qu'ils n’ont plus actuellement. 

I 

IV. L’AUTEUR ET LA DATE 

Le Roman de Jean de Paris est resté anonyme, 
et l'on ne sait rien sur la personnalité de l’auteur 
que ce qui se dégage du roman même. Cet auteur 
vivait probablement à la cour de France ; il en 
connaît le cérémonial, et tel terme de son vocabulaire 


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XX 


JEHAN DE PARIS 


est propre à l’usage de cette cour. Il devait être 
bon courtisan, car il reflète fidèlement l’état d’esprit 
du roi Charles VIII et de ses partisans. On peut 
supposer qu’il écrivait à Lyon ; plusieurs indices 
rendent vraisemblable cette hypothèse, entre autres 
le fait que la reine Anne séjourna très souvent 
à Lyon, avec sa maison et toute la cour, pendant 
l’absence de Charles VIII en Italie. 

Dans son Introduction \ Montaiglon a montré que 
le Roman de Jean de Paris ne pouvait avoir été écrit 
que dans les dernières années du xv« siècle, et il en 
rapproche ingénieusement les péripéties des circons¬ 
tances qui accompagnèrent le mariage du roi de 
France Charles VIII avec Anne de Bretagne. On 
peut pousser beaucoup plus loin qu’il ne l’a fait 
la comparaison entre le roman et le milieu où il 
est né : j’en traiterai ailleurs avec détail ; j'indiquerai 
simplement ici qu’au terme de cette étude j’ai été 
amenée à situer l'œuvre dans l’année qui s’étend 
entre la fin de novembre 1494 et le début de 
décembre 1495. 

I P. XX à XXXIV. 


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JEHAN DE PARIS 


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Cy commence un g noble et tresexcellent romani 
nommé Jehan de Paris, roy de France. 

En l’honneur de Dieu nostre créateur et rédemp¬ 
teur, et de sa benoiste vierge mere, puissions nous 
5 faire et dire chose en cestuy transsitoire monde que 
a luy soit plaisante et a nous prouffitable. Mais pource 
que nostre pouvre fragilité est tantost lassee et fati¬ 
guée a lire ou escouter choses salutaires et qu'ilz 
nous doivent conduire a la etemelle félicité et re- 
io monstrance de noz pechez et meffaiz, et tantost 
facillement s’encline a vices et pechez et que grant 
mal est aujourd’uy pource que chascun entend de 
legier en railleries dissolues et diffamations, dont 
grans maulx en viennent, et pour éviter oysiveté 
15 qui est seur de pechié, j’ay voulu icy mectre par 
escript une histoire joyeuse que j’ay translatée 
d’espaignol en langue françoise. Et pour ce, s’il y a 
chose qui ne soit comme il appartient me soit par- 
f» 1 v° donné, car je l’ay fait pour || seullement faire passer 
20 le temps aux lisans qu’ilz vouldront prendre la peine 
de le lire. 

Les 3 premiers feuillets (p. 1 à p. 6, l. 23, provision) man¬ 
quent en L 


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4 


JEHAN DE PARIS 


Comment le roy d’Espaigne ce gecta aux piez du 
roy de France qui venoit de la messe avecq 
plusieurs grans seigneurs et barons de grant 
renom. 

5 II fut jadis en France ung roy moult sage et vail¬ 
lant, lequel avoit ung tresbeau filz de l’eage de trois 
ans, nommé Jehan, et plus n’en avoit de la royne 
sa femme qui moult notable et saige dame estoit. 
Si se tenoit alors le roy en la cité de Paris, avecq 
io la plus grant partie de sa baronnie de son royaulme 
en grant desduit et soûlas, car alors n'estoit milles 
nouvelles de guerre en France par quoy le Roy et 
tous ses suppotz en grans triumphes et richesses 
habundoient. Ung jour comme le roy venoit de la 
15,-. messe acompaigné de ses barons et chevaliers, et 
ainsi qu’il estoit à l’entree de son palaix royal, et 
que celuy jour estoit une solempne feste, arriva 
devant luy le roy d’Espaigne qui en grans pleurs 
f° a et || gemissemens se gecta aux piez du roy de France. 
20 Et tantost le roy de France se bessa pour le faire 
lever, car incontinant il le congneut, mais le roy d’Es¬ 
paigne ne se voulut nullement lever ne parler ne 
pouvoit, mais grans souspirs faisoit, dont le roy 
grant compassion en avoit et tous les barons d’en- 
25 tour luy. Et quand il vit que lever ne se vouloit, 
il luy dit telles parolles : « Beau frere d'Espaigne, 
je vous prie que vous vous levez, et vostre grief 
courroux vueillez ung peu refrener, tant que nous 
sachons la cause, car en bonne foy vous promectons 
30 que a nostre pouvoir ayderons a la mectre a fin le 
mieulx que nous sera possible, si faire le pouvons. » 
Si se bessa de rechef et redressa le roy d’Espaigne, 
lequel va commancer a dire en se desconfortant et 


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JEHAN DE PARIS 


5 


criant a haulte voix : « Trescrestien, hault, et puis¬ 
sant roy, je vous mercie humblement de la belle offre 
que de vostre benigne grâce vous a pieu me faire. 
Et pource que vous et voz prédécesseurs estes con- 
5 servateurs de toute royaulté et noblesse et justice, 
je suis venu a vous pour vous dire mon infortune, 
meschief et doloreuse complaincte. Sachez, sire, que 
f® 2 v® a grant tort || et sans raison, et soubz couleur d'ung 
nouvel tribut que en mon royaulme avoit esté mis pour 
io éviter a la dampnable entreprinse du roy de Grenade, 
infidèle a nostre loy, qu’il avoit faict contre mon 
royaulme et la saincte foy catholique, les nobles 
de mon royaulme ont par leur faulx donné a entendre 
le peuple séduit a l'encontre de moy, que m’ont 
15 voulu faire morir, et m’en a faillu fouyr au mieulx 
que j’ay peu en l'estât que me povez veoir. Et 
tiennent la royne ma femme et une petite fille 
mienne que n’a que trois mois assigee un une de mes 
villes appellee Seguonye, et ont desliberé la faire 
20 morir pour mieulx avoir le royaulme a leur vou- 
lenté. » Et en recomptant ces parolles le cueur luy 
serra et tomba pasmé aux piez du roy de France, 
lequel le fit incontinant relever et revenir. Et quant 
il fut en son sang rassis, le roy, qui pitié avoit de luy, 
25 dit en ceste maniéré : « Beau frere d’Espaigne, ne 
vueillez plus par tristesse et courroux vostre cueur 
affliger, mais vueillez prendre courage vertueulx 
comme par cy devant avez tousjours heu, car je vous 
prometz et jure sur ma foy que demain au plus matin 
30 j'envoyray lectres en Espaigne aux barons et peuple || 
t° 3 du royaulme ; et s’ilz ne veullent obeyr, je iray en 
personne les mectre a raison. » Quant le roy d’Es¬ 
paigne ouyt ceste promesse il fut terriblement 
joyeulx, et dit tout humblement au roy qu'il le mer- 

13 N faülx donné entendre au peuple et séduit 


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6 


JEHAN DE PARIS 


doit. De cecy furent fort joyeulx les barons de 
France, car grant compassion avoient du roy d’Es- 
paigne, et aussi avoient grant désir de eulx exerdter 
en faitz d’armes, car long temps avoit que en France 
5 n’avoit eu guerre. Tout celuy jour fut moult festoyé 
le roy d'Espaigne, et pour l’heure plus ne fut parlé 
de la matière, si non de faire bonne chiere. 

Comment le roy de France escrivit aux barons 
d'Espaigne qu’ilz eussent a venir repairer le 
io tort et deshonneur qu’ilz avoient faict a leur roy. 

Quant vint le lendemain au matin le roy fit es- 
cripre une lectre ainsi que s’ensuit, et au marge de 
dessus estoit escript, « De par le roy », et la lectre con- 
tenoit ainsi : « Chiers et bien aymez, nous avons receu 
15 la complaincte de nostre chier et bien aymé frere 
le roy d’Espaigne, vostre droict et naturel seigneur, 
f° 3 v* contenant comme a tort et sans || cause l’avez des¬ 
chassé de son royaulme. Et que plus est, tenez as¬ 
siégée nostre belle seur sa femme, et plusieurs aultres 
20 grans et énormes cas qu’avez faitz a l’encontre de 
luy, que sont de tresmauvais exemple a toute royaulté 
et noblesse. Pour ce est il que nous voulons savoir la 
vérité du cas pour y donner telle pugnition et pro¬ 
vision qu’il appartiendra estre faicte par raison, 
25 car nous l'avons mis en nostre protection et sauve¬ 
garde, luy, sa famille et biens, en vous mandant que 
incontinant sans aulcun delay, vous vuydez le siégé 
de devant la royne vostre naturelle dame, et luy 
faictes et faictes faire telle obeyssance comme para- 
30 vant ceste question luy estoit faicte et acoustumee 
de faire. Et avec ce venez, des principaulx d'entre 
vous, jusques au nombre de vingt, avecq telle compai- 
gnie que vous semblera bon, pour dire les causes qui 


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JEHAN DE PARIS 


7 


vous ont meu a ce faire, pour en faire la raison comme 
il appartiendra, en vous notifiant que, ce vous y 
faictes faulte, nous y yrons en personne, et en tarons 
telle pugnition qu’il en sera perpétuelle mémoire. 

5 Fait a Paris le premier jour de mars. » Et au dessus des 

f* 4 lectres || estoit escript : « Aux barons et peuple d’Es- 
paigne. » Le roy fit incontinant despescher ung cour¬ 
rier auquel furent baillées lesdictes lectres, et luy 
commanda le roy que il fist extreme diligence. Et 
io aussi fit il, car en cinq sepmaines il fut allé et revenu. 


Comment le herault du roy de France apporta 
la responce que luy avoient faicte les barons 
d'Espaigne. 


Quant ledict herault fut arrivé a Paris, il s’en alla 
15 tout droit au palaix descendre de son cheval et monta 
les degrez et vint en la chambre ou le roy estoit. 
Si luy fit la reverence et dit : « Sire, plaise vous sça- 
voir que j’ay esté a Seguonye, ou j'ay trouvé grant 
peuple devant, qui tiennent la ville assiegee et la 
20 royne qui est dedans, et presentay voz lectres aux 
barons et cappitaynes de l’armee, lesquelz inconti¬ 
nant se assemblèrent, et firent lire les lectres par ung 
de leurs gens. Et incontinant qu'ilz les eurent fait 
lire, ilz me firent tirer a part, et tindrent conseil. 
25 Au bout de deux heures apres, m’envoyerent quérir, 
et me firent responce de bouche en disant qu’ilz 
* 4 v° s’esmerveilloient grandement de quoy vous || preniez 
peine et soucy d’une chose qui en riens ne vous 
touchoit, et que vous ne vous mectez ja en telle 
30 adventure de les aller chercher au pays pour telle 


9 L et manque — 14 L furent — 15 L puis ra. — 19 L que 
t... — 21 JL que inc. — 30 N allez 


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8 


JEHAN DE PARIS 


achoison, et que par quelque promesse que leur dit 
roy vous aye fait ne vous en debvez mesler, car 
pour voz lectres ne pour voz menasses ne lairront a 
mectre fin a leur entreprinse, car avecques vous ilz 
5 n’ont riens a faire. Je leur requis qu’ilz me baillassent 
leur responce par escript, mais ilz me respondirent 
que aultre chose n’en auroye, et me firent commande¬ 
ment que dedans six heures vuydasse le siégé et bien 
tost le pays. Et quant je vis que aultre chose ne pou- 
io vois faire, m’en suis retourné, et me semble que la 
ville est assez forte a l’encontre d’eulx et ne la pour- 
roient prendre d’ung long temps, se il y a vivres 
dedans et gens qu'ilz soient leaulx a leur dame. » 
Quant le roy ouyt celle responce il en fut moult 
15 mal content, et non sans cause, mais le roy d’Es- 
paigne et les barons de France en estoient bien 
joyeulx, car grant vouloir avoient que le roy y allast 
en armes comme il fit. Car incontinant le roy manda 
tous ses barons, cappitaines et chefz de guerre, et 
f° 5 sans aulcun delay fit appareillier tout || ce qui estoit 
de besoing pour aller en Espaigne commancer la guerre 
contre les barons du pays. Si fut fait telle diligence 
que a la fin du moys de may ensuivant le roy partit 
de Paris avecqle roy d’Espaigne, jusques au nombre 
25 de cinquante mille bons combatans bien en point„ 
et s’en vint passer a Bourdeaux, et de la a Baionne. 

Comment le roy de France arriva en Espaigne 
et ne trouva personne en chemin si non le gou¬ 
verneur d’Espaigne lequel s’enfuit incontinent . 

30 Quant le roy fut près d’Espaigne, il mit ses gen^ 
en moult belle ordonnance, et donna la charge de 

1 L pour quelque — 2 L faicte — 9 L pouvoye — 11 L 
pourront — 20 L que 


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JEHAN DE PARIS 


9- 


l'avant garde au roy d’Espaigne. Ilz entrèrent en. 
Biscaye tous jours serrez ensemble, car ilz n’estaient 
jamais loing les ungs des aultres de deux ou de trois- 
lieues ; si ne trouvèrent adventure aulcune que a. 

5 compter face jusques ilz furent bien avant dedans 
Espaigne ou ilz rencontrèrent le gouverneur dudict 
pays avecq bien vingt cinq mille combat ans qu'il, 
avoit amassez, qui estoient fort mal acoustrez. Et 
f° 3 v° quant ilz apparceurent || noz gens qui venoient bien 
io serrez et rengez, le cueur leur faillit et s'en fouyrent 
de peur qu'ilz avoient, de quoy noz gens ne firent 
pas grant compte, car ilz vouloient aller lever le siege- 
de devant Seguonye. Si arrivèrent devant une ville 
qui leur fut ouverte, appellee Burges, qui estoit une 
15 des bonnes citez du pays, et le roy les print a mercjr 
pource qu’il avoient si tost obey. 

» « 

Comment les embassadeurs des barons d’Es¬ 
paigne vindrent devers le roy de France pour 
avoir paix. 

20 En celle ville de Burges séjournèrent huit jours 
le roy de France et d'Espaigne. Et ce pendant le roy 
de France remit a son obeyssance grant partie des 
villes a l'entour. Et celles qui faisoient grant signe 
de rébellion il les faisoit raser et mectre tout a feu 
25 et a sang ; les aultres qui venoient a mercy leur 
pardonnoit, tellement que le bruit et l’effroÿ fut si 
grant par tout Espaigne que toutes les villes, citez 
et chasteaux apportoient les clefz et venoient faire 
obéissance au roy de France. De la a huit jours passez 
f® 6 s'en partirent pour aller || droit a Seguonye, mais ilz. 

14 L que 1 . — 16 L qu’ilz — 17 L comme — 20 L icelle 
— 23 L quelque signe — 25 L que — 26 L et l’efïroy~ 

manque 


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JEHAN DE PARIS 


10 

trouvèrent en chemyn l’ambassade des barons du 
siégé qui venoient devers le roy pour traicter paix. 
Et fut fait plusieurs remonstrances au roy de 
France de la part desdicts barons, en eulx comptai- 
5 gnant a grant tort du roy d’Espaigne leur seigneur ; 
mais pour en faire bref, le roy de France, qui moult 
saige et vaillant estoit, congnoissant leur malice et 
mal talant, fit responce que, se bon leur sembloit, 
qu’ilz se missent en deffence, car jamais il ne les 
:io prendroit a mercy jusques a ce qu’il verroit et vien- 
droient tous les nobles a genoulx devant leur roy 
crier mercy, et le peuple tout en chemise, nues testes, 
et que des plus coulpables il en pugniroit jusques au 
nombre de cinquante, affin qu’il en fust perpétuelle 
15 mémoire. Ceulx qui estoient venuz pour ladicte em- 
bassade furent bien esbays, et non pas sans bonne 
raison, voyant que a la puissance de France ne pour¬ 
raient résister, et • mesmement que ja les deux tiers 
du pays estoit ja en sa main. Si ne sceurent que faire, 
20 fors qu'ilz obtindrent du ray dix jours de respit 
pour aller notifier les nouvelles a ceulx qui les 
rf° 6 V® avoyent envoyez. Et quant ilz furent i| devers eulx 
et leur eurent dit et fait leur rapport, tous fuient si 
estonnez que le plus hardi ne sçavoit que dire. 

425 Comment les embassadeurs des barons du royaulme 

d’Espaigne apportèrent la responce que leur avoit 
faicte le roy de France. Et comment le populaire 
vint pardevers luy pour luy crier mercy quant 
ilz sceurent les nouvelles du roy de France. 

30 Comment le populaire fut tantost dessevré d’avec 
les seigneurs, par quoy, voyant que résister ne pou- 

4 L de par lesditz — 9 L si se missent — 12 L luy crier — 
testes nues — 17 L povoient — 28 L pour devers le roy 


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JEHAN DE PARIS 


II 



IO 

*°7 






voient, si vindrent tous a la mercy du roy de France 
en la forme que les embassadeurs leur avoient de- 
nuncié, le roy les receut a mercy, et se informa dili¬ 
gemment des principaulx ammoteurs de cestuy 
peuple, et trouva que quatre des plus grans barons 
d’Espaigne avoient cecy machiné pour parvenir au 
royaulme a leur vouloir. Ceulx furent prins, et jusques 
a cinquante de leurs complices, que le roy fit mener 
après luy jusques a Seguonye devers la royne, laquelle 
vint a grant honneur et moult belle compaignie 
audevant dudit roy || et de son mary jusques a quatre 
lieues. Quant elle fut devant le roy de France, elle se 
mit a deux genoulx d’aussi loing qu’elle le peut 
veoir, et de la ne se voult lever jusques le roy hasti- 
vement descendit et la redressa, puis la baisa. Et la 
royne, qui moult sage dame estoit, va dire telles 
parolles : « Helas, treshault et puissant roy, qui 
pourroit vous recompancer le treshault bien et 
secours que de vostre benigne grâce avez donné 
a ceste pouvre captive? C’est chose impossible a tous 
les humains, mais nostre Seigneur Jesuscrist doint 
grâce a monseigneur mon mary et a moy de faire 
le possible, et Dieu vueille le résidu parfaire en sa 
saincte gloire. » 

« Belle seur », dit le roy, qui fort fut contant de 
son recueil, « cela est tout compensé ; ne parlons 
plus que de faire bonne chiere. Et allez veoir vostre 
mary qui vient icy après avec les prisonniers et gens 
de vostre royaulme. » 

« Sire », dit elle, « quant je vous voy, je voy tout, 
si ne vous laisseray, mais que je ne vous desplaise, 
jusques a la ville. » 


3 L a mercy manque — 5-6 L et quatre des plus grans 
barons d’Espaigne trouva qui cecy avoient machiné — 
12 Le huitième feuillet (de l. 12 lieues à p. 12, /. 17 apparte- 
noit) manque en L 


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12 JEHAN DE PARIS 

Quant le roy vit la grant humilité de ceste femme,, 
il la fit monter a cheval et s'en retourna arriéré et la 
mena avecq luy a force devers le roy d’Espaigne 
i° 7 v° son mary qui grant feste luy fit. Si s’en allèrent ü moult 
5 joyeusement en devisant de moult de choses jusques- 
en la ville, laquelle fut toute tendue le plus richement 
que l’on peut faire. Et fut receu le noble roy de 
France au plus grant honneur et humilité que l'on 
peut, dont luy et tous ses gens se contenteront moult 
io fort, et furent bien joyeux de veoir celle belle ville 
et si, bien acoustree comme elle est oit, car oncques- 
n'avoient veu telles besongnes. 

Comme le noble roy de France entra en la noble 
ville de Seguonye avec- le roy et la royne d’Es- 
15 paigne et aussi les prisonniers qu’il menait 

après luy pour en faire la pugnition telle qu’il 
appartenait. 

Quinze jours dura la feste en Seguonye, ou il fut 
fait de moult beaulx esbatemens et joustes que je 
20 laisse pour cause de briefveté, mais tousjours faisoit 
faire le noble roy de France justice de ceulx qui 
avoient encommancé l’injure contre le roy d’Es¬ 
paigne Si fit au bout de quinze jours drecer ung es- 
chaffault au milieu de la ville, et illec devant tout le 
25 peuple, fit decoler les quatre plus principaulx coul- 
i° 8 pables du cas, puis envoya || en chascune bonne ville 
cinq des aultres pour monstrer exemple au peuple 
de bien servir et obeyr a leur roy mieulx qu’ilz. 
n’avoient fait par avant, et que ung chascun y prist 
30 exemple. Après ce, mit le roy d’Espaigne en son 
royaulme, et fut mieulx obey et crainct que jamais- 

22 L encommancee — 24 L tout manque. 


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» 


JEHAN DE PARIS 13 

n’avoit esté par avant. Cela fait, deslibera s’en retour¬ 
ner en France avecq son armee, car il avoit mis tout 
le pays en bonne paix et concorde. 

Comment le roy d’Espaigne et la royne, voyant 
5 que le roy de France s*en vouloit retourner, se 

vindrent agenoiUier devant luy , en luy remer¬ 
ciant le bien, l'honneur et le service qu'il leur 
avoit fait et luy recommandèrent leur fille. 

Quant le roy d’Espaigne et la royne virent que le 
jo roy de France s’en vouloit retourner en France, si 
ne sçavoient en quelle maniéré ilz le dévoient remer¬ 
cier ne regracier le bien et l’honneur qu’il leur avoit 
fait, par quoy s’en vindrent devant tout le peuple 
mectre a ses piez en disant : « Treshault et puissant 
j 5 roy, bien savons que icy ne povez bonnement guieres 
8 v« demourer, pour les grans affaires || de vostre royaulme. 
Si savons bien que a nous n’est pas de vous pouvoir 
recompancer en aulcune maniéré, mais toutesfoiz 
ce que en nous sera desirons fort de faire et acomplir 
20 envers vous : si vous prions et requérons que vueillez 
mectre sur nous et noz successeurs tel tribut et 
revenu comme il yous plaira, car de vous et voz 
successeurs voulions doresnavant tenir nostre 
royaulme comme bons et loyaulx subgetz, car c’est 
25 bien raison. » Quant le roy ouyt ses parolles, il en 
eut moult grant pitié ; si leur respondit en les rele¬ 
vant : « Mes amys, croyez que envie de gaigner et 
acquérir pays ne m’a pas fait venir en ce royaulme, 
mais le désir et vouloir de justice augmenter, et les 
30 honneurs royaulx garder et entretenir. Si vous prie 

6 L en le merciant de l'honneur et du service qui — 
10 L s’en manque — 12 L qui — 17 L pas possible — 19 L 
sera possible — 22 L de voz suc. — 25 L roy de France 
— 27 L g. ne acquérir 


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14 


JEHAN DE PARIS 


5 


fo.j 

10 


15 


20 


25 


que plus ne soit parlé de ces parolles, ains le vous- 
deffens en autant que craignez a me desplaire ; mais- 
pensez de bien faire et sagement gouverner voz sub- 
getz en bonne justice et en craincte de Dieu, car par 
ce moyen prospérerez et non aultrement. Et si riens 
vous survient, faictes le moy savoir, car sans nulle 
faulte vous secourray et ayderay. » 

Quant ilz virent la grant amour et cordialité que 
le roy || avoit envers eulx, la royne print sa fille* 
qui estoit de l’eage de cinq a six mois, entre ses bras* 
et vindrent devant le roy de France, luy requérant 
que son plaisir fust ouyr et escouter une petite re- 
queste qu’ilz luy vouloient faire. « Je le veulx bien », 
dit le roy. Adonc la royne commença a parler ainsi : 
« Sire, puis que ainsi est que a vous du tout avons 
nostre esperance, vous prions et requérons que ceste 
pouvre fille que voyez icy entre mes bras vous soit 
pour recommandée, car jamais n'avons esperance 
d'avoir aultres enfans, pource que sommes desja. 
fort sus l'eage, par quoy si Dieu luy donne grâce de- 
vivre eage competant pour marier, vostre plaisir 
soit la pourveoir de mary comme il vous plaira et 
que verrez que luy sera necessaire, et a icelluy bailler 
le régime et gouvernement de cestuy pays, car nous 
voulions que de par vous y soit mis et ordonné roy 
comme bon vous semblera, car c’est raison. » 


Quant le roy de France vit leur grant humilité 
et affection, le cueur luy attendrit et eut grant pitié 
d’eulx, et leur respondit en ceste manière : « Chers 
30 amys, je vous remercie la grant affection et amour 
i° 9 v® que avez || envers moy, et sachez que vostre fille n’est 
pas a refuzer. Et si Dieu donne grâce a mon filz de: 
venir en eage parfait, et vostre fille aussi, je seroye 


2 L en tant — 2 L mais manque — 19 L car nous sommes 
20-21 L pourquoy — de venir en eage — 23 L vous verrez. 


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JEHAN DE PARIS 


15 


moult joyeux que fussent conjoins par mariage ensem¬ 
ble, et si Dieu me donne grâce de vivre jusques a 
l'heure, je vous prometz que mon filz n'aura aultre 
femme que vostre fille. » 

5 « Helas, sire, pour Dieu mercy, n'entendez pas que 

monseigneur mon mary et moy soyons si presump- 
tueux que le vous ayons dit et requis a celle fin que 
la prenez, mais seullement pour quelque seigneur de 
voz barons tel que vostre bon plaisir sera, car trop 
10 noz feriez de l'honneur de luy donner vostre filz. » 

« Certes », dit le roy, « ce qui est dit est dit, et se 
nous vivons, il en sera plus avant parlé, car mainte¬ 
nant n’en pouvons bonnement aultre chose faire ; 
si prendrons congé de vous. » 

15 a Vrayement », dit la royne, «s’il vous plaist, mon¬ 
seigneur mon mary et moy vous conduirons jusques 
a Paris, car j'ay grant désir de veoir ma treshonnoree 
dame la royne. » 

« Mes amys » 

20 bonnement bouger ne ne devez quant a présent, 
car ce peuple que nouvellement a esté réduit, pour- 
i° 10 roit facillement en vostre absence estre séduit || en 
peu de temps, car tous les coulpables ne sont pas 
mors, ne aussi les parens des pugnis, que pourroient 
2 5 faire a l'encontre de vous quelque vengence ou quelque 

maulvaise conspiration, par quoy ne veulx que nul¬ 
lement vous vous despartez d’icy, mais que seulle¬ 
ment les entretenez en bonne paix et amour, et vous 
tenez sur voz gardes, et tenez bonne justice et craignez 
30 et aymez Dieu, et le servez, car tout bien vous en 
adviendra, et sans sa grâce vous ne pouvez nul bien 
avoir. Je vous recommande aussi l’estât de l’esglise 
et les pouvres, et gardez bien qu’ilz ne soient oppri- 

8 L pregniez — 10 L monseigneur vostre — 19 L respond 
20 L ny ne — 24 L qui — 29 L sus— 31 L viendra, car 
sans — 31 L grâce ne pouvez vous— 32 L Aussi je v. rec. 


, respondit le roy, « vous ne pouvez 


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JEHAN DE PARIS 


lû 


mez ne follez, et Dieu vous aymera. » En ces belles 
remonstrances et enseignemens que le roy leur fit, 
présent plusieurs barons, prindrent congié les ungs 
des aultres a grans souspirs et regretz. 




5 Comment le roy de France print congié du roy 

d’Espaigne et delà royne , et comment le peuple 
du pays acompaignerent le roy grant chemin. 

Toutesfoii, pour abregier, le roy se despartit d’Es- 
i» iov* paigne a grans pleurs et lamentations || du roy, de la 
io royne et de ceulx du pays, qui l'acompaignerent grant 

espace de temps, et donna le roy d’Espaigne de grans 
et riches dons au roy et aux barons et chevaliers, 
tellement qu'il n’y avoit en toute l'armee petit ne 
grant qui ne s'en louast, et qui ne tint le roy d’Es- 
15 paigne a vaillant et puissant roy. Si firent tant par 
leurs journées qu’ilz vindrent a Paris ou ilz furent 
moult joyeusement et honnorablement receuz, et 
dura la feste dix jours. Puis print chascun congié 
du roy qui bien les envoya joyeulx et contans en 
20 leurs maisons. 


Comment le roy de France morui, dont fut demené 
grant dueil par tout le royaulme. 

Le bon roy de France au bout de quatre ou cinq 
ans, print une maladie que longuement luy dura, 
25 et en la fin en morut, dont fut grant dommaige au 
pays, et en fut demené grant dueil par tout le 

12 L au* chevaliers de France —13-14 ne grant ne petit — 
18 L print congié chascun — 21L demayné ung — 23 L bon 
et noble — cinq ou six ans après — 26 L demeyné 


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JEHAN DE PARIS 


17 


royaulme et expressément la royne que moult l’ay- 
moit. Si fut enbasmé comme a tel prince et seigneur 
■f° 11 appartenoit. La || royne qui saige dame estoit, après 
la sépulture du roy, print le gouvernement du 
5 royaulme, pour ce que son filz estoit encores jeune, 
et le gouverna en bonne paix et transquilité et union 
de justice. Quelque espace de temps après, fut sacré 
a roy monseigneur Jehan son filz, dont fut fait par 
tout le pals une merveilleuse joye. Si laisserons a 
10 parler d’eulx et retomerons au roy d’Espaigne 
et a la royne, qui si bien ensuivirent et garderont les 
bons enseignemens que le roy de France leur avoit 
faitz qu’ilz gardèrent et gouverneront leur païs et 
royaulme en bonne paix, justice et amour de leurs 
15 subgetz. 

Comment le roy et la royne d’Espaigne sceurent 
que le bon roy de France estoit mort, dont üz 
demenerent grant dueil. 

En ce temps vint nouvelles en Espaigne comme 
.20 le roy de France alla de vie a trespas, dont fut dé¬ 
mené ung merveilleux dueil par le roy et la royne 
et les barons du pays, et n’y eut monastère, esglise 
ne convent ou le roy ne fit faire obsèques, prières et 
f° 11 v° oraisons pour l’ame du bon roy || et en portèrent 
25 le roy et la royne le dueil ung an et moult bien en 
firent leur devoir. Toutesfoiz il n’est dueil que au 
bout de quelque temps ne se appaise, et que l’on 
n’oblie, et mesmement quant les parties sont loing 
l’une des aultres. Le roy et la royne d’Espaigne 

1 L qui — 3 L appartenoit, et fut mis en sépulture et 
l'obsecque fait comme a luy appartenoit. La royne qui sage 
eetoit, print... — 7 L peu de temps — 11 L et a la royne 
manque — L que — 19 L arriva — 20 L estoit allé — 20 
JL demeyné 

2 


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i8 


JEHAN DE PARIS 


nourrirent leur fille moult bien et luy firent ap¬ 
prendre toutes bonnes meurs et a parler tous lan- 
guages, tant que on ne sçavoit fille en tout le royaulme 
plus belle, plus sage, ne mieulx moriginee qu’elle 
5 estoit. Le pere et la mere devindrent vieulx, qui 
aultres enfans n’avoient que celle fille de l’eage de 
quinze ans ou environ, et pansèrent entr’eulx qu’il 
estoit besoing et temps pour le mieulx de la marier 
a quelque ung qui gouvemeroit le royaulme. Et se 
io faisoient enquérir par toutes terres mary que fut 
propice pour la fille, car ilz avoient du tout oublié 
la promesse qu'ilz avoient faicte au roy de France, 
tant que les nouvelles en vindrent au roy d’Angle¬ 
terre qui pour lors estoit vefve, par quoy envoya une 
15 embaxade en Espaigne. 

f® i2 Comment le roy d’Angleterre fiença la fiüe || du 

roy et de la royne d'Espaigne, appeüee Anne, 
par procureur. 

Le roy d'Angleterre, qui ouyt parler de ceste fille 
20 qui estoit tant belle, tant sage et bien moriginee, 
ce pensa en luy mesmes qu'il seroit bon que la fist 
demander. A ceste cause envoya en Espaigne une 
moult belle compaignie de ses barons et chevaliers 
en embassade pour demander la fille en mariage, 
05 et donnèrent plusieurs beaulx presens au roy et a la 
royne, a la fille et aux barons et chevaliers d'Es- 
paigne pour mieulx les attraire a leur voulenté. 
Et firent tant envers le roy et la royne que leur fille 
leur fut accordée, dont la fille n'estoit pas bien con- 

5 L que — 7 L ou environ manque — 9 L gouvemast — 
10 L de trouver mary qui — 11 L oubliée — 14 L que —r 
20 L laquelle estoit tant belle, sage et — 24 L belle amba- 
xade, chevalliers et barons, pour — 25 L roy, a la royne, et a 
— 29 Z. ne fut pas 


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JEHAN DE PARIS 


19 


tante, car on luy avoit raporté que le roy d'Angle» 
terre estoit desja fort vieulx et cassé. Mais pour 
amour de son pere et de sa mere n’en oza mot sonner, 
a celle fin qu’ilz n’en fussent marriz ne courroucez 
5 a l’encontre d'elle. Les fiançailles furent faictes par. 
procureur, et la fiença le procureur et conte de Len- 
castre pour et au nom du roy, dont les Anglois 
furent moult joyeulx, et en firent grant feste, et 
ï» 12 v» donnèrent de beaux joyauls a || leur nouvelle dame 
10 et aux damoiselles. Huit jours après s’en voulurent 
retourner pour faire la responce au roy comme ilz 
avoient exploicté et besongné, et fut prins terme 
d'espouser, et promirent que dedans ledict temps 
ameneroient leur roy pour parachever le mariage. 
15 Si prindrent congié les ungs des aultres, et s’en par¬ 
tirent les Anglois bien joyeulx d’Espaigne de ce 
qu’ilz avoient si bien fait la besongne. Et firent tant 
par leurs journées qu’ilz arrivèrent en Engleterre, 
ou ilz furent receuz a grant joye, et vindrent a 
20 Londres ou le roy les festoya merveilleusement. 




Comment les ambassadeurs apportèrent les nou¬ 
velles au roy d'Angleterre de ce qu’ilz avoient 
fait avecq le roy d’Espaigne. 

Si furent les ambassadeurs receuz a moult grant 
25 honneur et joye du roy d’Angleterre leur seigneur, 
et leur demanda comment ilz avoient besongné 
touchant la matière. Le conte de Lencastre respon- 
dit, comme eulx estre arrivez en Espaigne, en par- 
f° 13 lerent au roy || et a la royne, « lesquelz nous firent res- 

30 ponce qu’ilz estoient bien joyeulx du mariage, et que 

% 

2-3 L par amour — 6 L fiança le conte — 11 L toraer — 
20 L festia — 21 L appor. nouvelles — 24 L Les amba- 
xadeurs furent receuz — 28 L que comme 


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20 


JEHAN DE PARIS 


vous leur f aisielz beaucop de l’honneur, par quoy, sans 
plus actendre, la fiançay pour vous comme procu¬ 
reur, et avons mis terme d’espouser d'huy en quatre 
moys. » Le roy, oyant les nouvelles, fut si souspris 
5 de joye qu’il fit crier parmy Londres que l’on ne 
ouvrist les boutiques de huit jours et qu’on fit feste. 
Ce pendant fit faire le roy d’Angleterre grant appareil 
pour aller espouser celle qui avoit desja gaigné le 
• cueur de luy, car il desiroit fort la contempter pour 
io les biens que on luy avoit dit d'elle, et aussi pource 
que on luy avoit raporté secrètement qu'elle ne pre- 
noit pas plaisir au mariage. Et pource que le roy d'An¬ 
gleterre ne trouvoit pas bien en son pays draps d’or 
a sa voulenté, deslibera de venir passer a Paris pour 
1:5 soy y fomir de bagues, couliers et joyaulx comme 
mestier luy estoit. Si s’en partit d’Angleterre bien 
acompaigné de chevaliers et barons, car en celuy 
temps n’estoit milles nouvelles de guerre. Si vint 
descendre en Normandie a quelque quatre vingts 
f° 13 v° chevaulx acoustrez selon la mode || du pays, et fit 
tant par ses journées qu’il vint a Paris, la ou estoit 
le jeune roy de France de l’eage de dix huit a vingt 
ans, tant beau, tant sage que merveilles. Et par la 
royne sa mere totellement se gouvemoit, et bien 
25 luy en prenoit, car elle tenoit le royaulme en bonne 
police, justice et transquilité. 

1 

Comment la royne de France envoya au devant 
du roy d'Angleterre des plus grans de ses barons 
et aussi les bourgeois de la ville. 

30 Quant la royne de France sceut la venue du roy 
d’Angleterre, elle fit aller au devant de luy tous les 

15 L pour se y — 19 L huit vingts — 30 L sceut les nou¬ 
velles de la venue 


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JEHAN DE PARIS 


21 


barons et bourgeois et citoyens de Paris, en moult 
belle ordonnance. Ce jour n’estoit pas a Paris le jeune 
roy, ains estoit allé a la chasse a ung sanglier au boys 
de Vincennes, ou il demeura tout le jour. Quant le 
5 roy d’Angleterre fut entré dedans Paris, il vint veoir 
la royne, laquelle moult bien le festia. Et ainsi qu’ilz 
estoient au soupper le roy d’Angleterre desclara 
a la royne la cause de son voyage, et pour quoy 
f° 14 il estoit passé par France. Si loua merveilleusement || 
io la beaulté et le sens de la pucelle, et ne fut au soup¬ 
per parlé d'aultre matière, car le roy y avoit grande 
affection, et mesmement comme ces vieillars qui 
sont incontinent bridez. Après soupper les instru- 
mens vindrent et dancerent et firent la meilleur chiere 
15 qui leur fut possible. Le roy d'Angleterre souhaicta 
fort a veoir le jeune roy de France, et après qu’ilz 
eurent longuement passé temps, le roy s’en alla 
retraire et aussi toutes ses gens, qui moult furent 
joyeux du recueil et de l’honneur que la royne leur 
20 avoit fait. Quant le roy fut en sa chambre, ilz encom- 
mancerent a parler et louèrent merveilleusement 
la royne, que si grant honneur leur avoit fait. Quant 
la royne fut en sa chambre, bien luy souvint des 
parolles que le feu roy son mary luy avoit dictes 
25 quant il revint d’Espaigne, comme il avoit promis 
a son filz la fille du roy d'Espaigne. Aussi desiroit 
elle fort que son filz fust marié. Si envoya quérir le 
duc d'Orléans et le duc de Bourbon, qui en Espaigne 
avoient esté avec le roy, et leur dit en ceste manière : 
30 « Beaux cousins, je vous ay envoyé quérir comme 

f°i4v«*mes principaulx amys || et de mon filz. Vous avez 
ouy les grans biens qu’on dit estre en ceste fille 
d'Espaigne. Il est temps, comme vous voyez, que le 

5 L a Paris — 6 L festoya — 15 L que — 15 L desiroit 
fort — 17 L roy d'Angleterre — 18 L aussi manque 
22 L qui — 25 L promise — 29 L feu roy 


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22 


JEHAN DE PARIS 


roy mon filz soit marié ; si me suis pencee que plus 
beau mariage ne pourroit trouver, si la fille est telle 
comme Ton dit : pource vous prie que m’en conseillez, 
car bien croy que si le roy d’Espaigne savoit que 
5 mon filz la voulsist avoir, vouluntieis la luy donne¬ 
rait. » Les seigneurs regardèrent la royne et luy 
dirent en effect que mieulx ne pouvoit faire. Si se 
tindrent fort coulpables de ce que plus tost n’en 
avoient parlé, et pour ce a celle heure s’en allèrent 
io monter a cheval a peu de compaignie, et s’en allèrent 
au bois de Vincennes devers leur jeune roy leur sei¬ 
gneur luy dire les nouvelles. Si le trouvèrent couché, 
mais dès incontinent qu'il sceut qu'ilz furent arrivez, 
les envoya quérir, et les fit venir jusques a son lit 
15 pour savoir que les mouvoit a celle heure, car desja 
estoit fort tard. 

Comment le duc d'Orléans et de Bourbon vindrent 
toute nuyt au boys de Vincennes pour apporter 
les nouvelles au roy comme vous orrez. 

f ° 15 || Quant les barons eurent tout compté au roy la 

matière que avoit esté entre sa mère et eulx, il leur 
dit qu’ilz s’allassent coucher, et que demain au bon 
matin il y auroit pensé, et leur en ferait responce, 
par quoy les barons prindrent congié de luy et s’en 
25 allèrent en leurs chambres. Et quant ilz s’en furent 
allez, le roy cuydoit dormir, mais il ne pouvoit, si 
veilla toute la nuyt en pensant a la beaulté qu’ilz 
luy avoient dit qui estoit en la fille, car elle luy estoit 

2 L bel — 7 L que en effect mieulx — 11 L noble roy 

— 12 L Si trouvèrent le roy couch6, lequel incontinent 

— 13 L estaient arr. — 15 L qui — 17 L le duc de B. — 
.. # • '•iS L tout de nuyt— 21 L qui — estee — 22 L s’allassent 
;.’ : • ’repouser — bon manque 


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JEHAN DE PARIS 


23 


ja entree au cueur, mais il doubtoit fort le reffuz, 
pource que le roy d’Angleterre l’avoit ja fiancee. 
Et deslibera en soy une moult estrange façon de faire, 
laquelle il délibéra en son entendement de faire et 
5 acomplir, et la mena a fin le plus sagement que 
oncques fit personne. 

Quant vint au matin, le roy se leva, qui n’avoit 
pas oublié la besongne, si dit a ses barons : « Je veulx 
aller par devers ma * mere la royne, si secrètement 
10 que ne soye apparceu. Allez vous en devant, et me 
faictes assembler tous les principaulx de mon conseil 
en quelque lieu que n'en soit mot sonné. » Tantost 
partirent de Vincennes et vindrent a Paris, car 
f» 13 v° guieres n’estoit loing, et || vindrent devers la royne 
15 luy dire ce qu’ilz avoient besongné, et comment le 
roy venoit dissimulé, car il ne vouloit estre congneu 
des Anglois, congnoissant que le roy y avoit une 
singulière affection en la besongne. Si vint vers sa 
mere, que incontinant qu'elle le vit, luy fit une mer- 
20 veilleuse chere. Si fit dès l'heure assembler les prin¬ 
cipaulx de sa baronnie et de son conseil, et quant 
il y fut, commença a parler en ceste manière : 

Comment le roy de France vint dissimulé a 
Paris pour peur qu'il ne fust congneu des An- 
25 glois. 

« Ma chere dame et mere, j’ay entendu ce que 
m'avez mandé, et y ay assez pencé, et sçay bien que 
vous ne mes parens que icy sont ne me vouldriez 
conseillier chose que ne fust a mon honneur et prouf- 
30 fit. Si la chose est telle comme l’on dit, je y voul- 

3 L si de. — 5 L et il la — 15 L comme — 16 pource 
qu'il — 17 L car il congnoissoit — 24 L a Paria manque 


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24 


JEHAN DE PARIS 


droys bien entendre, car mieulx ne sçaurois trouver, 
mais je y voy deux grans ostacles et empeschemens, 
pour ce qu’elle est fiancee au roy d’Angleterre, qui y 
va pour l’esposer, par quoy a l’aventure le roy 
f° 16 d’Espaigne ne vouldra || pas rompre sa promesse, 
et si ainsi estoit, ce nous seroit ung deshonneur et 
reprouche perpétuel. L’aultre point si est que si 
ledict roy d’Espaigne la nous octroyé, et puis quant 
nous l’aurons veue, et elle ne nous est agréable, 
io ce seroit une aultre grant villenye de luy avoir fait 
perdre son premier mariage, et, comme vous sçavez, 
c’est une chose que doit venir de franche voulenté, 
car c’est une longue chance que mariage. Et pour 
donner a ces deux pointz conclusion et fin, je me suis 
15 pensé de m’en aller en Espaigne en habit dissimulé, 
en la plus grant gorre et triumphe que sera possible, 
et changeray mon nom, et feray aller mon armee 
par quelque aultre lieu et mes chariotz, que tous les 
jours sçauront de mes nouvelles. Et quant je seray 
20 arrivé de par delà, selon que je verray la matière 
d’espouser ou non, je le feray. Si vous prie que en ce 
vueillez adviser et en dire voz oppinions, car je ne 
suis point arresté a mon oppinion que je ne vueille 
bien faire et user par vostre bon conseil. » 

25 Quant la royne ouyt ainsi si sagement parler son 
f° 16 v° filz, elle en fut moult joyeuse, si furent tous ceulx || du 
conseil. Adonc la royne va dire en ceste manière : 
« Mon tresaymé filz, il me semble que avez merveil¬ 
leusement et sagement prins vostre voulenté et 
30 intention de vous en aller en la manière que avez 
devisee, car principallement nul mariage ne se doit 
faire si les parties ne s'i consentent et qu’elles y 
viennent par bonne et vraye amour, aultrement il 

1 L scauroie — 4 L pour quoy — 6 L reprouche et 
deshonneur — 12 L qui — 16 L qu’il sera — 28 L vous 
avez — 30 L que vous avez 




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JEHAN DE PARIS 


25 




15 
f° 17 





en vient de grans inconveniens. Pource je suis de 
vostre oppinion, pourveu toutesfoiz que au plus hault 
estât que faire ce pourra vous y alliez, si cas d’aven¬ 
ture advenoit que le mariage se fist, car monseigneur 
vostre pere en vint en grant triumphe et honneur, 
par quoy ne fault pas amoindrir vostre estât, car il 
est besoing que y soyez fort et en grant triumphe 
pour tousjours honnorer et faire craindre vostre 
royaulme. » Pour abréger, tous furent de celle 
oppinion. Et quant tout fut conclu, l’on ordonna que 
le roy ne verroit point le roy d’Angleterre, si non 
secrètement affin que ne fut de luy congneu, et fut 
ordonné que tous les draps d’or et de soye, les plus 
beaulx bagues, chaines, coliers et aultres choses 
servans a la matière, seraient retenuz et prins pour 
porter en || Espaigne, et que on en laisserait une partie 
pour ayder a fournir le roy d'Angleterre, et que la 
royne l'entretiendrait sept ou huit jours jusques le 
ray de France seroit prest de partir. La royne fit 
ouvrir tous les trésors du feu roy son mary, qui. 
estoient merveilleusement grans, car jamais n’avoit 
heu guerre que en Espaigne, par quoy il s’i trouva 
grant habundance de riches joyaulx, lesquelz le roy 
print pour porter avecques luy. Le duc d’Orléans- 
eut en charge de faire la diligence de l'apprest 
de ce qui estoit necessaire. Si print cent des plus, 
beaulx barons de cheux le roy qui estoient de son 
eage, et cent jeunes pages que merveilleusement 
estoient beaux, car ilz avoient les cheveux aussi 
jaulnes que fin or. Si les fit le duc d’Orléans habiller 
de livrée comme il luy sembla pour le mieulx. 

Le roy retourna a Vincennes, et dit audict duc 
d’Orléans qu'il fist la plus grant diligence que faire 


1 L vient beaucop de inc. — 3 L allez, si le cas — 9 L ceste- 
12 L qu'il — 26 L cent les — 28 L pages, lesquelz estoient 
merveilleusement beaux — 33 L grande 


I 


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JEHAN DE PARIS 


s6 

■ce 'pourrait, et que incontinent que les pages et 
barons seroient prestz, que les luy amenast a Vin¬ 
cennes, et ce pendant ledict duc d’Orléans et de Bour- 
■f«i7 v^ bon, qui eurent ladicte charge, || firent apprester 
5 deux mille hommes d’armes des plus grans du 
royaulme, et quatre mille archiers avec les costilliers 
et pages pour conduire et garder le grant nombre 
des coffres et bautz qu’il menoit. Car dedans iceulx 
furent mis habillemens, draps d’or et de soye, bagues 
10 et aultres richesses innumerables, et fit mener avecq 
lesdictz sommiers, chariotz, costuriers et brodeurs 
qu’ilz ne faisoient aultre chose que faire habillemens 
de diverses maniérés. La royne entretint le roy 
d’Angleterre au mieulx qu’elle peut, et le plus hon- 
15 norablement que faire ce pou voit, en actendant 
que son filz fut prest. Et ce pendant ledict roy fai- 
•soit chercher draps d’or et de soye, et aultres bagues 
pour eulx fomir, lesquelz en trouvèrent bien peu, 
car le roy de France avoit prins tout le meilleur 
20 et le plus beau, dont les Anglois estoient fort esbays 
comme en une telle ville que Paris y avoit si peu de 
draps de 9oye ; toutesfoiz leur fut force de prendre 
en gré ce qu’ilz trouvèrent. Ce pendant le roy de 
France fut prest pour partir, et s’en allèrent secre- 
25 tement par bandes, les ungs par ung lieu, les aultres 
f° 18 par ung aultre, tellement que le roy d’Angleterre || ne 
ses gens ne s’en apparceurent point. 

Comment les cent chevaliers et les cent pages tous 
montez et habillez de mesmes arrivèrent devers 
30 le roy de France a Vincennes. 

Les cent barons et les cent pages en belle ordon¬ 
nance vindrent devers le roy a Vincennes, habillez 

2 L qu’il— 3 L le duc — 8 L qui — 12 L qui —18 L trou- 
voient — 21 1 . y manque — 24 L alloient 


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JEHAN DE PARIS 


2 7 


si' mignonnement que c’estoit merveilles et belle 
chose a veoir ; tous estoient vestuz de velours noir 
brodé tout a l’entour de fin or, et les pourpoins 
de fin satin cramoisi. Hz estoient merveilleusement 
5 beaux et blondes, et bien en point, mais sur tous 
estoit le roy le plus beau et le plus parfaict, car bel 
et grant homme estoit. Si deffendit incontinant a 
ses gens qu’ilz ne dissent a personne qu’il estoit, 
si non qu’il avoit nom Jehan de Paris, et qu’il estoit 
io filz d’ung riche bourgeois dudict lieu qui luy avoit 
laissé moult grande richesse et grans biens après son 
decex. Quant il sceut que le roy d’Angleterre vouloit 
partir demain de Paris, il part et tire son chemin par 
f° 18 v® la Beausse, car il sa voit bien que || ledict roy vouloit 
15 tirer a Orléans et de la a Bourdeaux, et pource il 
s’en alla devant jusques vers Estampes. Et quant 
il fut adverti que le roy d’Angleterre venoit, il partit 
d’Estempes, et se mit a chevaucher la Beausse tout 
bellement, pour contreactendre le roy d’Angleterre. 
20 Ce fut ung mardi, après que le roy Jehan de Paris 
ce faisoit nommer, et chevauchoit bellement a tout 
deux cens chevaulx grisons et gens telz comme avez 
ouy compter cy devant, et son ost estoit allé par 
aultre chemin, affin que le roy d’Angleterre ne les 
25 apparceust, et conduisoient les chariotz et richesses 
de Jehan de Paris, et avoient tous les jours nouvelles 
les ungs des aultres. Le roy anglois ce partit iceluy 
jour d’Estempes et chevauchoit moult fort ; si luy 
dirent ses gens que devant eulx avoit une compai- 
30 gnie de gens moult bien acoustrez, « il seroit bon 
envoyer veoir que c’est. » 

S 

2 L car ils estoient tous vestus — 14 L le roy anglois 
— 20 L roy qui — 21 L et manque — 22 L les deux — 
22 L vous aver — 25 L qui conduisoit — 27 L celuy j. — 
30 L moult belle et bien acoustree 


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28 


JEHAN DE PARIS 


Comment le roy d’Angleterre envoya l’un g de ses 
heraulx pour les veoir et savoir que c’estoit et 
comment il demanda le chef de la compaignie . 


i " 19 

5 


10 




|| Alors le roy d'Angleterre commanda a l’ung de ses 
barons qu'il allast quérir ung herault. Si fut inconti- 
nant venu, et alors le roy luy dit et chargea que il 
allast veoir celle belle compaignie et qu’il s’enque- 
rist et demandait qui estoit le seigneur d’eulx, 
et qu'il le saluast de par luy. Incontinant le herault 
partit et picque son cheval des espérons et fit tant 
qu’il arriva près d’eulx, et regarda comme ilz chevau- 
choient en belle ordonnance et tous les chevaulx 


pareilz. Il ne sceut que faire, car ilz luy sembloient 
estre tous anges descendus des cieulx, ny oncques 
en sa vie n’avoit veu si belle compaignie. Si print 
courage, et se mit en la garde de Dieu, et vint jusques 
au plus près des derniers, tout paoureux et tremblant 
et dit : « Dieu vous gard, messeigneurs. Vueillez; 
sçavoir que le roy d’Angleterre mon maistre, que vient 
icy après moy, m’a envoyé vers vous pour savoir 
qui estoit le cappitaine et seigneur de si belle com¬ 
paignie. » 

« Amy », dit l'ung d’eulx, « elle est a Jehan de 
Paris nostre maistre. » 


25 « Et est il icy ? » 

« Ouy », respondirent les François, « il chevauche 
bien loing devant. » 

i° 1 jv° «Et vous semble », dit il, «que || je puisse parler 
a luy, et quel cheval il chevauche ? » 


2 L les manqu» — 5 L lequel f. — 6 L et alors manque 
— 14 L du ciel, car en sa — 17 L deniers ~ 28 L semble y 


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JEHAN DE PARIS 29 

« Vous pourrez bien parler a luy, mais que vous 
vous hastez ung peu de chevaucher. » 
a Et comment le congnoistré je ? » 

« Vous le congnoistrez par ce qu’il est habillé 
5 comme les aultres, mais il porte une petite verge 
blanche en sa main. » 

Si dit le herault, « Grant mercy. » Adonc chevauche 
le herault parmy la presse, voyant si grant triumphe 
qu’il en estoit quasi en reverie. Si chevaucha tant 
10 qu’il vit celuy qu’il demandoit ; si vint a luy et le 
salua en disant : « Treshault et puissant, je ne sçay 
voz tiltres par quoy vous puisse honorer, si me aurez 
pour excusé. Plaise vous sçavoir, mon tresredoubté 
seigneur, que le roy d’Angleterre, mon maistre, 
j5 m’a icy envoyé par devers vostre seigneurie, sçavoir 

quelz gens vous estez, car il est icy bien près, et de¬ 
sire fort estre en vostre compaignie. » 

« Mon amy, vous luy pourrez dire que je me re¬ 
commande a sa bonne grâce, et que s’il chevauche 
20 ung peu legierement, nous pourra actaindre, car nous 
ne chevauchons pas trop fort. » 

« Et que lui diray je qui vous estes » ? 

« Mon amy, dictes luy que Jehan de Paris suis 
appellé. » 

20 Le herault ne l’oza || plus interroguer, doubtant 
luy desplaire. Si s’en retourna vers son seigneur tout 
esmerveillé de ce qu'il avoit veu. Si chevaucha 
si fort qu’il vint devers le roy, et quant fut a luy, 
luy compta les triumphes et merveilles qu’il avoit 
30 veues et ouyes, et luy dit qu'ilz estoient environ 
deux cens chevaulx tous d'une livrée, et estoient les 
chevaulx tous d’ung poil, et y avoit cent hommes 

4 L Vous le pourrez congnoistré, et si est — 10 L celuy 
que l’on luy avoit dit ; lors vint — n salua moult honno- 
rablement —11 en disant manque —14 L et honnoré seig. — 
28 L moult fort jusques il fut venu — 28 il fut 


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30 


JEHAN DE PARIS 


et cent pages, tous d’ung mesmes habit et de mesure 
d’eage, les plus belles gens que jamais il avoit veuz. 
« Si croyrois je plus tost que ce fussent esperitz 
que corps mortelz. Toutesfoiz, suis venu a eulx et ay 
5 tant fait que j’ay parlé a leur maistre, lequel j’ay 
salué de par vous, et m’a dit qu'il estoit nommé-. 
Jehan de Paris, car plus avant ne l’ay ozé interroguer, 
et si n'y a différence entre eulx et luy, si non qu’il 
porte ung baston blanc en sa main, et est merveilleux 
io sement bel par sus tous les aultres, et ne chevauche 
pas fort que tost ne l'ayez aconceu. » 

Comment le roy d'Angleterre commanda a ces 
barons qu’üz chevauchassent quant il sceut les 
nouvelles de Jehan de Paris. 

i° 20 v° || « Or chevauchons », dit le roy d’Angleterre, et 
alors dit au plus principaulx de ses barons qu'ilz 
chevauchassent au près de luy en belle ordonnance. 
Si chevauchèrent tant qu'ilz vindrent joindre jusques 
aux derniers. Et quant ü les vit, il en fut moult esmer- 
20 veillé ; toutesfoiz les salua moult doulcement, et ilz 
luy rendirent son salut. « Messeigneurs », dit le roy 
anglois, « je vous prie que me vueiÜez monstrer Jehan 
de Paris, pource que l’on m’a dit qu’il est seigneur 
de ceste belle compaignie. » 

25 « Sire », dirent ceulx, « nous sommes ses serviteurs ; 

si le trouverez ung peu plus avant, ou il porte ung 
baston blanc en sa main et chevauche devant pour 
l'amour de la pouldriere. » 

« Je vois parler a luy. » 

3 L croyroye plus — 6 L est — 8 L n'a — 13 L chevau¬ 
chassent fort — 15-16 L et adonc commenda a «es prin¬ 
cipaulx barons —17 L emprès luy en bonne ord. —19 L der¬ 
rière — 20 L il les salua doulcement — 24 L belle manque 


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JEHAN DE PARIS 


3 * 


a En bonne heure », dirent ilz. 

Tant chevaucha le roy, regardant de ça et de la, 
qu’il vint jusques a Jehan de Paris, lequel il salua 
moult doulcement en disant : 


5 Comment le roy d'Angleterre arriva au près do 

Jehan de Paris, en le saluant moult doulce¬ 
ment, et Jehan de Paris, le roy. 


f° 21 


ÏO 


15 


20 


25 


30 


|| «Dieu doint honneur et joye a Jehan de Paris, 
et a sa belle compaignie. Ne vous desplaise, car 
je ne sçay le tiltre de vostre principalle seigneurie. » 
a Sire », dit Jehan de Paris, « vous le sçavez bien, 
car c’est mon droit tiltre que Jehan de Paris. Vous 
soyez le tresbien venu, et s’il vous plaist me direz 
le vostre. » 

« Voulentiers », dit le roy, « je suis le roy des An- 
glois appellé. » 

« En bonne heure », dit Jehan de Paris, « et ou. allez 
vous en ces marches ? » 

« Certes », dit le roy, « je m’en vois marier en Es- 
paigne a la fille du roy du pays. » 

« En bonne heure, par Sainct Piquault », dit Jehan 
de Paris. 

« Et vous », dit le roy, « en quel pays allez vous ? » 
« Certes », dit Jehan de Paris, « je m’en vois passer 
le temps par les pays, car je me esmaye a Paris r 
et pource ay desliberé d’aller jusques a Bourdeaulx 
et ailleurs, si le courage le me conseille. » 

« Or me dictes, beau sire », dit le roy, « s’il est vostre 
plaisir, de quel estât estez vous qui telle compaignie 
menez, car c'est la plus belle que je vis oncques. » 


5-7 ce titre manque en L et C. — 9 Z. et a sa belle com¬ 
paignie manque — 15 L dit le roy .anglois— 25 L esmayoifc 


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32 


JEHAN DE PARIS 




« Certes », respondit il, « je suis filz d’ung moult 
riche bourgeois de Paris que trespassa il y a long- 
-i° ai v* temps, et me laissa moult de biens. Si || m’en vois 
en despendre une partie et puis j'en amasseray de 
5 l’aultre. » 

« Comment amasser », dit le roy, « et menez vous 
tout ce train a voz despens ? » 

« Ouy certes, et est bien peu de chose quant a moy, 
veu ce que mon pere m’a laissé. » 

:io « Par ma foy », dit le roy, « vous en serez bien 
tost a bout, car il n’y a roy sus la terre que n’en 
fust bien las et chargé de entretenir ung si bel 
estât. » 

« Certes », dit Jehan de Paris, « il ne vous en fault 
T15 ja soucier, car j'en ay bien plus ailleurs. Or chevau¬ 
chons plus fort, car il nous fault aller anuyt coucher 
près d'Orléans. » Si s’en vont chevauchant plus fort 
que n’avoient acostumé. Et le roy disoit par fois a ses 
gens : « Cest homme est bien fol de ainsi allant des- 
.20 pendant le sien par le pays a si grant triumphe et 
honneur, et, fut il roy ou empereur, il a ung beau 
train. » 

« Sire », dirent ses gens, « il a moult belle conte¬ 
nance, et ce il ne fust bien saige, il n’eust sceu assem- 
25 bler, pour argent qu’il aye, une telle compaignie. » 

« Bien est vray », dit le roy, « je ne sçay que y pen- 
cer, mais ce m’est une chose moult impossible a 
croire que le filz d’ung bourgeois de Paris puisse 
t° 22 maintenir || tel estât. » Puis picquoit et venoit parler a 
. 30 Jehan de Paris, qui ne tenoit compte de luy que bien 
a point et en bonne forme. Si tenoit une moult belle 
gravité et avec ce belle contenance. Quant ilz furent 

2 L qui — 4 L et se je puis — 10 L En bonne foy — 
:ii L qui — 15-16Z. mais chev. — 18 L qu’ilz — 21-22 L 
il a ung beau train manque — 25 L qu’il aye manque — 
26 L tant que je — 32 L une moult belle contenance 


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JEHAN DE PARIS 


33 


près d’ung lieu nommé Artenay, Jehan de Paris va 
dire au roy d’Angleterre, qui moult fort le regardoit : 
a Sire, s’il est de vostre plaisir, vous vous en viendrez 
soupper avecques moy et ferons bonne chere. » 

5 « Grant mercy », dit le roy, « mon amy, mais je 

vous prie que viengnez avecques moy, et deviserons 
des choses que avons veues. » 

« Non feray », respondit Jehan de Paris, «je ne 
laisseroye pour riens mes gens. » Et en parlant de 
io beaucop de choses, chevauchèrent tant qu’ilz vin- 
drent audit lieu pour loger, la ou il trouva ses four¬ 
riers qui avoient acoustré les logis le plus sumptueu- 
sement que l’on pourroit deviser, car les cuysiniers 
et maistres d'hostelz alloient tousjours devant 
15 a celle fin que tout fut prest quant il seroit arrivé, 
ce que le roy d’Angleterre ne faisoit pas, pour ce luy 
failloit prendre en gré ce qu’il trouvoit par les hos- 
telleries, qui souvent estoient mal acostrees. Quant 
fo 22 v ® ilz furent arrivez au près de la ville || chascun s’en 
20 alla en son logis avec leur compaignie. 


Comment le roy d’Angleterre s’en alla en son logis 
et comment Jehan de Paris luy envoya de ses 
biens au soupper. 


*5 


30 


Quant Jehan de Paris fut entré en son logis, il fut 
moult joyeulx pource qu'il estoit bien acoustré 
et le soupper prest, auquel avoit grant quantité de 
venaison et voullataille de toutes sortes, car il y 
avoit gens qui ne faisoient aultres choses que d’aller 


a travers pays pour trouver et achepter ce que leur 


estoit necessaire, par quoy riens ne leur failloit. 


Les gens du roy d’Angleterre firent tuer beufz et 


3 L cy c’est vostre — 25 L car il — 27 L voullataillea 
29 L qui 

3 


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34 


JEHAN DE PARIS 


montons, et de vieille poulaille qu’ilz trouvoient ; 
vous povez pencer si elle estoit fort tendre. Quant 
il fut temps de soupper, Jehan de Paris fit porter 
au roy d’Angleterre, en grans platz d’or, de viande 
5 de toutes sortes et vin a grant foison, dont le roy 
et tous les Anglois furent pliis esbays que devant. 
Toutesfoiz il les mercia, et se assit au soupper, tandis 
que la viande estoit chaulde, car son soupper n’estoit 
f° 23 pasprest, et si n’y avoit pas grant || chose que atten- 
10 due deust estre. Grant parlement estoit entre ses gens 

et le roy de Jehan de Paris ; les ungs disoient : 
« Il est bien fol de ainsi legierement despendre ung 
si grant trésor, lequel est impossible qu’il luy puisse 
longuement durer. » Les aultres disoient : « Par 
15 Dieu, si a il une moult belle contenance et ressemble 
bien estre sage homme. » — « Certes », dit l’aultre, « je 
m’esmerveille de la grant hausterité qu'il tient, 
car il ne tient compte du roy nem plus que de son 
pareil. » 

20 « Mais ou a il si tost trouvé telle provision », 

dit le roy, « comme il nous a envoyé, ne quelle vaixelle 
a il ? Vrayement c’est une choze bien dure a croire 
a qui ne le verroit, toutesfoiz c'est ung beau passe- 
temps que d’estre en sa compaignie. Plust a Dieu 
25 qu'il voulsist tirer nostre chemin. » 

« Certes, sire », dit ung Anglois, « si fait il jusques 
a Bourdeaulx, comme il dit. » 

« J’en suis moult joyeulx », dit le roy. « Nous n'avons 
riens que luy envoyer, mais je veulx que vous soyez 
30 qui l'irez remercier des biens qu'il nous a envoyez, 
et luy dire s'il veult venir coucher en nostre logis, 

1 L N vieilles poulailles — 1 L qui — 2 L C si la chair 
estoit tendre — S si elles estoyent — 4 L viandes — 9-10 
N L attendre— S C omettent la phrase et si... estre — 
21 L comment — et quelle — 29-30 L que vous soyez celuy 
qui le yra mercier — 31 L direz 


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JEHAN DE PARIS ' 35 

cai je croy que nous avons le meilleur quartier, 
et si verrez son estât et façon de faire. » 

23 v° « Voulentiers, || sire, y irons et vous en sçaurons 
a dire quelque chose, s'il leur plaist nous laisser entrer, 
5 et Jehan de Paris de par vous saluerons et sa noble 
compaignie. » 

Comment le roy d’Angleterre envoya six de ses 
barons devers Jehan de Paris luy remercier les 
biens qu’il luy avoit envoyez, et pour luy dire 
jo qu’il vint coucher avec le roy. 

Les barons du roy d’Angleterre s'en allèrent au 
quartier de Jehan de Paris, qu'ilz trouvèrent tout 
fossoyé et barré de taudis, et gardes armez a la porte. 
Si furent tous esmerveillez, et demandèrent ausdicts 
15 gardes a qui ilz estoient. Et ilz leur respondirent : 
« Nous sommes a Jehan de Paris. Et vous, a qui estes 
vous ? » 

«Messeigneurs, nous sommes», dirent les Anglois, 
« au roy d'Angleterre que nous envoyé devers Jehan 
20 de Paris luy remercier les biens qu’il a envoyez 
a nostre maistre ; s’il vous plaist, nous ferez parler 
a luy. » 

« Voulentiers », dirent ilz, « car il nous a commandé 
que aux Anglois ne soit riens refusé, pource qu’ilz 
25 sont venus en sa compaignie. » Les barons entrèrent 
tous esmerveillez de ce qu'ilz veoient, et quant ilz 
f° 24 furent devant le logis || de Jehan de Paris ilz trouvè¬ 
rent aultres gardes que la porte gardoient, ausquelz 
ilz firent reverence, et leur dirent la cause de leur 
30 venue. Et lors le cappitaine de celle garde alla savoir 

9 L qui — 14 L puis dem. — 18 L dirent ilz — 21 L vous 
plaist il nous faire — 23 L ouy voul. — 28 L qui 


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36 


JEHAN DE PARIS 


si pn les laisseroit entrer, lequel fut incontinant 
revenu, et dit aux Anglois : « Messeigneurs, nostre 
maistre est a table, mais ce non obstant, il veult 
bien que vous entrez. Or vous en venez après moy. » 
5 Adonc se mit devant, et les barons après. Et quant 
il entra en la salle ou Jehan de Paris estoit, il se 
gecta a genoulz; aussi firent les Anglois quant ilz 
virent ung tel estât, et que Jehan de Paris estoit 
a table tout seul, et ses gens au tour de luy en si 
io belle sillence, et ceulx a qui il parloit mectoient 
tousjours le genoil a terre. La salle estoit toute tendue 
de moult riche tapisserie, et le ciel et le pavement 
aussi tout tendu. Jehan de Paris bienveigna les An¬ 
glois, et leur fit grant chiere, et en souppant devisa 
15 longuement avec eulx. Et quant il eut souppé et 
grâces furent dictes, instrumentz de toutes sortes 
commancerent a sonner en grant mélodie. L'ori 
mena soupper les Anglois avec les barons de France ; 
si furent moult haultement servis, et tout de viande 
f° 24 v<> chaulde, si s’en esmerveilloient grandement || de 
la grant largesse de biens qui y estoit, et de la grant 
quantité de vexelle d’or et d’argent qui y estoit. 
Après soupper les Anglois prindrent congié, et s’en 
retournèrent au roy, auquel ilz contèrent tout au long 
25 ce que a voient veu, dont il fut de plus en plus esbay. 

Si ne sçavoit que dire, maisque point ne le laisseroit 
tant que leur chemin il vouldroit tenir. 

Quant vint au matin, Jehan de Paris alla a l’esglise, 
ou on luy avoit fait tendre ung moult riche et beau 
30 pavillon. Puis fut commancée la messe a beaux 
chantres qu’il menoit avecques luy. Il y eut des An¬ 
glois qui l’alerent bien tost racompter au roy, lequel 

3 L ce manque — 5 L Cy se — 7 L et aussi — 10 L moult 
belle — 13 t. t. aussi — 19 L que furent haul. — 20 L 
moult gr. — 21-22 L grant quantité de manque — 22 L qu’ilz 
veoient. Après... — 27 L tant comme — 29 L beau et r. 


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JEHAN DE PARIS 


37 


s'en vint le plus hastivement qu’il peut a 1 esglise. 
Jehan de Paris luy manda qu'il vint en son pavillon, 
si l’alerent quérir et luy dirent : a Sire, Jehan de 
Paris vous prie que veniez en son pavillon, si serez 
5 mieulx a vostre aize. » Le roy leur dit : « Voulentiers 
je iray. » Et quant le roy entra dedans le pavillon, 
il salua Jehan de Paris, lequel luÿ rendit son salut, 
et luy fit plasse auprès luy, et faisoit moult beau 
veoir ledict pavillon par dedans et les beaux car- 
f° 25 reaulx et oreüliers qui y estoient. Aussi faisoit |J beau 
veoir les omemens de sa chappelle, qui estoient 
moult fort beaux et riches. Quant la messe fut 
dicte, chascun print congié, et s’en vindrent en leurs 
logis pour des jeûner. Jehan de Paris envoya au roy 
15 d’Angleterre de viande toute chaulde comme il avoit 
fait le soir. Puis montèrent a cheval et chevau¬ 
chèrent en la maniéré que avez ouy jusques a Bour- 
deaux. Et tousjours Jehan de Paris avoit ses logis 
faitz et aoumez, et fournis de vivres a planté, et a 
20 chascun repas il en envoyoit au roy d'Angleterre, 
que moult c'esmerveilloit dont icelle viande pou- 
voit venir, et en cy petites bourgades comme ilz 
logeoient aulcuns soirs. 

Comme le roy et Jehan de Paris chevauchoient 
25 ensemble et devisoient de leur chemin. 

% 

Vng jour comme ilz chevauchoient par delà Bour- 
deaux, le roy anglois demanda a Jehan de Paris se 
il yroit jusques a Bayonne. Et Jehan de Paris luy 
respondit que ouy. « Plut a Dieu », dit le roy, « que 

8 L auprès de — 8-9 L il faisoit fort beau — 11 N qui 
manque — L S C qui estoient moult fort beaux et riches 
manque — 17 L ouye —■ 18 L que tou. — 21 L celle — 
23 L log. aulcunesfoiz — 24 L roy d’Angleterre — che¬ 
vauchèrent 


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I 


38 JEHAN DE PARIS 

f*25v*vostre voyage s’adressât de || venir jusques en 
Espaigne, car j’en seroye moult joyeulx. » 

« Certes », dit lors Jehan de Paris, « a l'aventure si 
fera il, car si le vouloir m’en prent, je l'acompliray, 
5 s'il plaist a Dieu ; a aultre chose ne suis je subgect 
après Dieu, si non a mon vouloir, car pour homme 
qui vive je ne feroys que a ma voulenté. » 

« C’est grant chose », dit le roy, a que ce vous vivez 
longuement en ce monde il vous fauldra changer 
io propoz, ou vous pourrez bien savoir que veult dire 
soufferte. » 

« Certes », dit Jehan de Paris, « de ce n’ay je garde, 
car la Dieu mercy, j ’ay des biens assez, plus que n'en 
pourray en tout mon vivant gaster a tenir l'ordre 
15 que je tiens et l’estât que je maine. » 

Le roy regarda ses gens en disant a soy mesmes 
que cest homme n’avoit pas bon sens naturel, et 
estoit tout esbay tant qu’il ne savoit que y pencer. 
Mais tant y a voit que Jehan de Paris tenoit le roy 
20 le plus aize que oncques en son vivant eut esté. 
Ung jour comme ilz chevauchoient entre Eibe Faviere 
et Bayonne, il se mit tresfort a plouvoir. 

f» 26 Comme Jehan de Paris et ses gens voyant la || pluye 

venir, vestirent leurs manteaux et chapperons 
25 gorge. 

Quant Jehan de Paris et ses gens virent que la 
pluye venoit a force, ilz prirent leurs manteaux et 
chapperons a gorge, et vindrent jusques auprès du 
roy d’Angleterre que commença a les regarder en 
30 tel estât qu’ilz n'avoient garde de la pluye, et alors 

2 L je — 5 L si — 7 L feray — 8-9 L vivez en ce monde 
long. — 10 4 b. sentir —18 L esb. et ne — 21 L Cibe 
Favyere — 23 L Comment — 29 L qui — 30 L qui —r 
et alors manque 


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JEHAN DE PARI^ 


39 


le toy luy dit : « Jehan de Paris, mon amy, vous et 
voz gens avez trouvez bons habillemens contre la 
pluye et le maulvais temps. » Car luy ne ses gens 
n’avoient nulz manteaulx, .pource que au temps 
5 d’alors, n’en usoient point en Engleterre, et aussi ne 
sçavoient pas la maniéré de les faire. Et si portoient 
les Anglois leurs bonnes robbes qu’ilz avoient fait 
faire pour les nopces, car en leur pays n’estoit point 
nouvelles de porter malles ne mener bautz, par quoy 
io vous povez pencer en quel point povoient estre leurs 
robbes. Les unes estoient longues, les aultres courtes, 
les aultres fourreez de martres, de renards et de plu¬ 
sieurs aultres fourrures qui c’estoient retraictes pour 
l’amour de l'eaue, et le lendemain eussiez veu le 


f® 26 v® drap que floctoit || sur lesdictes forrures qui estoient 
gastees et retraictes. Lors respondit Jehan de Paris 
au roy en ceste manière : 

« Sire, vous qui estes roy d’Angleterre, et grant 
seigneur, deussiez faire porter a voz gens maisons 
20 pour eulx couvrir en temps de pluye. » Le roy d'An¬ 
gleterre pour ces parolles ce print moult fort a rire 
et luy va respondre : 

« Par Dieu, mon amy, il fauldroit avoir des holif- 
fans grant planté a porter tant de maisons. » Puis se 
25 retira vers ses barons en disant et riant : 

« N’avez vous pas bien ouy se que ce gallant a dit ? 
Ce monstre il pas bien que c'est ung follastre ? Il luy 
est advys, pour le grant trésor qu'il a, lequel il n’a 
pas acquis, que riens ne luy est impossible. » 

30 « Sire, » dirent les barons anglois, « c’est ung beau 

passe temps que d'estre auprès de luy, si ne vous en 
debvez ennuyer, mesmement car il vous fait beau¬ 
coup de plaisirs, et si en passez plus legierement 


4 L car au t. — 13 L q. estoient toutes retraictes 
15 L qui — 16 L et retraictes manque — 25 L et en r. 
27 L ne monstre 


i 


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40 


JEHAN DE PARIS 


5 

f° 27 


10 


15 


20 


le païs. Que plust a Dieu qu’il voulsist aller avecq 
vous aux nopces, car tout vostre estât en seroit hon- 
noré, mais que il se voulsist allouer a vous, en luy 
donnant une bonne somme d’argent. » 

« Je le vouldroys bien », dit le roy, « mais se il ne 
se disoit || a nous, ce nous seroit une grande mespri- 
son, car peu priseroient les dames noz estatz contre 
le sien. » 

« Par Dieu », dirent les barons, « sire, vous dictes 


vray. » Si laissèrent du tout le parlement les Anglois, 
car la pluye les chargoit tant qu’il n’y avoit celuy 
a qui le logis ne luy tardist. Quant ilz furent en la 
ville, chascun s’en alla logier au logis qui luy estoit 
appareillé. Si envoya Jehan de Paris au roy d’An¬ 
gleterre de ses biens. 

Le lendemain au matin partirent et vindrent logier 
a Bayonne. Et le lendemain matin se partirent du- 
dict Bayonne, et se mirent aux champs, et en chevau¬ 


chant, trouvèrent une petite riviere qui estoit moult 


maulvaise, car il s’i noya plusieurs Anglois, comme 


vous orrez. 


Comment en passant une petite riviere, beaucop 
des Anglois se noyèrent, et comme Jehan de 
Paris et ses gens passèrent ardyment. 

25 Quant ilz furent arrivez auprès de la riviere, le 
roy d’Angleterre et ses gens qui estoient devant, 
f° 27 v° se mirent a passer la |] riviere a gué, ou il y en eut 
de trois a quatre vingts de noyez qui estoient mal 

1 L le temps. Pleust a — 4 L d’argent manque — 
7 L noetre estât — 10 L laiss. a tant — 12 L tardast — 
14 L envoioyt — tousjours au — 17-18 L Baionne. Puis 
partirent de Baionne et — 20 L ou il se — 23 L des gens 
du roy d'Angleterre — comment — 28 L et y en eut de 
soixante 


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JEHAN DE PARIS 


4 r 

montez, dont ledict roy fut moult desplaisant. ^ 
Jehan de Paris, qui venoit après tout bellement, qui 
ne s’esmayoit guieres de celle riviere pource que lujr 
et sa compaignie estoient bien montez, commancerent 
5 a passer les ungs après les aultres, en telle fasson 
et maniéré que tous passèrent, par la voulenté et. 
grâce de Dieu sans nul péril ne danger, car la riviere 
estait devenue grosse et avoit abbatu le pont qui y 
estoit, par quoyil y avoit grant dangier, mais Dieu a 
io celle foiz garda Jehan de Paris et ses gens d'estre noyez. 

Le roy d'Angleterre estoit au bourt de la riviere,. 
lamantant et plourant ses gens qu’il avoit pardus, 
et regardoit comme Jehan de Paris et ses gens pas- 
soient, dont estoit fort esmerveillé de ce que per- 
15 sonne des gens de Jehan de Paris ne demouroient 
en la riviere. Et quant ilz furent dehors oultre, le 
roy commensa a dire a Jehan de Paris : 

« Mon doulz amy, vous avez heu meilleur adven- 
ture en ceste riviere que moy, qui y ay pardu plu- 
f° 28 sieurs de mes gens». Lors || Jehan de Paris se print 
a soubzrire et luy dit : 

« Je m'esmerveille de vous qui estes si puissant 
et riche, que vous ne faictes porter ung pont pour 
passer voz gens, car quant il vient aux rivières pas- 
25 ser, il leur seroit bien necessaire. » Le roy se print 
a rire, nonobstant sa perte, et dit : « Par Dieu, vous 
me baillez de bonnes raisons. Or sus, chevauchons, 
car je suis fort moillé, et vouldroys estre au logis. » 
Si luy dit Jehan de Paris comme celuy qui faignoit ne 
30 l’avoir point entendu : 

3 L se esbayssoit — 4 L arrivèrent a la riviere et com. — 
7 L sans nul péril ne danger tnanque — 11 L sus le b. — 
12 L perdus — 13-14 J- de P. pass. lequel fut moult — 
15 L demeura noyé — 16 dehors manque — 18 L meill. heur 
et meil. — 19 JL perdu largement de — 23 L riche roy — 
34 LS gens quant ce vient a ses r., car icy il leur eust esté 
bien necessaire. — 28 L si vouldroie — 29 Lors luy 


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42 


JEHAN DE PARIS 


« Sire, chassons ung peu par ces bois. » 

« En bonne foy », dit le roy, « je n’ay talant de 
railler a ceste heure. » Si chevauchèrent fort, tant que 
chascun arriva en son logis, la ou les Anglois se plai- 
■5 gnoient et lamentoient de leurs parens et amys qui; 
c’estoient noyez en celle riviere ; toutesfoiz firent ilz la 
meilleur chiere qui leur fut possible, car il leur failloit 
aller aux nopces, qui fut une partie de oublier leur 
melencolie et courroux, et séjournèrent la de deux 
no a trois jours. 

Quant vint ung aultre jour, ainsi qu’ilz estoient 
aux champs, et que le roy d’Angleterre avoit oublié 
partie de sa mélancolie, en chevauchant il demanda 
a Jehan de Paris : || 

-f° 28 v» a Mon doulz amy, je vous prie, dictes nous icy en 

passant temps par quelle occasion vous venez en ce 
pays d’Espaigne. » 

« Vrayement, sire, » dit Jehan de Paris, « je le vous 
diray voulentiers. Je vous diz et assure pour vray 
.20 qu'il y peult avoir environ quinze ans, que feu mon 
pere, a qui Dieu face mercy, vint chasser en ce pays, 
et quant il s’en partit, il tendit ung petit las a une 
canne, et je me viens esbatre icy pour veoir si la canne 
est prinse. » 

25 « Par ma foy », dit le roy en riant, a vous estes ung 

grant chasseur, que si loing venez cercher vostre 
gibbier. Par Dieu, si elle estoit prinse, elle serait 
pourrie et mangee des vers. » 
k Vous ne sçavez », dit Jehan de Paris, « car les 
30 cannes de ce pays ne semblent pas aux vostres, car 
ceulx cy ce gardent moult longuement sans pour¬ 
rir. » De ceste res ponce rirent moult longuement les 


3-4 L tant qu’ils arrivèrent chascun en leur logis—r 5 L amys 
et parens — 6 ceste r. — 9 L la deux ou — 11 L ce v. 
— ainsi manque. 


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JEHAN DE PARIS 


43 


Anglois, pource qu’ilz n’entendoient pas a quelle fin 
il le disoit, et disoient les aulcuns qu’il estoit demy 
fol. 

Quant ilz furent assez près de la cité de Burgues, 
5 ou estoit le roy et la royne d’Espaigne, et en laquelle 
ville les nopces se dévoient faire, le roy d’Angleterre 
i° 2g va dire a Jehan de Paris en ceste maniéré : « Jehan || 
de Paris, mon bon amy, si vous voulez venir avecq 
nous jusques a Burgues, et vous avouer pour moy, 
io je vous donray de l’argent bien largement, et si 
verrez une belle assemblée de dames et seigneurs. » 

« Sire », dit Jehan de Paris, « d’y aller je ne sçay que 
j'en feray, car ce sera selon le vouloir qu'il m’en pren¬ 
dra. Et quant de m'avouer a vous et a vostre subjec- 
15 tion, cela ne vous fault impencer, car par Dieu, pour 
vostre royaulme ne le feroye, ne de vostre argent 
je n’en ay que faire, car j'en ay plus que vous. » 
Quant le roy se ouyt ainsi refusé, il en fut moult 
doulent, et eust bien voulu que Jehan de Paris fut 
20 encore en France, doubtant que s’il alloit a Burgues, 
son estât n’en seroit pas tant prisé contre le sien. 
Si ne luy en oza plus parler, fors que il luy dit : 

« Par vostre foy, y pencez vous point venir ? » 

« Par mon serment », respondit Jehan de Paris, 
25 « a l’aventure que je iray, a l’aventure que non, 

selon que je trouveray en moy. » Atant en laissèrent 
les parolles, mais le roy se pensa bien qu’il y vien- 
droit, dont fort se esmayoit, mais aultre semblant 
n’en oza faire. 

30 Le soir logèrent comme ilz avoient acostumé. 

Et quant ce vint l’endemain matin, Jehan de Pa- 
f» 29 y® ris || dit au roy qu'il ne l’atendit point, car il ne 
bougeroit d’illec de tout le jour. Et pource le roy 

1 L pource manque — 2 L et aulcuns disoient q. — 4 L il 
— 7 L roy va disant — 14 L mais quant est de moy 


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44 


JEHAN DE PARIS 


s’en partit et estoit jour d’ung samedi, et les nopces. 
dévoient estre le lundi ensuivant. Tant chevaucha 
le roy que celuy jour arriva a Burgues, ou il fut receu 
a grant triumphe et honneur. 


5 Comment le roy d,' Angleterre arriva a Bargue* 

ou il fut honnorablement receu. 



Environ trois ou quatre heures de soir, arriva le 
roy d’Angleterre a Burgues, ou il fut moult bien receu^ 
car il y avoit une moult belle assemblée. Car avecq 
le roy d’Espaigne estoit le roy de Portugal, le roy et 
la royne d’Arragon, et le roy de Navarre, et plusieurs- 
princes et barons, dames et damoiselles sans nombre,, 
qui tous firent grant honneur au roy d’Angleterre- 
Mais quant la fille du roy d'Espaigne l’eut bien veu 
et regardé, et qu’elle l’eut en soy bien considéré,, 
elle n’en fut pas trop joyeuse, car saige fille estoit,. 
si se pensa en elle que ce n’estoit pas ce que luy 
failloit. Toutesfoiz la chose estoit si avancée que 
aultre remede n’y || pouvoit mectre, pour l’honneur 
de ses pere et mere garder. Si laisserons ung petit 
d’eulx a parler, et retomerons a Jehan de Paris, 
qui chevaucha tout le dimenche comme le roy 
anglois jusques a deux lieues près de la ville, car 
bien sçavoit le jour des nopces, et s’en vint logier 
en une petite ville qui estoit a deux lieues de Bur¬ 
gues. Si envoya deux heraulx acompaignez de cinq 
cens chevaucheurs, au roy d’Espaigne, luy demander 
logis en la ville pour Jehan de Paris. 


i L c'estoit — 2 L 1 . après ens. — 9 L car manque - 
17 Z. ce qu'il — 20 L ung peu — 27 L chevaliers 


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JEHAN DE PARIS 


45 


Comment les deux heraulx, quant üz furent au 
près de la porte, laissèrent les cinq cens chevau- 
cheurs qui estoient venuz avec eulx, et n’entra 
en la ville que eulx et deux serviteurs qui estoient 
5 habillez de mesmes. 

Les deux heraulx estoient tous deux vestus d'ung 
riche drap d’or, montez sur deux acquenees blanches, 
tant richement arnechees que c’estoit une merveille 
a les veoir. Quant ilz furent près de la cité ilz firent 
30 demeurer leurs gens là, jusques ilz fussent retournez, 
et ne menèrent que chascun ung page, qui estoient 
i° 30 v° habillez d'ung fin velours violet, et les || amechemens 
de leurs chevaulx de mesmes. Si s'en entrèrent en 
la ville et vindrent vers le palais du roy, et deman- 
35 derent a des gens qu’ilz trouvèrent a la porte se ilz 
pourroient parler au roy. Et ilz leur demandèrent 
a qui ilz estoient. « Nous sommes, » dirent ilz, « a Jehan 
de Paris, que nous envoyé icy pour dire aulcunes 
choses au roy de par luy. » 

20 L’on l’alla dire au roy d'Espaigne, qui ja estoit 
a table et toute la baronnie. Si fut dit au roy qu’il 
estoit arrivé deux heraulx les mieulx en point qu'ilz 
eussent oneques veuz, 0 que se disent estre serviteurs 
d’ung nommé Jehan de Paris, qui les envoyé par 
25 devers vous. Que vous plaist il, sire, qu’on leur 
die ? » 

Le roy leur dit : « Entretenez les, et les faictes bien 
loger jusques nous aurons souppé et puis nous par¬ 
lerons a eulx. » 

3-4 L n’entra en la ville que eulx et manque — 14-15 L 
dirent a — 15 L qui — porte, qu’ilz vouloient parler —16 L 
adonc leur — 21 L si fut dit au roy manque — 28 L loger 
■et servir 


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46 


JEHAN DE PARIS 


Comment le roy d'Angleterre, qui avoit ouy le 
messager parler, commença a compter des faitz 
de Jehan de Paris, dont il fut bien ris tout le 
long du soupper. 


5 Ce pendant le roy d’Angleterre, qui bien congneut 
fo 3I que Jehan'de Paris vouloit || venir a la feste, com¬ 
mença a parler en ceste maniéré : « Mon trescher 
seigneur, je vous prie que aux heraulx donnez bonne 
responce, car vous verrez grans merveilles. Je cuyde 
io bien savoir que leur maistre demande. » 

«Et qui est ce Jehan de Paris? «dit le roy d’Arragon- 
« Sire, » dit il, « c’est le filz d’ung bourgeois de Paris* 
qui maine le plus beau et haultain train que oncques 
homme mena, pour tant de gens qu’il maine. » 

15 « Et combien en a il ? » Dit le roy d'Angleterre r 

« De deux a trois cens chevaulx, les plus belles gens 
et les mieulx acoustrez que vous veistes oncques* 
a mon advys. » 

« Par Dieu », ce dit le roy d'Arragon, « ce seroit 
20 une merveilleuse chose se ung simple bourgeois de 
Paris pouvoit maintenir ung tel estât si longuement 
comme de venir jusques icy. » 

« Comment, » ce dit le roy d’Angleterre, « de.la. 
vexelle d'or et d’argent de quoy il est servy seulle- 
25 ment, est assez bastante pour achepter ung royaulme.. 
Car je vous affie qu'il semble mieulx a ung songe 
ou fantasie qu’a aultre chose. » 

« Or, par Dieu, » dit la royne d’Arragon, « il le feroit 
bon veoir ; si vous prions toutes que, quelque chose: 
f® 31 v® qu’il doyve coster, que nous le || voyons. » 

« Certes », dit le roy d’Angleterre, « il est plus fort 


2 L le message parler — 22 L de manque 


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JEHAN DE PARIS 


47 





20 


f° 32 

25 



a contenter en fait d’honneur que vous vistes oncques. 
Et si vous dy bien tant qu’il ne prise honneur royal 
nem plus que le sien. Aultrement il est bien doulz, 
courtois et bien fort communicatif. Mais certes, 
bien vous diray plus, que il me semble bien, quelque 
belle maniéré qu’il aye, il tient ung quartier de la 
lime, car il dit des motz aucunesfoiz que n’ont ne 
chef ne queue. Aultrement l’on le jugeroit pour 
tressage homme. » 

« Et qu’esse ce qu'il dit, beau filz ? » dit le roy 
d'Espaigne. 

« Par ma foy, » dit le roy d'Angleterre, « je le vous- 
diray. Ung jour comme nous chevauchions ensemble, 
il plouvoit tresfort. Luy et ses gens avoient prins 
certains habillemens qu’ilz faisoient porter a leurs 
chevaulx, qui moult bien les gardoient de la pluye. 
Je luy dis qu’il estoit bien en point contre la pluye,. 
et il me respondit que moy qui estois roy devois- 
faire porter a mes gens maisons pour les garder- 
de la pluye. » De ce mot tous ce prindrent a rire. 

« Or, messeigneurs, » dit le roy de Portugal, « il ne' 
se fault pas mocquer des gens en leur absence, et ne 
croy point qu’il || ne soit ung sage homme, se il a 
peu trouver la maniéré de conduire une telle compai- 
gnie si loing ; ce n’est pas vray semblable que ce ne 
soit sans grant sens ne entendement. » A ses parolles. 
du roy de Portugal donnèrent grant foy les seigneurs 
et dames, car moult sage estoit. 

« Encores n’avez vous riens ouy, » dit le roy d’An¬ 
gleterre. « Je vous en diray deux, les plus nouvelles 
que vous ouystes oncques. Ung jour a passer une 
riviere, plusieurs de mes gens furent noyez pour l'eaue 


5 L car il— 9 L sage— 12 L monseigneur, je — 15-16 L a 
chev. — 16 L que — 17 L encontre — 18 L me dit — estoye 
— 22 L ne fault p. m. les gens — je ne — 23 L homme, veu 
qu’il a trouvé man. — 26 L ny ent. — 31 L veistes oncques- 


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JEHAN DE PARIS 


4 * 

qui moult roidde alloit et qui estoit hors de rivage. 
Et comme je regardoye vers ladicte rivière, cy vint 
a moy, et pour me bien consoler il me va dire : 
« Sire, vous qui estes ung puissant roy, deussiez 
faire porter ung pont pour faire passer a voz gens 
les rivières affin qu’ilz ne noyassent. » Quant il eut 
dit cela, si commancerent a rire par la salle si fort 
que c’estoit une terrible chose. 

Quant tout fut appaisé, la fille du roy d’Espaigne, 
30 qui tout cecy escoutoit, luy va dire : « Mon trescher 
seigneur et amy, je vous prie, dictes nous l’aultre 
qu’il vous a dit. » 

i° 32 v* a Certes, » dit il, || « ma mye, voulentiers. L'aultre 
si est que ainsi que chevauchions ensemble, je luy 
15 demandé, pour passer le temps, qui estoit la cause 
pour quoy il venoit en ce païs. Il me respondit qu'il 
y avoit bien environ quinze ans que son feu pere 
estoit venu en Espaigne, et a son retour il avoit 
tandu ung las a une canne, et il venoit maintenant 
20 veoir si la canne estoit prinse. » Quant l’en ouyt ses 
parolles, le ris fut plus grant que devant. Et telle¬ 
ment fit durer le roy d'Angleterre ce qu’il recitoit 
de Jehan de Paris que le soupper fut parachevé. 

Quant les tables furent levees et grâces dictes, 
25 le roy envoya quérir les heraulx et les fit venir de¬ 
vant toute la compaignie, lesquelz entrèrent en la 
salle moult hardiement, et saluèrent le roy et la 
compaignie moult honnorablement comme vous 
orrez. 


2 L cil — 5 L pour passer voz — 7 L tant que — SL 
merveilleuse c. et longuement dura — 10 L tout ce — 
13-14 L l'aultre ainsi que chev. — 20 L l’on — 21 L le cry 
— 28 L très h. 


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JEHAN DE PARIS 49 

Comment les heraulx de Jehan de Paris entrèrent 
en la salle, la ou estoit le roy d’Espaigne, acom- 
paigné de plusieurs roys, barons, dames et 
chevaliers, pour demander logis au roy pour leur 
5 maistre. 

« Sire roy d’Espaigne, nostre maistre Jehan de 
fo 33 Paris vous salue, et toute la noble || compaignie, 
si vous prie qu'il vous plaise luy faire deslivrer logis 
competant pour luy et ses gens en ung quartier de 
io ceste ville a part, et il vous viendra veoir et les dames, 
aultrement il ne viendra point. » 
o En bonne foy, mes amys », dit le roy, « pour logis 
ne demeurera il pas, car assez luy en feray bailler. » 
« Sire », dirent les heraulx, « s’il vous plaist, a 
15 ceste heure le nous ferez délivrer, pour veoir s'il y 
pourra loger. » 

« Je le veulx bien », dit le roy : et adonc leur bailla 
ung sien maistre d'ostel et leur dit : « Or allez de par 
Dieu, mes amys. Et si vous avez a faire de quelque 
20 chose, demandez le, et je vous le feray délivrer. » 

a Grans mercis, sire », dirent les heraulx. Si s’en 
allèrent par la cité et leur vouloient bailler logis 
pour trois cens chevaulx, mais ilz n'en tindrent 
compte. Si furent remenez devant le roy, que leur 
25 demanda s’ilz avoient assez logis. 

« Par Dieu, sire, nenny, car il nous en fault bien 
dix foiz autant, avant que nostre maistre et ses gens 
puissent loger. » 

« Comment, » dit le roy, « avez vous a loger plus de 
30 trois cens chevaulx ? » 

a Oui, sire, plus de dix mille, ou il ne viendra 

1 L comme — 3 L rois et b. d. et damoiselles — 13 L 
demourra —14 L plaisoit — 15 L les nous faire — 17 L roy. 
Si leur — 20 L le v. — 24 L qui 

4 


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50 


JEHAN DE PARIS 


point icy. Il nous fault avoir depuis la grant esglise 
jusques au bas a la porte. » 

f° 33 v* « Et comment, » dit le roy, « c’est plus du quart || de 
la cité. » 

5 « Sire, nous ne pouvons a moins, comme verrez 

demain. » 

« Or, par Dieu, si l’aurez vous demain au bon 
matin, car les dames désirent moult a veoir vostre 
maistre. Si ferons anuyt desloger ceulx qui y sont 
io logez, et demain au matin, le trouverez prest. » 
Atant prindrent congié du roy et luy dirent qu’ilz 
iroient quérir les fourriers pour faire les logis bien 
matin. 

« Or allez seurement, » dit le roy, « car il n’y aura 
15 point de faulte, et me recommandez a vostre maistre. » 
Grant parlement fut tenu celle nuyt de Jehan de 
Paris, si leur tardoit le lendemain matin pour le 
veoir. Si laisserons d’eulx a parler et dirons des 
heraulx qui sortirent de la cité, et vindrent vers 
20 leurs cinq cens hommes a cheval qu’ilz avoient 
laissez, lesquelz ne cessèrent toute nuyt de eulx 
acoustrer pour l’endemain. 

Comment les heraulx vindrent devers Jehan de 
Paris luy dire la res-ponce que le roy d’Espaigne 
25 leur avoit faicte. 

Les heraulx chevauchèrent toute nuyt pour aller 
faire leur responce a Jehan de Paris de ce qu'ilz 
f° 34 avoient fait et besongné avecq le roy || d’Espaigne. 
Si firent tant qu'ilz arrivèrent devers Jehan de 

1 L fauldra — 3 L et manque — 10 L vous le — 19 L que 
— 20-22 L cinq cens chevaucheurs qu’ilz avoient laissez, leur 
dire les nouvelles qu’ilz avoient euez, et ne c. — le lendemain. 
23 et 29 L devant J. 


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JEHAN DE PARIS 


51 


Paris, et luy comptèrent au long ce qu’ilz avoient 
fait, et de la grant beaulté de la pucelle que moult 
agréa a Jehan de Paris. Si les en fit retourner pour 
aller conduyre les premiers cinq cens pour faire les 
5 logis. Puis appella tous ces princes et barons, et leur 
pria que bien gardassent ses commandemens, selon 
la forme et maniéré qu’ilz avoient desliberé tenir. 
Si ne fault pas demander si chascun avoit grant 
désir de le bien servir et honnorer, car a aultre 
10 chose ne taschoient que a faire chose que luy fut 
agréable. 

Quant vint le lendemain au matin, les seigneurs 
et dames qui aux nopces estoient venus, et mesme- 
ment la fille d’Espaigne, si se levèrent moult grant 
15 matin, de la grant peur qu'ilz avoient que point ne 
veissent arriver Jehan de Paris. Si firent clorre 
tous les sentiers et rues de la ville, affin que Jehan 
de Paris ne peust passer par aultre lieu que par 
devant le palais. Et ce pendant qu'ilz en parloient, 
20 vecy arriver les deux heraulx avecq les deux pages, 
au point que devant avez ouy ; puis venoient les 
f° 34 v° cinq cens fourriers après bien en point. || Si coururent 
les nouvelles au palais que c’estoit Jehan de Paris 
qui venoit. Incontinent qu’ilz ouyrent les nouvelles, 
25 vous eussez veu venir gens a si grans flottes que 
c’estoit une merveilleuse chose, car le maistre n’at- 
tendoit pas le varlet, ne le varlet le maistre ; qui 
pouvoit mieulx aller, alloit. Et quant les François 
commançerent a approucher le palais, et qu'ilz 
30 passoient, le roy s'avansa pour parler a eulx comme 
voz orrez. 


2 L qui — 5 L les pr. — 7 L qu'il avoit — 10 L a luy f. 
— qui 1 . — 12 L l’endemain — 19 L et manque — 20 L 
voicy — 20 L arr. deux — 25 L eussiez 


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52 


JEHAN DE PARIS 


Comment les François passèrent devant le palaix 
du roy d’Espaigne, lequel leur dit que ilz fussent 
les biens venuz. 

Le roy d’Espaigne leur dit : « Messeigneurs, vous 
5 soyez les tresbien venuz. Dictes nous, s’il vous plaist, 
lequel est Jehan de Paris, afin de le congnoistre. » 
« Sire, » dit l’ung d’eulx, « il n'est pas en ceste com- 
paignie. » 



io « Nous sommes,» dirent ilz, a ses fourriers que luy 
venons faire son logis. » Quant les princes qui la 
f*» 35 estoient H et les dames qui celle responce ouyrent, 
et veoient telle assemblée de fourriers, ilz en furent 
tous esbays. Si dit le roy d’Espaigne au roy d'An- 
15 gleterre : « Comment, beau filz, vous disiez que il 
n’avoit en tout que environ trois cens chevaulx, 
et ilz sont ja passez plus de cinq cens, et si ne viendra 
pas sans belle compaignie. » 

« Par mon serment, » dit la fille, « vêla de belles gens 
20 et bien en point. Certes, bien debvez festier leur sei¬ 
gneur qui nous vient faire si grant honneur de venir 
aux nopces, car toute la feste en sera honnoree. » 
« Vrayement, ma fille, » dit le roy, « vous dictes vray. 
Si envoyray devers ses gens qui sont venus, pour les 
25 faire fomir de linge, vaixelle et tapisserie, et de tout 
ce que leur sera necessaire. » Si appela son maistre 
d’ostel, et luy dit : « Allez au quartier qu'avez desli¬ 
vré a ses gens et leur faictes bailler tout ce que leur 
fauldra. » 

30 Le maistre d'ostel si y alla, et les trouva tous 

1 N passèrent manque — 10 L qui — 12 L qui manque 

— 19 L voila — 20 L le seig. — 22 La. noz n. — 23 L vérité 

— 26 L cela qui 1 . — 28 L qu’il — 29 L leur sera necessaire 

— 30 L si manque — alla, qui 1 . 


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JEHAN DE PARIS 


53 


enbesongnez. Les ungs fai soient barrières, les aultres 
rompoient maisons pour passer de l’une en l’aultre, 
t* 35 v« les aultres || tendoient tappisseries qu'il sembloit 
que ce fut une foire. Quant le maistre d'ostel vit 
5 cecy, il en fut tout esbay. Toutesfoiz fit son message 
et leur dit : « Messeigneurs, le roy m’a icy envoyé 
devers vous pour vous dire que ce qu’il vous fauldra, 
soit linge, vaixelle, tapisserie et aultres choses, que je 
le vous face délivrer. » 

io a Sire, » respondit l’ung des heraulx, « grantz merciz 
au roy et a vous. Certes, il ne nous fault riens, car 
les chariotz arriveront tantost qui apportent les 
utenxilles. Et dictes au roy que s’il estoit enserré 
de tapisserie, vaixelle d’or ou d’argent, nous en avons 
15 assez pour nous et pour luy, et si luy en fault, pource 
qu’il a grant seigneurie estrange, comme l’en dit, 
venez le nous tantost dire, et nous ferons arrester 
devant son palaix dix ou douze chariotz chargez 
que bien le fondront. » 

20 « Grant mercy », dit le maistre d’ostel. Et atant 

s'en part tout esmerveillé, et s’en vient au palaix 
ou il fit son rapport au roy devant toute la baronnie 
et les dames, qui bien l’escouterent. Moult s'esmer- 
f° 36 veilloient les barons et les dames || du raport que 
25 fait avoit le maistre d’ostel. Si ne parloient par le 
palais que de Jehan de Paris, duquel la venue leur 
tardoit beaucop. Le roy fit chanter la messe, et tous 
les princes, barons, seigneurs et dames l’alerent ouyr. 
Et quant vint vers la fin de la messe, vecy venir ung 
30 escuier courant qui vint dire : « Venez veoir arriver 
celuy Jehan de Paris ; hastez vous tantost. » Les 
roy s prindrent les dames chascun en son endroit, 

5 L il fit — 12 L ceulx qui — 15 N et si luy en fault 
manque — 19 L qui — 23 L et aussi — 28 L princes et 
seign,, dames et damoiselles — 29 L voicy 


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54 


JEHAN DE PARIS 


et s'en vindrent aux fenestres du palaix, les aultres 
sortoient hors en la rue pour le mieulx veoir. 


Comment les conducteurs des chariotz de Jehan 
de Paris vindrent en belle ordonnance après 
5 les chariotz de la tapisserie. 


Alors arrivèrent deux cens hommes d'armes 
en point, armez et bardez comme tel cas le requiert, 
et aloit deux trompetes devant et deux tabourins 
de Souysse et ung phiphre, et estoient montez ces 
io gens sus bons coursiers, qu’ilz vous faisoient saul- 
f° 36 v° ter et faire || gambades que c’estoit ung triumphe 
a les regarder, et venoient deux a deux en moult 
belle ordonnance. Le roy d’Espaigne demanda au 
roy d'Angleterre que estoient ces gens. 

15 « Sire, » respondit il, « je n’en sçay riens, car point 

ne les ay veuz au voyage. » Et lors le roy de Navarre, 
qui tenoit la pucelle par la main, cria par la fenestre : 
« Qui estes vous, messeigneurs ? » 

« Nous sommes, » dirent ilz, « les conducteurs des 
20 chariotz de Jehan de Paris, qui icy viennent après 
nous. » 

« Hee, Vierge Marie, » dit la pucelle, 0 que vecy bel 
estât pour ung homme. » 

« Pensez, belle seur, » dit le roy de Navarre, a que 
25 j’en suis tout effrayé ; ce semble mieulx songe que 
aultre chose. » Ainsi comme ilz parloient, vecy appar- 
roistre les chariotz de la tapisserie, a tout groz cour¬ 
siers, et en chascun chariot avoit huit groz coursiers 
moult richement hamechez, et y avoit vingt cinq 
30 chariotz, tous couvers de velours sur velours vert 


1 L si s'en — 2 L le manque — 11 L faire penades 
14 L qui — 15 L dit il — 22 et 26 L voicy — 28 L gros 
manque 


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JEHAN DE PARIS 


55 


5 

f ° 37 


10 


15 


20 


25 


moult riche. Quant les dames virent ces beaux cha¬ 
riotz, elles furent toutes ravies, et les seigneurs 
aussi. « Helas, » dit la pucelle, « nous ne le verrons 
point, car il doit estre dedans ces beaux chariotz. » 
Et lors le roy de Navarre cria a ceulx que les che- 
vaulx || desdicts chariotz conduisoient, car a chascun 
cheval avoit deux hommes a pié, pour mieulx gou¬ 
verner lesdicts chevaulx que moult fiers et puissans 
estoient : « Dictes, mes amys, qu’est ce dedans ces 
beaux chariotz ? » 

« C'est la tapisserie », dit l’ung. Et quant il en 
fut passé vingt ou vingt deux, il dit a ung aultre : 
« Dictes, mon amy, qu’est ce dedans ces beaux cha¬ 
riotz ? » 


« Monseigneur, » respondit celuy, « tous les couvers 
de vert sont les chariotz de la tapisserie et linge. » 
Moult furent esmerveillez tous quant ilz ouyrent . 
celle responce. « Haa, mon amy, » dit la pucelle au roy 
d’Angleterre, « vous ne nous avez pas tout dit ce que 
sçaviez de Jehan de Paris. » 

« Par Dieu, ma mye, » respondit le roy d'Angle¬ 


terre, « je n’en avoye veu si non ce que j'en avoye dit. 


Si suis moult esbay que ce peult estre. » En tant 


comme ilz parloient, lesdicts chariotz achevèrent de 


passer. 




Comment aultres vingt cinq chariotz entrèrent 

que f>ortoiei\t les utenxilles de la cuysine. 

% 

Incontinent après les premiers chariotz, en appa- 
t ° 37 y* rurent aultres vingt cinq chariotz a groz || cour- 
30 riers, comme les aultres, mais les chariotz n’estoient 

4 L beaux et riches — 5 L alors — qui — 8 L qui — 
12 L passé dix ou douze — 13 L en ces — 19 L aviez — 
22 L ay dit — 27 L qui — 29 L chariotz manque 




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56 


JEHAN DE PARIS 


5 


10 


15 


couvers que de grans pans de cuyr roge, et tantost 
le roy de Portugal demanda : « Dictes, mes seigneurs, 
quelz chariotz sont cela, et a qui sont ilz ? » 

« Hz sont, » firent ilz, « les chariotz de la cuysine 
de Jehan de Paris. » 

« Par Dieu, » dit le roy de Portugal, « je me tien- 
droye bien honnoré d'en avoir demye douzayne de 
telz, et si en ferois bien mes grans honneurs. » Pa¬ 
reillement dirent tous les aultres. « Hee, doulce Vierge 
Marie,» dit la royne d'Arragon, « qui est celuy qui peult 
mener et entretenir une telle triumphe, et ne le ver¬ 
rons nous pas ? » Et ainsi comme ilz devisoient, 
l’on leur vint dire que le disner estoit prest. « Hélas, 
pour Dieu, » dirent les dames, « ne parlez plus de cela, 
car il n’est plaisir que de veoir ces innumerables 
richesses. » 


Quant lesdicts chariotz furent passez, en arriva 
aultres vingt cinq, couvers de damas bleu, et les cour¬ 
siers hamechez de mesmes comme vous orrez. 


20 Comme il entra en la ville aultres vingt cinq 

chariotz couvers de damas bleu, qui portoient les 
fo 3 8 robbes || et habillemens de Jehan de Paris. 

« Or, regardez, » dit la pucelle, « vecy venir aultres 
chariotz encore plus riches que les aultres. » Et quant 
25 ilz furent près, on demanda a ceulx que les menoïent, 
a qui estoient lesdicts chariotz qu'ilz menoient. 
Alors respondirent en disant : a Ce sont les chariotz. 
de la garde robe de Jehan de Paris nostre maistre. * 

« O royne des cieulx, quelz habillemens peult il 
30 avoir leans ! Et qui ce pourrait ennuyer de regarder 
cecy ! » Puis crya die mesmes a la fenestre : a Dictes, 

6 L de Portugal manque — 7 L une demye — 8 L et en 
feroye — 12 L Et manque — 17 L tantost en — 20 L Com¬ 
ment — les aul. — 22 L et hab. manque — 23 L voicy — 
25 L qui — 27 L Hz resp. 


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JEHAN DE PARIS 


57 


mon amy, combien en y a il de la garde robe ? » 
Si luy respondirent que vingt cinq. « Par Dieu, » 
dit le roy de Portugal, « vêla assez de richesse pour 
achepter tous noz royaulmes. Il me semble que je 
5 songe quant je voy cecy. » Grant bruit en estoit 
par toute la cité, et en especial au palais, de la venue 
de cest homme, car les chevaulx hannissoient et 
menoient tel bruit que c’estoit merveilles. Le roy 
d'Angleterre estoit tout estonné de veoir ce qu'il 
io veoit, et ouyoit tous les rappors que l’on faisoit par 
la cité de cest homme, car de luy ne tenoit on plus 
f° 38 v® d'extime. Mesmement, que pis estoit, il || n’avoit 
loisir ny espasse de parler ny de soy jouer avecq 
sa fiancee comme il desiroit, dont il estoit fort marry. 
15 Toutesfois, pour abréger la matière, ces vingt 
cinq chariotz furent passez. Tantost vindrent les 
aultres vingt cinq tous couvers d'ung velours sur 
velours cramoisi, broché d'or moult riche a tout 
franges d’or de Chippre. Si reluisoient contre le soleil 
20 a merveilles. Quant l’on les vit apparoistre chascun 
s’avança pour regarder. 


Comme les chariotz de la vaixeüe de Jehan de 
Paris entrèrent . 


25 


30 


« Certes, » dit la pucelle, « je croy que Dieu et paradis 
doit arriver a ceste heure. Et que peult estre ce ? 
Est il homme mortel qui puisse telle noblesse assem¬ 
bler ? » 

« Par Dieu, » respondit le roy de Navarre, « si l’on 
m'eust dit que c’eust esté le roy de France, je ne 
m’en fusse pas fort esmerveillé, car c'est ung trium- 


1 L y en a — 2 L Et il luy respondit — 3 L voilà — loi 
tous manque — n L ce h. — on ne t. plus. — 13 L de soy 
manque — 18 L fort r. — 21 L pour les — 22 L Comment 
25 L ce estre — 26 L peust 


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58 


JEHAN DE PARIS 


5 


*• .19 


10 


15 


20 


25 


30 


phant royaulme, mais de cestuy bourgeois, je ne 
sçay que y rimer. Si suis si fort estonné que je ne 
sçay ou je suis. » 

« Comment, » dit la pucelle, « vous semble il bien 
que ung roy de France pourroit bien autant faire 
comme cestuy ? » 

|| « Certes, ma doulce seur, je croy que ouy, quant 
il auroit bien entreprins. » 
a Sur ma foy, » dit elle, « c'est une merveilleuse be- 
songne ; il me tarde fort que je le voye, sçavoir 
mon si c'est ung homme comme les aultres. » Tant 
parlèrent que les vingt cinq chariotz furent passez, 
fors que a ung des conducteurs au quel le roy demanda : 
« Dictes, mon amy, qu’i a il en ces chariotz couvers 
de cramoisi ? » 

« Sire, » dit il, « c’est la vaixelle et bagues de Jehan 
de Paris. » Et incontinant après va arriver deux 
cens hommes d’armes tous em point comme pour 
combatre, et venoient quatre a quatre en moult 
belle ordonnance et sans bruyt. Le roy d'Espaigne 
appella le premier, qui portoit ung penom en sa 
lance, et luy dit : « Messeigneurs, Jehan de Paris 
est il en ceste compaignie ? » 

« Sire, » dit celuy, « nenny. H ne viendra encores de 
deux heures, car luy et ses gens disnent aux champs, 
mais nous sommes commis pour la garde de ces 
vingt cinq chariotz que passent cy devant. » 

Quant les chariotz et les deux cens hommes 
d’armes eurent passé, le roy va dire que l'on allast 
disner ce pendant, mais les dames luy firent requeste 
i° 39 v® que pour Dieu il laissast bonnes gardes || a la porte 
qu’ilz vinssent dire de bonne heure les nouvelles 
quant il viendroit, car, comme elles disoient : « tous 


2 L fort manque — SL l’auroit — g L Par ma — 12 L par. 
ensemble — 13 L que ung aultre conducteur — 16 L les b. — 
22 L leur dit — 27 L qui sont 


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JEHAN DE PARIS 


59 


TO 


15 


-20 


ces gens sont passez, si n’amenera pas grant monde 
avecq luy, et point ne le verrons arriver. — Ne vous 
en souciez, » dit le roy, « car j’en seroye plus doulant 
que vous ; si y mectray si bonne garde que bien en 
sçaurons les nouvelles. » Ilz s'en allèrent disner, 
mais oncques ne fut parlé en toute la table que des 
grandes merveilles qu’ilz avoient veuez, dont le roy 
d’Angleterre estoit tout estonné, si ne pouvoit faire 
bonne chiere, mais la royne d'Espaigne, que moult 
sage dame estoit, l’entretenoit au mieulx qu'elle 
pouvoit. Quant ilz eurent disné et grâces dictes, si 
commancerent a deviser des nopces, mais veez cy 
venir deux escuyers que dirent : « Venez veoir la 
plus beHe compaignie que oncques fut veue sus terre. » 
Lors saillirent les roys avecq les dames, barons et 
chevaliers, tenant chascun une damoiselle par la 
main selon leurs degrez, et s’en vindrent les ungs 
aulx fenestres, les aultres en plaine rue, que tant estoit 
plain de peuple d’ung costé et d’aultre que c'estoit 
une chose infinie. 


i° 40 || Comment les archiers de la garde de Jehan de 

Paris entrèrent en grant triumphe et honneur. 

I 

Tantost arrivèrent six clerons moult bien em point 
qui sonnoient si mélodieusement que c’estoit une 
25 belle chose de les ouyr. Puis venoit ung homme 
d'armes, monté sus ung grant coursier bardé, qui 
portoit l'enseigne, et après luy venoient deux mille 
archiers bien montez et bien en point qui tous avoient 
hocquetons d’orfaverie que moult fort reluisoient 

1 L gr. rocte — 5 L Alors ilz ail. — 6 L mais il ne 
fut de riens p. en tout le disner — 8 L p. il — 9 L qui — 
13 L qui — 15 L Lors sortirent — 26 L bardé, qui alloit 
saillant, lequel por. — 28 L point, et av. tous. — 29 L qui 


N 


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6o 


JEHAN DE PARIS 


contre le soleil. Le roy d'Espaigne demanda a celuy 
qui l’enseigne portoit si Jehan de Paris estoit illec. 
Et il luy respondit que nenny, « cecy sont les archiers 
de sa garde que je guide. » 

5 « Comment, » dit le roy, « m'apelez vous cecy archiers 

qui tous semblent estre grans seigneurs ? » 

« Par Dieu, » dit le cappitaine, « vous direz bien 
aultre chose avant qu’il soit arrivé. » Si passa oultre, 
menant ses gens le petit pas, deux a deux, en belle 
io ordonnance. Il ne fault pas demander comment ilz 
estoient diligemment regardez d’hommes et femmes ; 
f° 40 v° si n’eussez ouy ung seul mot sonner, tant estoient || en¬ 
clins a regarder les merveilles que veoient. 

Tantost vint ung des heraulx de Jehan de Paris 
15 aupalaix demander au roy la clef d’une petite esglise 
pour y ouyr vespres, car Jehan de Paris les vouloit 
ouyr ce jour, pource qu’il estoit dimenche. Le roy 
luy dit : « Mon amy, vous aurez tout ce que vous 
sçauriez demander, mais je vous prie que, si bonne- 
20 ment povez icy demeurer, pour nous monstrer Jehan 
de Paris, que demeuriez. » 

« Je ne puis, » dit le herault, « a présent, mais je 
vous laisseray mon page, que le vous monstrera. 
Il ne viendra pas encores, car trop y a de ses gen- 
25 darmes a venir que entreront premier que luy. » 
Si s'en alla, et commenda a son page que tout leur 
monstrast. La pucelle appella le page, que moult 
bien estoit aprins, et luy demanda son nom. Et il 
respondit que Gabriel s'appelloit. « Or, Gabriel, » 
30 dit elle, «je vous prie que point ne vous départez 
de moy, et veez cy cestuy anneau que je vous donne. » 


1 L soleil, qui bel et cler estoit. — 3 L luy dit — 10 L ja 
dem. — 11 L tant d’h. que de f. — 12 L n’eussiez — 13 L 
qu'ilz v. — 14 L Atant v. — 17 L car il es. — 18 L vous 
manque — 20 L demourer — 23 L qui — 25 L qui — 27 L 
qui — 28 et incontinant luy — 28-29 L Adonc luy res. 
— 30 dit la pucelle — 31 L cest 


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JEHAN DE PARIS 


6l 


f° 41 

5 


10 


15 


« Grant mercy, dame », dit le page. 

« Helas, mon amy Gabriel, viendra encores Jehan 
de Paris ?» 

« Ma damoiselle, » dit il, « non pas, car il y a a venir H 
premier ces gensdarmes. » 

« Et comment, » dit elle, « ne sont ce pas ceulx icy 
que passent ? » 

« Nenny, » dit le page, « ce ne sont que ses archiers 
de l'avantgarde, que sont deux mille, et aultant en 
rarrieregarde. Je ne sçay s'ilz viendront avecques 
les hommes d’armes ou après. » Les roys et les dames 
escoutoient le page dont ilz estoient tous esbays. 
« Et comment, » dit le roy d'Arragon, « va il en quelque 
guerre qu’il maine tant de gensdarmes ? » 

« Certes, » dit le page, « nenny, car ce n'est que son 
droit estât qu’il entretient tous les jours. » 

« Par Dieu, » dit le roy, « c’est la plus estrange chose 
de quoy jamais ouysse parler. » 


Comment il entra six aultres clerons que menoient 
20 les archiers de Varriérégarde de Jehan de Paris. 

Tantost vindrent aultres six clerons comme les 
aultres, et leur capitaine devant, qui guidoit les 
aultres deux mille. « Par Dieu, » ce dit le roy d’Angle¬ 
terre, « je croy que ces gens entrent par une porte et 
25 sortent par l'aultre pour nous faire icy muser. » 

« Vrayement, » dit le roy de Portugal, « ce serait 
i° 41 v® finement fait. » Si envoya deux barons || au quartier 
du logis de Jehan de Paris, qui allèrent tout visiter. 
Et quant ilz furent retournez, ilz vindrent faire leur 
30 raport de ce qu’ilz avoient veu. Tous furent espou- 
ventez, car tous ceulx, comme ilz disoient, ainsi 

5 L premièrement — 7 L qui — 9 L qui — 10 L avant 
les — 31 L a. qu’ilz arr. 


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62 


JEHAN DE PARIS 


comme ilz arrivoient, on prenoit leurs chevaulx,. 
et se mectoient en belle bataille, en moult fiere 
ordonnance. « Et vous di bien tant, » ce dit celuy qui 
le raport faisoit, « que ce vous prenez tant soit peu 
5 de noize a eulx, ilz sont gens pour oultrager tant 
que vous estez. Si n’a pas esté bien regardé ne advizé 
de mectre tant de gens en ceste ville. » 

« Par Dieu, » dit le page qui la estoit, lequel estoit 
bien duit et fait a entretenir dames et seigneurs,, 
io car aultrement n'eust eu la charge de demeurer en ce 
lieu, « il ne vous en fault doubter, car ilz ne viennent 
icy pour aulcun mal ne desplaisir vous faire. Et tant 
y a que quant vous luy feriez reffuz, et il se cour- 
rossoit contre vous, ja vostre cité ne vous garantiroit 
15 de sa puissance. » 

« Or vrayement, » dit le roy d’Espaigne, «il soit le 
tresbien venu, car grant joye et grant honneur 
nous fait. » En tant passèrent les aultres deux mille 
f® 42 archiers, que fort furent || regardez des gens, tant du 
20 palais comme de la cité. 


Comme le maistre d’ostel de Jehan de Paris entra 
honnorablement avecq les cent pages d'honneur . 

Après que les archiers eurent passé, arriva unç 
bel homme, grant et bien formé, qui estoit vestu 
25 d’ung drap d’or a tout ung grant baston en sa main 
. sur une moult belle acquenee grise, et après luy 
venoient les cent pages d’honneur de Jehan de Paris, 
tous vestus d'ung moult beau velours cramoisi,, 
et les pourpoins de satin broché d’or moult riche, 
30 montez tous sur chevaulx grisons hamechez de 

5 L vous oultr. — Le feuillet 47 fl. 11 il ne vous à p. 63, 
1 . 18-19 sont en point) manque en L. 


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JEHAN DE PARIS 


65 

velours cramoysi comme les robes des pages, semez 
d’orfaverie doree bien espesse. Si venoient leur petit 
train moult bien arrengez deux a deux, et les faisoit 
merveilleusement beau veoir, car ilz avoient estez 
5 choisis a l'eslite, et avoient les cheveulx aussi blondez. 
que fin or, qui leur batoient jusques sur leurs espaules. 
Bien estoient dignes d’estre regardez, et aussi estoient 
ilz, de plusieurs et en maintes maniérés. La pucelle 
{° 42 v» cuydoit bien de vray que celuy qui alloit devant || les 
10 pages fut sans nulle doubte Jehan de Paris. Si se leva 
debout pour le cuyder saluer, et aussi firent plusieurs 
barons et dames, mais le page, que beaucop sçavoit, 
s'en apparceut et dit : « Ma damoiselle, ne vous 
bougez jusques je le vous diray, car celuy que vous 
15 voyez la est le maistre d'hostel de nostre maistre, 
qui est ceste sepmaine en office ; ilz sont quatre 
que servent par sepmaines, et il maine les pages 
après luy pour aller veoir comment les logis sont en 
point. » 

20 Comment les trompettes de Jehan de Paris en¬ 

trèrent avecq moult belle compaignie. 

Veez cy arriver une moult belle compaignie avec 
les trompetes, lesquelles furent tantost oyes de ceulx 
de la ville. Si estoient toutes couvertes d'orfaverie 
25 et les chevaulx aussy jusques en terre, et estoient 
douze trompettes. Après venoit le cappitaine, que 
portoit une grant baniere de taffetas bleu, mais 
il n’y avoit milles armes, de peur d'estre congneuz. 
Si estoit monté sur ung beau et merveilleux cheval, 
f° 43 tout || couvert d’ung damas violet semé d’orfaverie, 
et estoit habillé de mesmes couleurs. Si le cheval 

22 L Voicy — belle chevalerie — 26 L qui — 20 Or il es. 


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6 4 


JEHAN DE PARIS 



estoit fier, aussi estoit le maistre qui dessus estoit. 
Et après luy venoient mille et cinq cens hommes 
d’armes, montez et habillez moult richement : se 
l'ung estoit bien en point, l'aultre estoit encore 
mieulx. Le page monstroit aux roys et aux dames 
tout l’estât et ordonnance, dont fort s'esmerveil- 
loient, et bien disoient tous qu'il estoit pour sub¬ 
juguer a soy tout le demeurant du monde. 


Comment le grant escuyer que portoit son espee 
io dedans le fourreau tout couvert d’orfaverie et de 

pierres précieuses entra en grant triumphe. 

Quant tous les hommes d'armes furent passez, 
que longuement durèrent a passer, vint ung moult 
beau chevalier vestu d’ung riche drap d’or semé 
15 au rebras de perles et de pierrerie, qui chevauchoit 
ung grant coursier tout couvert de mesmes, si non 
que la hosseure estoit de violet. La robe dudict 
chevalier traynoit plus bas que la hosseure du 
f° 43 v° cheval || et estoit fourree ladicte hosseure d’ermines 
20 moult richement. Cestuy portoit en sa main une 
espee dedans son fourreau, et estoit ledict fourreau 
tout couvert de riche pierrerie que fort estincelloit 
contre le soleil. Lors le page cria haultement, tant 
qu’il fut ouy des seigneurs et dames du palais, en 
25 disant : « Or, ma damoiselle, veez la celuy qui porte 
l’espee de Jehan de Paris. Certes, ilz sera icy mainte¬ 
nant. » 

« Helas, mon amy, regardez bien, a celle fin que le 
nous monstrez de bonne heure. » 

2 L venoit — 4 L l’estoit — SL demeurant du manque — 
9 L qui — 13 Z. qui — a passer manque — 15 L lequel ch. 
— 22 L qui 


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JEHAN DE PARIS ' 65 

« Si feray je, » dit le page, a n'en doubtez point. » 

Si eussiez veu venir six cens hommes tous montez 
sus grisons d’ung poil et d'une sorte, et de semblant 
d'hamois, tous semez d'orfaverie tout au long des 
5 hors, tant que c’estoit belle chose que de les veoir, 
car par dessus les croppes des chevaulx avoit grosses 
campanes d’argent qui estoient attachées a grosses 
chaînes d’argent toutes dorees, qui menoient grant 
bruit, et les seigneurs qui montez estoient dessus 
10 estoient tant beaulx qu’ilz ressemblent proprement 
anges, et si estoient tous vestuz d’ung riche velours 
cramoisi et pourpoins de satin broché d’or comme 
i° 44 les || pages qui estoient devant passez. Si venoient 
deux a deux en moult belle ordonnance, et bien 
15 monstroient qu’ilz estoient gens de grant estât 
et honneur. Le page vit venir de loing Jehan de Paris ; 
si appella la pucelle en disant : « Or sus, ma damoiselle, 
je me vois acquiter envers vous, car je vous mons- 
treray le plus bel crestien, le plus noble, et le plus 
20 gracieux que vous veistes oncques, c'est Jehan de 
Paris, mon maistre. » 

Comment Jehan de Paris arriva en la ville de 
Burgues en grant triumphe. 

Lors dit le page : « Ma damoiselle, regardez la en 
25 bas, celuy qui porte ung petit baston blanc en sa 
main et ung colier d’or au col. Regardez comment 
il a les cheveulx j aulnes, l’or de son colier ne luy 
change point la couleur de ses cheveulx. » Si fut 
moult joyeuse la pucelle des parolles que le page 
30 luy disoit. Si arriva Jehan de Paris moult richement 

2 L ces cent h. — 3 L chevaulx gris, tous d’ung — 3-4 sem¬ 
blant hamois — 5 L chose de — 7 L grosses manque — 9 L et 
ceulx qui estoient montez des. — 30 L luy avoit dictes 

5 


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JEHAN DE PARIS 


habillé et a l’entour de luy avoit quatre lacquetz, 
deux de ça et deux de la, habillez tous de drap 
f°44v«d’or. || Quant la pucelle l’eut apparceu, elle devint 
si roge qu'il sembloit que le feu luy sortist du visaige, 
5 si fut toute ravye. Et le roy de Navarre, qui bien 
l'apparceut, luy estraignit la main. Or elle tint la 
meilleur contenance que a elle fut possible, et quant 
Jehan de Paris fut au droit d'elle assez près, elle luy 
tendit ung couvrechief de plaisance que elle avoit 
io en sa main, en le saluant bien doulcement. Et quant 
Jehan de Paris la vit si belle, si fut féru du dart 
d’amours, comme a vous aultres messeigneurs les 
amoureux sçavez bien. Si broche le cheval des espé¬ 
rons, qui fit ung tel sault que en saillant print le 
15 couvrechef et osta son bonnet et fit la reverence 
et mercia la damoiselle. Si passe oultre, et ses gens 
après luy. Le roy d’Espaigne et tous les aultres 
seigneurs et dames furent moult joyeulx du beau 
recueil que la pucelle luy avoit fait, sans en avoir 
20 esté de nul advertie. Et disoient tous que moult bien 
et honnestement l’avoit fait la pucelle, et encores 
mieulx le jouvencel, mais de ce n'estoit pas trop 
joyeulx le roy d’Angleterre, car en son cueur pene 
p 43 soit || que ce luy pourrait tourner a quelque dommag- 
25 et deshonneur ; nonobstant fallut qu’il print en 
pacience et luy fallut faire la meilleur contenance 
qu'il luy estoit possible pour son honneur. 

Comment les cinq cens hommes d'armes de Varriéré- 
garde entrèrent en belle ordonnance. 

30 Quant Jehan de Paris fut entré comme avez ouy, 
arrivèrent les cinq cens hommes d’armes de l'arriére- 

12 L a manque — 13 L ledit ch. — 16 L Adonc passa 
— 19-20 L avoir de nulluy este adv. — 29 L moult b. 




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JEHAN DE PARIS 


67 

.garde, qui estoient demourez derrière pour secorir 
Jehan de Paris s’il en eust eu nécessité. Si furent 
merveilleusement esbays les seigneurs et dames de 
veoir tant de gens. Si dit la pucelle : « Hee, Dieu de 
5 paradis, y a il encores de gensdarmes ?» 

« Ma damoiselle, » dit le page, a c'est l’arrieregarde 
de nostre maistre, qui sont cinq cens, de mesmes 
a ceulx qui sont passez devant. » 

« Par mon serment », dit le roy de Navarre, « il feroit 
10 mal prendre noise a ung tel seigneur. Je croy que au 
demeurant du monde n’a point tant de richesse que 
aujourd'uy nous en avons veue. » 
f° 45 v° Quant tout fut passé, il || fut entre trois et quatre 
heures après midi. Les dames vindrent devers le 
15 roy luy requérir que son plaisir fut d’envoyer quérir 
Jehan de Paris. Et le roy leur promit qu’il y envoy- 
roit. Si appella le conte de Quarion et ung aultre de 
ses barons et leur dit comme voz orrez. 


Comment le conte de Quarion et son compaignon 
20 allèrent devers Jehan de Paris. 

Si leur dit le roy : « Vous voz en irez vers Jehan de 
Paris, et le saluerez de par moy, et luy dictes que moy 
et les dames luy prions que son plaisir soit venir 
en nostre palais pour commancer la feste, et menez 
25 avecques vous jusques a cinquante des plus nobles 
barons de céans. » 

Tantost partit le conte bien joyeulx avec sa com- 
paignie pour aller faire son message. Et quant ilz 
commancerent a entrer au quartier qui avoit esté 
30 deslivré a Jehan de Paris, ilz furent tous esbays, 

4 L dit adonc — 5 L enc. des gens derrière — 12 L veu 
— 13 L fut environ t. ou q. — 21 L Alors le roy dit au 
conte de Q. et a ung sien aultre baron : V. 


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JEHAN DE PARIS 


car ilz trouvèrent les rues toutes fossoyeez et fortif- 
fieez avecques bonnes barrières, et gensdarmes a 
f® 46 grant nombre que || les gardoient, tous en point 
comme pour combatre. Si trouvèrent les gardes de la 
5 première barrière que leur demandèrent : « Que 
demandez vous, messeigneurs ? » 

« Nous sommes, » dit le conte, « au roy d’Espaigne, 
que nous envoyé a Jehan de Paris. » 

« Et y a il icy duc ou conte ? » dirent les gardes. 
10 « Ouy certes », dit le conte. 

« Or entrez doncques avecq vostre compaignie. » 
Lors entrèrent et virent toutes les rues tendues de 


moult riche tapisserie. Et quant ilz furent venuz 
devant le logis de Jehan de Paris, ilz trouvèrent la, 
15 grant compaignie de gens d’armes qui avoient 
haches en leurs mains comme pour combatre, et 
estoit le cappitaine devant la porte du logis en moult 
riche estât. Le conte de Quarion luy demanda si 
pourrait parler a Jehan de Paris. « Et qui estes vous ? » 
20 dit le cappitaine. 

« Je suis le conte de Quarion, que le roy d’Es¬ 
paigne envoyé devers Jehan de Paris. » 
a Or me suyvez, » dit il, « avecq voz gens. » Si se mect 
devant, et le conte avecq ses gens après, et quant 
25 ilz furent en la première salle, que moult estoit 
grande et toute tapissée, le dessus et les coustez, 
f®46W*ung drap d’or de haulte || lisse, a grantz person¬ 
nages de la destruction de Troye, la plus riche 
besongne que l’on sceut veoir, quant ilz eurent une 
30 piesse regardé, vint ledict cappitaine que leur dit : 
« Attendons encores ung peu, car je n’ay peu entrer, 
pource qu'on tient le conseil, si n'ozeroye hurter a 


3 L qui — 5 L qui — 8 L qui — g L n’y a il i. ne d. 
ne c. — 12 L si vir. — 14 L jusques dev. — 21 L Qu. a 
qui le roy d’Espaigne a donné charge de venir parler a 
J. de P. —24 L gens le suivent— 25 L i. entrèrent —qui 
— 27 L a hau. — 30 L qui — 31 L Attendez 


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JEHAN DE PARIS 


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10 


15 


f °47 


20 


25 


l’uys. » Quant ilz eurent ung peu attendu, le cappi- 
taine entendit ouvrir l’uys ; si alla celle part et mena 
avecques luy le conte de Quarion et sa compaignie. 
Si parla le cappitaine a ung des chambellans, et luy 
dit que le conte de Quarion vouloit parler a Jehan 
de Paris. « Je vois appeller le chancellier », dit le cham¬ 
bellan, « qui parlera a vous. » Si ferme l’uys et s'en va 
quérir le chancellier, lequel incontinant il amena. 
Et quant il fut arrivé, il demanda audict conte : 
« Que demandez vous, vous aultres messeigneurs ? » 

« Nous venons, » dit le conte, « parler a Jehan de 
Paris, de par le roy d’Espaigne. » 

« Et comment, » dit le chancellier, « est il si fort ma¬ 
lade qu'il ne fust peu venir jusques icy dire ce qu'il 
veult ? Certes, vous n’y pourriez parler, ja ne vous 
fault icy plus actendre. » 

Quant le conte et ses compaignons ouyrent || ceste 
responce, ilz furent moult esbays, et se mirent a 
retourner le plus bref qu’ilz peurent. Les dames et 
damoiselles estoient aux fenestres a grant nombre, 
attendans la venue de Jehan de Paris. Et quant elles 
virent venir le conte sans luy, si furent moult descon- 
fortees et marries. Si dit la pucelle au roy son pere : 
« Helas, monseigneur, nous ne verrons point ce beau 
prince, car vecy venir le conte de Quarion qui point 
ne l’amaine. » 


Comment le conte de Quarion, luy estre arrivé 
devant le roy d’Espaigne, luy fit la responce 
de ce que avoit fait avecq les gens de Jehan de 
30 Paris, présent les barons. 

Quant le conte fut entré en la salle, tous vindrent 
autour de luy, pour escouter la responce qu'il feroit. 

2 alla incontinant — 17-18 L ces responces — si se — 
19 L au plus — 20 L en gr. — 29 L ce qu'il 


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JEHAN DE PARIS 


Si leur compta la maniéré comment les rues estoient 
ja fortiffieez, et les grans gardes que rentrée gar- 
doient. « Par Dieu, » dit le roy, « il doit estre vaillant 
guerroyeur, que si bien se veult tenir sus ses gardes. » || 
i° 47 v° Après leur compta comment les rues estoient toutes 
tendues de tapisserie moult riche, et comment ilz 
estoient venuz jusques devant son logis, ou ilz avoient 
trouvé le cappitaine de la garde en ung moult riche 
estât, « lequel nous a mené en une salle tapissée de la 
io plus riche tapisserie que jamais nous vismes, car il n’y 
avoit guieres aultre chose que fil d’or et d’argent, 
la ou estoit pourtraicte la destruction de Troye 
en grantz personnages tous faiz de fin or et de soye, 
et avons esté la l’espace d’ung quart d’heure, tan- 
15 dis que le cappitaine estoit allé a la porte de la chambre 

de Jehan de Paris, a laquelle n'a ozé hurter. Si nous 
a faillu attendre que quelcun aye ouvert l’uys. 
Le cappitaine, que bien tenoit l’ueil si personne ou- 
vriroit point la porte, a veu ung des chambellans 
20 a la porte ; adonc nous a menez a luy, en luy disant : 
« Monseigneur le chambellan, veez cy le conte de 
Quarion que le roy d’Espaigne envoyé pour parler 
a Jehan de Paris. — Or demeurez icy, » dit il, « et je le 
iray dire au chancelier. ». Si c'est retiré en la chambre 
25 et a fermé l’uys apres luy, et bien tost après a amené 
le chancelier qui est ung homme de grant represen- 
f° 48 tation ||, que m'a demandé que je vouloye. Et je luy 
ay respondu que le roy m’avoit envoyé pour parler 
a Jehan de Paris. Et lors il m’a respondu en ceste 
30 maniéré : « Comment, le roy est il si fort malade 
que il ne luy pouvoit venir dire ce qu'il veult ? 
Certes, vous n’y pourriez parler. » Si avons esté 


2 L qui— 4 L qui — 9 L menez — 11 L filz — 14 L la 
bien — 16 L il n’a — 18 L mais le cap. qui — 20 L ladicte 
— a l’uys, et puis luy a dit — 23 L a. le chambellan — 
24 L vois d. — Si est rentré — 25 L et ferme — et incon- 
tinanta — 27 L qui m’a— 31 L que il luy v. — 32 L v. 
ne luy — Et adonc a. 


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JEHAN DE PARIS 


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5 


10 


15 


tous esbays, et le plus tost que nous avons peu nous 
en sommes retournez vous venir dire la responce. » 
Le roy d'Angleterre de ce fut moult joyeux, pensant 
qu'il ne se trouveroit point a la feste, mais cy fit, 
dont il fut bien marry, comme vous orrez. Si dit : 
« Ne vous avois je pas bien dit qu'il avoit la teste 
lunaticque, et qu'il tenoit du fol ? Et cy c’estoit 
a moy a faire, je ne le prieroye ja plus. » 

« Par Dieu, » dit le roy d’Arragon, « si le roy m'en 
veult croire, il le ira convoyer, et je iray avecq luy, 
et que luy peult cela nuyre, veu qu’il a si noble estât, 
et qu'il est venu en sa cité, mesmement contre une 
telle feste, par quoy on ny doit regarder nul ordre. » 
Les dames furent moult joyeuses de ce que le roy 
d’Arragon avoit dit, si l'en remercièrent grande¬ 
ment. 


f° 48 v° || Comment le roy d’Espaigne, acompaigné du roy 

d'Angleterre, allèrent convoyer Jehan de Paris 


20 


25 


30 


a Vrayement, » dit le roy d’Espaigne, « il vault bien 
que l'on y aille devers luy, et ne pins croire que ce 
ne soit ung tressaige homme. Si iray veoir si je le 
pourray amener, et croyez que ja ne sera ma faulte 
que ne s’en viengne festier ayecq les dames. » 

« Je iray avecq vous », dit le roy d’Arragon ; aussi 
le dirent tous les aultres. Et le roy d'Angleterre, 
pour faire le bon vallet, va dire : « Certes, messei- 
gneurs, je y iray, car nous sommes longtemps venuz 
ensemble, si en viendra plus volentiers, car aussi 
Pavois je ja convoyé de y venir. » 

« C’est moult bien dit, » dit le roy d’Espaigne, « nous 


X L que avons —9-10 L me v.—J z manque — 14 fort j. 
— 15-16 L grandement manque — 18 L convier — 20 L que 
on aille vers — 23 L qu*il ne se v. festoyer — 27 L je i. — 
29 L convyé 


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JEHAN DE PARIS 


7 2 

yrons, mon beau filz et moy, et vous demeurerez 
pour entretenir les dames », dit il au roy d'Arragon 
et de Navarre et a plusieurs aultres barons et sei¬ 
gneurs, « et aussi pour recevoir plus honnorablement 
5 Jehan de Paris, car je cuyde qu'il viendra pour moy 
et pour l’amour de mon beau filz, lequel est venu 
avecques luy, comme il dit. » 

Ainsi s'en partirent les roys d’Espaigne et d’An- 
f° 49 gleterre || avecq moult belle compaignie. Et quant 
io ilz furent a la première barrière, et virent que la rue 

estoit si fort fortiffiee, ilz en furent moult esmerveillez. 
Le roy dit aux gardes : a Mes amys, nous voulons aller 
parler a Jehan de Paris, si vous avez congié de nous 
laissez entrer. » 

15 « Et qui estez vous ?» dit le portier. 

« Je suis le roy de ce pays. » 

« Pardonnez moy, sire, car je ne vous congnoissoye- 
A vous n’est riens fermé, car nous l’avons par exprès 
commandement. » Et vouloit entrer le roy par le 
20 petit huisset, mais le portier ne le voulsit oncques 
souffrir, ains luy ouvrit toute la grant porte, et ne 
fut oncques puis fermee, tandis que le roy d’Es¬ 
paigne fut dedans. Si furent moult esmerveillez les 
deux roys, quant ilz alloient par les rues, de veoir 
25 si belle tapisserie, car il sembloit ung paradis, des 
delices et plaisances, et des beautés et richesses qui 
y est oient, et si y çstoit tout plain de gensdarmes, 
ne point ne faisoient semblant de eulx desarmer. 
Quant ilz furent arrivez devant le logis, si trouvèrent 
30 le cappitaine de la garde, qui a merveilles estoit bel 
i° 49 v® homme, et qui estoit en ung moult riche || estât. 
Le roy luy dit : « Sire, pourrions nous point parler 
a Jehan de Paris ? » 

1 L y irons, nostre b. — 6 nostre b. — 8 L s'en manque — 
11 L fort manque — f. tous es. — 19 L Si v. — 26 L et bea. 
— et richesses manque — 28 L qui po. — 29 L ilz tr. 


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JEHAN DE PARIS 






20 
f° 50 




« Et qui estes vous ?» dit le cappitaine. 

« Je suis le roy de ce pays, et veez cy mon beau, 
filz le roy d’Angleterre ; si voulons semondre Jehan 
de Paris a venir aux nopces. » 

« Sire, » dit le cappitaine, « ne vous desplaise, car je 
ne vous congnoissoye point, mais je congnois bien 
le roy d’Angleterre. A vous, sire, n’est riens fermé : 
si me mectray devant pour vous conduyre. » Lors- 
se mect devant, et le roy d’Espaigne qui tenoit 
l’aultre par la main, se mect après, avecq grant 
nombre de gens. Quant ilz furent en la salle du com¬ 
mun, ilz se esmerveillerent fort de la richesse de la 
tapisserie que illecq estoit. 

Tantost le cappitaine alla hurter a la chambra 
du conseil, et dit a ung des huissiers que le roy d’Es¬ 
paigne et d’Angleterre estoient a la porte, qui vou- 
loient parler a leur seigneur. Tantost sortit le chan¬ 
celier de la chambre, acompaigné bien de cinquante 
barons en ung moult bel et riche estât, entre les- 
quieulx estoient les ducz d'Orléans et de Borbon, 
et plusieurs aultres ducz et contes anciens, car tous 
les jeunes princes. Jehan de || Paris les tenoit avecques 
luy, du nombre des cent que avez ouy cy devant. 
Le chancelier receut moult honnorablement les roys 
et leur compaignie. Si dit le chancelier au roy : 
« Sire, que venez vous icy faire, qui avez tant de 
passe temps en vostre palaix ? Vous soyez le tres- 
bien venu en vostre mesme terre. » 

« Certes, » dit le roy, 0 je ne me pourroye tenir de 
venir veoir Jehan de Paris, et Je semondre que son 
plaisir soit venir jusques a mon palais et le sien, 
veoir les dames, que moult fort le désirent ; si vous 
prie que a luy me fassez parler s’il est possible. » 


2 L nostre b. — 3 L voullions — 4 L a venir manque — 
8 L Et alors — 9 L mit — 10 L mit — 11 de barons — 
13 L qui la es. — 15 L si d. — 17 L Adonc s. — 31 L j. en 
— 32 L qui — 33 L fassiez 


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JEHAN DE PARIS 


« Par Dieu, sire, il est bien aisé a faire, car il y a 
exprès commandement que a vous riens ne soit cellé 
ne fermé, si povez entrer par jour et nuyt, et comman¬ 
der comme en vostre maison. » 

5 « Grantz mercis », dit le roy. 

« Or venez donc, sire, » dit le chancellier, « et je vous 
monstreray le chemin. » Si les mena en la chambre 
du conseil, que toute estoit tendue de satin rouge, 
brouché de fueillaige d'or, le ciel de mesmes et le 
io pavement. Puis vint hurter a la chambre du secret, 
ou Jehan de Paris estoit en la forme et maniéré que 
vous orrez. || 

f° 50 v° Premièrement, toute la chambre, le del et pave¬ 
ment, estoient tendus d’ung velours vert a grans 
15 personnages d'or, bien enrichis de perles, ou estoit 
pourtraict l’Ancien Testament. Au coing delà chambre 
avoit ung hault siégé a trois degrez, couvert d’ung 
moult riche pâlie d'or, et par dessus, avoit ung moult 
riche pavillon, tout fait d’orfaverie esmaillee, a grant 
20 nombre de chainettes d’or que tenoient diamans, 
rubis, esmerauldes, saffirs, et plusieurs aultres pierres 
précieuses, qui estincelloient merveilleusement. Jehan 
de Paris et ses cent gentilz hommes estoient tous 
vestus d’ung drap d'or batu, tant riche que ne le 
25 vous sçaurois declairer, et si estoient toutes les 
robbes jusques en terre, et toutes d'une mesme 
sorte, fors que Jehan de Paris, qui avoit ung moult 
riche colier tout couvert de riche pierrerie. L’uissier 
vint ouvrir la porte pour veoir que c’estoit qui y 
30 hurtoit, si trouva ledict chancellier et les deux roys, 
que dit a l’uissier : « Que fait nostre maistre ? s 

« Monseigneur, » dit l’uissier, « il est en son siégé, 
qu’il devise avecq ses barons. » 

2 L ne s. riens — 3 L par n. — 8 L qui — 11 L forme et 
manque — 12 L que s'ensuit — 20 L qui — 25 L scauroye 
— 26 L d’une mesure et mesme — 28 L couvert d'orfaverie 
et de — 29 L qui c. 


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JEHAN DE PARIS 


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• Vecy le roy d’Espaigne, » dit le chancellier, « que le 
vient veoir », et alors entrèrent dedans la chambre 
comme vous orrez. || 


f° 51 Comment le roy d’Espaigne et d’Angleterre , 
5 acompaignez de plusieurs grans seigneurs et 

barons, entrèrent en la chambre de Jehan de 
Paris , et comment Jehan de Paris se leva de 
son siégé pour faire reverence au roy d’Es¬ 
paigne. 

10 A rentrée de la chambre le chancellier ce mit a 
genoil devant Jehan de Paris, disant : « Sire, vecy 
le roy d’Espaigne que vous vient saluer. » Quant le 
roy d’Espaigne le vit en si hault triumphe, il ne se 
peut tenir de s’encliner bien bas en luy faisant la 
15 reverence. Et quant Jehan de Paris le vit, se leva 
de son siégé et le vint acoler, en disant : « Sire roy 
d’Espaigne, Dieu vous maintiengne et toute vostre 
belle et noble compaignie. Au regart de vostre 
beau filz, il n’y a guieres que nous nous sommes veuz ; 
20 venez vous en soir. » Si le prent par la main et le 
maine asseoir auprès de luy, puis dit au roy d'An¬ 
gleterre : « Prenez place ou il vous plaira. » Les barons 
de Jehan de Paris firent asseoir les aultres, et quant 
tout le monde fut assis, le roy d'Espaigne parla en 
25 ceste maniéré : « Jehan de Paris, si je ne vous nomme 
aultrement, il me doit estre pardonné, car voz gens 
<•5 iv® ne nous ont voulu nommer voz tiltres. || Toutesfoiz 
vous soyez le tresbien venu en ce pais, qui est du tout 
a vostre commandement. » 

1 L qui — 2 L Adonc ent. en — 5 L grans seigneurs et 
manque — 11 L genoulx — 12 L qui — 13 L haulte —15 L il 
se—i8Let noble manque — 20 Adonc le print — 21 L 
mena a. 


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JEHAN DE PARIS 


5 


io 


15 


« Grantz mercis », dit Jehan de Paris. 

« Je vous prie, » dit le roy, « qu’il soit vo9tre bon 
plaisir de nous faire cest honneur de venir jusques- 
au palais veoir les dames, que moult fort vous dé¬ 
sirent. Si y trouverez le roy et la royne d’Arragon, 
les roys de Navarre et de Portugal, et plusieurs- 
aultres dames et grans barons et seigneurs. Si ne 
serez pas si honnestement traicté ne receu comme 
céans, mais de belles et honnestes dames et damoi- 


selles y a, que vous feront bonne chere. » Les gens du 
roy anglois estoient tous marris de la grant humilité 
et amour que le roy d’Espaigne monstroit a Jehan 

» dit Jehan de Paris, a vous ne 
les dames n’estes pas a refîuser ; si ferons collation. 


de Paris, a Vrayement, 


et puis les irons veoir. » 


Comment Jehan de Paris fit apporter espices et 
confitures de toutes sortes, et vins de plusieurs 
façons et couleurs. 

Tantost apportèrent espices et confitures de toutes 
20 sortes en grans couppes d'or et de pierrerie ; après, 
f° 52 les vins de plusieurs maniérés, dont le roy || estoit 
tout esmerveillé. Quant ilz eurent fait la collation. 
Jehan de Paris dit au roy : « Or sus, allons quant il 
vous plaira. » Si print le roy par la main dextre, 
25 et le roy d’Angleterre par la main senestre, et se 
mectent a chemin. Et quant il fut a la porte de son 
logis, il dit au cappitaine de la garde qu’il ne menast 
que ung peu de gens, tous les barons, et les cent 
hommes de son habit. Tantost ledict cappitaine ce 
30 mit devant avec cent hommes d’armes pour faire 

4 L qui — 7 L aultres grans seigneurs dames et barons. 
Si ne — 9 L dames et manque — 10 qui — 21 L r. d’Es¬ 
paigne — 26 L en c. — Et q. il f. arrivé — 26-27 L de son 
logis manque — 29 L Incontinent le c. 


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JEHAN DE PARIS 


77 


voye, car grant estoit la presse du peuple de tous estaz. 

Les dames et seigneurs qui estoient demorez au 
palais furent tous esbays quant ilz virent que les 
deux roys tant demeuraient, mais il vint ung cheva- 
5 lier courant qui vint dire : « Sus, apprestez vous, car 
veez cy venir les plus belles gens et les mieulx en 
point que jamais furent veuz sur la terre. » Grant 
joye eurent les dames et seigneurs et sur tous en eut 
grant joye la pucelle a qui le cueur tout sautelloit 
10 de joye. Le roy d’Arragon print la royne d’Espaigne, 
et sa fille fut menee par le roy de Navarre, et le roy 
de Portugal print la royne d’Arragon, et les aultres 
princes et barons prirent chascun dame et damoi- 
i° 52 v° selle, et se mirent en tresbelle || ordonnance. Si les 
15 allèrent ung peu veoir venir de loing par les fenestres, 
puis se mit chascun en sa place en disant l’ung a 
l'aultre : 


20 


*5 


30 


« Voyez comment celuy prent honneur devant 
les roys, que tous deux les mayne et marche le pre¬ 
mier ; par Dieu, il est homme de grant haultesse et 
audace, et ne monstre pas qu’il soit en païs estrange. » 
« Certes, » dirent les aultres, a il est par tout le plus 
fort, que luy donne ce courage. » 

« Et, par Dieu, » dit la pucelle, « la fierté qu’il a luy 
siet moult bien, car c’est ung droit mirouerdebeaulté. » 
Et a tant veez cy venir et entrer ses hommes de la 
garde qui tous ensemble saluèrent la compaignie, 
et puis se vont sarrer en une part contre ung coing 
de la salle, qui sembloit que tous cent ne tinssent 
pas la place de quarante. 


2 L les s. — demorez manque — 3-5 L ou palais se des- 
conf ortoient, en disant que J. de P. ne viendrait point, puis 

a ue les deux roys demouroient si longuement, mais tantost 
... — S. mesdames appr. tout — 8 L les s. — 13 L dame 
ou — 18 L Ne voyez vous pas c. — 20 L par D. manque 
— 22 L disoient — 26 L venir et manque — les h. — sa 
g. — 27 L que — 28 L et se vont tirer — une part contre 
manque — 29 L qu’il 


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7 8 


JEHAN DE PARIS 


Comment Jehan de Paris entra en la salle ou 
estoient les seigneurs et dames qui luy vindrent 
au devant. 

Estre arrivé, Jehan de Paris, entre les deux roys 
5 d’Espaigne et d'Angleterre, entrèrent en ladicte 
f° 53 salle : les seigneurs, dames et damoiselles || leur 
vindrent au devant. Jehan de Paris salua les roys 
d’Arragon, de Navarre et de Portugal, puis osta 
son chappeau et baiza les deux roynes. Après print 
io la pucelle par la main bien priveement et la baisa 
moult doulcement en disant : « Je vous mercie, ma 
doulce seur, de vostre présent. » Adonc elle rogit 
ung peu et s’enclina jusques bien bas. Puis dit Jehan 
de Paris a ses barons : « Allez baiser toutes ces dames, 
15 et nous nous irons reposer. » Si print les deux roynes 
par les mains, et dit au duc d’Orléans qui après luy 
venoit, que luy amenast la damoiselle. Si s’en va 
seoir au plus noble lieu de toute la salle, qui moult 
grande estoit, et se assit au milieu des deux roynes. 
20 Puis dit au duc d’Orléans, son cosin : « Amenez moy 
ce que vous ay baillé ; vous n'estes pas si honteux 
que vous ne prenez du meilleur endroit, » dont chas- 
cun se mit a rire. Puis dit haultement : « Messeigneurs,. 
prenez place ou bon vous semblera, car nous avons 
25 prins la nostre. » Si commença a deviser avecq la 
pucelle, et tous les roys et grans princes et dames et 
damoiselles le plus que peurent se approucherent 
f° 53 v® pour les ouyr deviser. Et en || parlant, la pucelle dit 
a Jehan de Paris : « Sire, vous avez amené une moult 

12 L lors — 16-17 C duc de Normandie — emprès luy 
estoit — qu'il 1 . — 18 L asseoir — 19 L deux manque — 
20 L son manque — 23 N rire, car nous avons prins la nostre. 
Puis... — 24 N semblera, car quant a moy je suis bien» 
Si commença... — 27 qu’ilz p. 


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JEHAN DE PARIS 




belle armee, la mieulx en point que jamais l'on vit 
en ces contrées. » 

«Ma mye,» dit Jehan de Paris, «je l’ay fait pour 
l’amour de vous. » 

« Et comment, » dit la pucelle en rogissant, « pour 
l’amour de moy ? » 

« Je le vous diray, » respondit il ; « j’ay ouy dire que 
l’on vous de voit combatre demain, et pource je vous 
viens offrir si vous avez point a faire de mes gens 
d’armes, qui ont bonnes lances et roiddes. » Au mot 
fut moult grant le bruit parmy la salle de rire, car 
tous escoutoient diligemment, a Sire, » dit la pucelle, 
toute hontetise, « je vous mercie de vostre offre, car 
il n’y fault pas si grande assemblée. » 

« Sainct Jehan, » dit il, « il est vray, car ce sera corps 
a corps en champ de bataille estroit. » Jamais vous 
ne veistes tant rire comme ces seigneurs et dames 
rirrent des questions qu’il luy faisoit. Si dit le roy 
de Navarre au roy d’Espaigne : « Oyez vous pas 
cest homme que mon cosin vostre beau filz blas- 
moit, en disant que par foiz il dit les motz d’ung 
follastre ? Par Dieu, je croy que non fait, mais les 
baille si très couvers que l’aultre ne les peult entendre.. 
Si vouldrois bien que || les luy fissions explicquer. » 
« Je le veulx bien, » dit le roy, « mais j'ey peur de luy 
desplaire, car sur ma foy c'est la plus plaisant créa¬ 
ture que je visse oncques. Si suis tout ravy de luy ; 
s’il vouloit, il acquerroit beaucop de dames. » 

« Par ma foy, autant vous en dis. Si seroit bon de le 
faire boire. » 


« Voire, » dit le roy, « mais nous ne pourrions ainsi 
faire comme il nous a fait. Pleust a Dieu que vous y 
eussiez esté. » 


8 L demain c. — g L que se — io L roides, que les aurez 
pour vous secourir. De ce mot... — n L par — 17 L les. 
d. — 24 L vouldroye — 25 L r. d’Espaigne 


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JEHAN DE PARIS 


3o 

« Amen, » dit il, « mais ilz ne s’en iront encore, si 
desire fort avoir accoinctance a luy. » 

Comment le roy fit apporter pour faire colation 
a Jehan de Paris. 

5 En tant le roy commenda apporter colation qui 
tost fust preste. Et le maistre d'ostel de leans vint 
dire a ung des barons de Jehan de Paris comment 
il le ferait boire. « Attendez, » dit celuy, « je vois quérir 
celuy qui l’en sert, que luy portera. » Et incontinant 
io celuy alla dire au duc de Normandie qufe l’on vouloit 
servir de vin. Le duc appella l’escuyer et luy dit 
qu’il allast prendre la couppe pour servir de boire, 
ce qu’il fit incontinant, et deux aultres escuyers 
<• 54 v° aussi qui prirent chascun une couppe, et || les vindrent 
15 présenter toutes trois a Jehan de Paris, lequel print 
la sienne et commenda bailler les aultres deux aux 
deux roynes en disant : « Bevons nous trois pour des- 
pescher, et les aultres bevront quant il leur plaira. » 
Si beut sans riens actendre, puis bailla sa couppe 
20 a la pucelle que devant luy tenoit, en disant : « Tenez, 
ma mye, j’ay beu a vous, si croy bien que ja ne me 
craindrez. » 

a Par Dieu, » dit la pucelle, « il n’y a cause pour quoy; 
si vous en mercie de bon cueur. » Les roys et aultres 
25 seigneurs et dames beurent, que fort s'esmerveilloient 
dont Jehan de Paris prenoit ainsi l’honneur sur tous 
les roys, qui estoient plus vieulx que luy. 

Quant colation fut faicte, les roys et dames s’apro-* 

3 L roy d’Espaigne — 5 L Le r. com. qu’on apportast a 
faire col. — 9 L sert. Alors le duc de Normandie appella 
l’escuyer, et luy dit qu’il allast... —13-14 L esc. avecq luy 
aussi en pr. ch. une et les v. toutes près, a J. de P. 
— 17-18 L pour despecher manque — 21 L je cr. — 24 L les 
a. — 25 L qui 


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JEHAN DE PARIS 


81 


cherent de Jehan de Paris pour railler et deviser 
avecques luy. Si luy demanda le roy de Navarre : 
« Jehan de Paris, mon doulx amy, que dictes vous de 
nostre nouvelle mariee ? » 

5 « Certes, » dit il, « je n’en sçaurois dire que tout bien 

et honneur, car il me semble que Dieu l’a parfaicte 
a son loisir, que rietns n’y a oublié. Si n’a besoing 
que d’un bon officier. » 
a Et quel officier, sire ? » dit die. 
io « Or le demandez a messeigneurs, » dit il, « savoir 
moult s’il le vous sçauront nommer. » 
f° 55 o Par ma H foy, » dit le roy de Portugal, a voz motz 
sont si fors a entendre que nous ne sçarions que 
exprimer ; si vous prie que le nous vueillez nommer. » 
15 « Par ma foy, » dit il, « c’est chose bien aizee a savoir, 

car je croy bien que de maistre d’ostel, d’escuyers 
ne de secrétaires est elle bien fomye, mais voulen- 
tiers quant dames sont loin de leur pays, elles en 
désirent souvent avoir des nouvelles, et pource 
20 elle a bon besoing du bon chevaucheur. » Quant ilz 
entendirent ces parolles, chascun se print moult fort 
a rire. « Or, par Dieu, » dit le roy d’Espaigne, « sire, 
vous sçavez tresbien ce qu'il fault aux femmes, mais 
en voz motz il fault tous jours glozes. » 

25 Comment le roy d’Espaigne demanda a Jehan de 

Paris l’exposition des motz qu’il avoit ditz au 
roy d’Angleterre son beaufilz. 

« Si je n'avoye peur de vous desplaire, » dit le roy 
d’Espaigne, « je vous demanderoye l'exposition d'aul- 

2-4 L Navarre qu’il luy sembloit de leur nouvelle mariee. 
— 5. L scauroye — 14 L prions — 15 L Vrayement, 
dit il, c'est ch. — 17 L et de — 20 L elle manque — d’un 
bon c. 

6 




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*°55 v 


10 


15 


20 


25 


30 
1° 56 


82 JEHAN DE PARIS 


cuns motz que vous avez ditz en chemin a mon beau 
filz. > 

« Certes, » dit Jehan de Paris, « demandez ce qu'il 
vous plaira, car riens ne me sçauroit desplaire. » || 

« A vostre congié dont,» dit le roy d’Espaigne, 
« je vous en vois dire ung. Mon beau filz d’Angleterre 
m'a dit, que quant vous veniez, ung jour que pleu- 
voit tresfort, vous luy dictes que luy qui estoit roy, 
devoit faire porter a ses gens des maisons pour eulx 
garder de la pluye en chevauchant. Si ne puis entendre 
comme ces maisons pourroient aller ne qui les por- 
teroit. » Jehan de Paris ce print moult fort a rire 
puis luy dit : 

t Certes, c'est bien aisé a entendre si vous eussiez 
esté sur le lieu, car il pouvoit bien prendre exemple 
a moy et a mes gens qui prismes bons manteaux 
et chapperons a gorge avecq noz oseaulx qui nous 
gardoient bien de la pluye. Et quant il faisoit beau 
temps, si les mections sus nous bautz, et se sont les 
maisons que je disoye a vostre beau filz qui estoit 
moillié, luy et ses gens, comme s’ilz fussent plongez 
en la rivière. » 

« Haa, » dit le roy, « par Dieu, vous en dictes la 
vérité. » 

« Vrayement, » dit le roy de Portugal a l’oreille 
du roy d’Espaigne, « cestuy n’est pas si fol comme 
vostre beau filz disoit, ains a ung moult beau et vif 
entendement de son eage. » 

« Encore vous en demanderay une aultre chose, » 
se dit le roy d’Espaigne, « s’il est vostre plaisir. C’est 
que ung aultre jour vous || luy dictes qu'il ne faisoit 
porter a ses gens ung pont pour passer les rivières. » 


1 L dit — nostre b. — 7 L qu'il pl. — 12 L moult fort 
manque —14-15 L cela est — entendre, car, si vous y eussiez 
esté sus le lieu, vous l'eussie2 bien congneu, et p. — 17 L 
qu'ilz — 19 L nous les — sur — 21 L 1 . et les siens — 
29 L demanderoys je. — 31 L distes pourquoy il ne 


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JEHAN DE PARIS 


83 


« De cela ne fault il pas grant exposition, » dit 
Jehan de Paiis, « car elle est de mesmes a la première. 
H est vray que par de ça Bayonne, ung jour nous 
trouvasmes une petite rivière bien creuse et roide. 

5 Le roy d’Angleterre et ses gens, qui estoient mal 
montez, se mirent dedans pour passer, dont il s’en 
noya bien soixante des plus mal montez, et je passey 
après avec mes gens que n’eurent nul mal, et quant 
nous fusmes passez, le roy me fit ses plains de ses 
10 gens qui estoient noyez, et lors je luy dis qu’il devoit 
faire apporter ung pont pour les faire a saulveté 
passer les rivières, c'est a dire bons chevaulx comme 
ils virent bien les miens, qu'ilz n’eurent aulcung 
m al. Je cuydoie bien qu'il l’eust entendu. » 

15 « Par Dieu, » dit le roy de Navarre, « bien le luy 

bailliez par entendre. » 

« Or puis que tant nous en avez dit, » dit le roy 
d’Espaigne, « je vous prie que nous declairez le tiers, 
et plus ne vous en parlerons. » 

20 « Je vous ay dit que tout ce qu’il vous plaira me 

plaist, pouice n'en faictes difficulté. » 

« Je vous prie donc », dit le roy d’Espaigne, « que 
vous nous declairez comment vous entendez ce que 
f° 56 v° vous luy || dictes que vostre feu pere estoit venu 
25 en ce païs il y avoit environ quinze ans, et avoit 
tendu ung lax a une canne, et que vous veniez pour 
veoir si la canne estoit prinse. » 

« De cela, » dit Jehan de Paris, « je ne blasme point 
le roy d’Angleterre, car il est bien fort a entendre. 
30 Et toutesfoiz, puis qu’il vient a propoz, je suis con¬ 
tant de le vous declairer. Or, entendez que c’est. 
H est vray qu’il y a environ quinze ans passez que le 


1 L dit J de P. mangue — 8 L qui --g L roy d’Angleterre. 
— 11 L faire manque — pour faire ses gens a s. passer 
30 L suis contrainct 


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84 


JEHAN DE PARIS 


roy de France, feu mon pere, vint en ce pays pour 
remectre vostre royaulme en vostre obéissance, 
et lever le siégé a la royne vostre femme, que veez 
cy, et quant il s'en voulut aller, tous deux luy don- 
5 nastes vostre fille pour icelle marier ou bon luy 
sembleroit, et il vous respondit que ce seroit avecques 
moy, et c’est le lasson, et vecy la canne que je suis 
venu veoir ci elle est prinse. » 


Comment Jehan de Paris rebrassa ses habillemens 
io pour demonstrer qu’il estoit, et fit rebrasser 

celles des ducz d’Orléans et de Bourbon qui 
estoient avecq luy. 

Alors qu’il eut fini le parlement avecq le roy 
d'Espaigne, rebrassa sa robbe, que dedans estoit 
15 d'ung velours bleu semé de fleurs de lis d’or. || 
f° 57 Quant le roy et la royne d’Espaigne ouyrent ces 
parolles, tous deux se gecterent a ses piedz avec leur 
fille en disant : « O trespuissant et noble roy, pour 
Dieu plaise vous nous pardonner nostre grant offence, 
20 car tout ce que vous avez dit est vray, et bien 
le sçavons et la plus part de tous mes barons 
que icy sont ; si suis content d'en recepvoir telle 
pugnition comme il vous plaira a ordonner. Et quant 
est de ma fille, bien sçay qu’elle n’est pas digne 
25 d'estre conjoincte avecq vous, mais dès maintenant 
je la vous livre pour la marier a celuy que sera vostre 
bon plaisir, et a celuy baille dès maintenant la pos¬ 
session de mon royaulme. » 

Le roy Jehan de France les leva et moult les mercia, 
30 puis dit a la pucelle : « Ma mye, vous avez ouy ce 
que vostre pere et mere ont dit ; que en dictes vous, 

13 L finé — 14 L il rebr. — 22 L qui 


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JEHAN DE PARIS 85 

car le fait vous touche ? Voulez vous le roy d’Angle¬ 
terre ? » 

« Treshault et puissant seigneur, je veulx tenir 
de point en point, » dit la pucelle, « ce que mon pere 
5 vous a dit, car les premières promesses doivent tenir. 
Si me tiendroye a bien heuree si j’avois ung de voz 
barons de vostre royaulme. » 
p» 57v® « Or me dictes donc lequel vous || voulez, car 

veez en cy belle compaignie. Regardez dessoubz 
10 leurs robes, car chascun porte ses armes. » 


Comment le roy Jehan commenda au duc d’Or- 
leans et de Bourbon , et a plusieurs aultres, qu'ilz 
rebrassassent leurs robes. 


15 


20 


25 


i° 58 


Lors fit le roy Jehan rebrasser toutes les robes 
desdis barons, que moult beau veoir faisoit. Si se 
firent congnoistre les plus aagez que en Espaigne 
avoient estez avecq le feu roy, comme les ducz d’Or¬ 
léans et de Bourbon et plusieurs aultres barons. 
Le roy Jehan demanda de rechief a la pucelle : 
a Avez vous advisé lequel vous voulez de ceulx icy 
ou ce vous y voulez encores pencer ? » 

« Treshault seigneur, » dit elle, « a moy n’appartient 
pas de choisir, mais celuy que vous plaira me plaist 
en ensuivant la promesse que monseigneur mon 
pere fit au vostre. » 

« A, par Dieu, vous estes fine femme, » dit le roy 
Jehan, « puis que vous dictes que vous voulez tenir 
la promesse de vostre pere. C’est a dire que je doy 


tenir aussi la promesse que le mien fit, c’est que vous 


seriez ma femme. » Alors se || mirent tous a rire, 


6 L j'avoye — 16 L qui — 17 L le d. — 18L b. et sei- 
gneurs — 23 L qu'il vous — me plaira 


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86 


JEHAN DE PARIS 


fors que les Anglois. « Or sa, » dit le roy Jehan, « par 
vostre foy, vouldriez vous bien estre ma femme 
si vostre pere et mere le vouloient et si je m’y con- 
sentoye ? » 

5 « Sire, c’est une question ou il ne fault point de 

responce, car bien pouvez sçavoir qu’il n’est chose 
au monde que tant je désirasse. » 

a Or donc, ma mye, et je m'y consens, et vous 
prometz espouser le matin, au plaisir de Dieu et de 
io vous amys. » 

Le roy d’Espaigne et la royne le mercierent moult 
fort, et les roys d’Arragon, de Navarre et de Por¬ 
tugal luy vindrent demander pardon de ce qu’ilz 
ne luy avoient fait l’honneur que luy estoit deu. 
15 « Sire d'Angleterre, » dit le roy de France, « vous ne 

devez estre mal content de cecy, car elle estoit 
mienne passé a quinze ans, si n’ay voulu faulcer la 
promesse de feu mon pere. » 

Comment le roy d’Angleterre s’en alla de Burgues 
20 bien marry et courrossé quant il vit que le roy 

de France luy avoit osté celle que tenoit son 
cueur et sa fiensee. 

Voyant toutes choses, le roy d’Angleterre fut 
f® 58 V 0 moult marry et courrossé. Si se || partit du palais, 
25 et dès l’heure s’en alla monter a cheval et s’en alla, 
luy et ses gens, en leur païs les plus hastivement 
qu’ilz peurent. Après le despartement dudict roy, 
commença la feste grande et planteureuse par le 
palais, aussi fit elle par la cité, quant l'on sceut 
30 que c’estoit le roy de France qui espousoit la fille. 

12-13 L de Port, et de Nav. — 14 L qui — 20 Les 
jeuillets 65 et 66 (bien marry, p. 86, 1. 20 à p. 89,1. 3, et il) 
manquent en L 


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JEHAN DE PARIS 


87 


Le soupper fut moult grant et servis de plusieurs 
entremetz que venoient de la cuysine du roy de 
France, et moult fut regardee la vexelle en quoy 
il estoit servy. La pucelle estoit si joyeuse qu'on ne le 
5 sçauroit racompter ne dire, si m'en passe aussi 
pour cause de briefveté. 

Quant vint le lendemain au matin, le roy Jehan 
envoya de moult riches bagues a la pucelle, et si 
luy envoya de vexelle d’or pour ung buffet, et ung 
10 aiütre buffet de vaixelle d’argent et ung pavillon 
tout fait de fleurs de lys chargié de pierrerie le plus 
riche que l’on eust jamais veu, et luy envoya ses 
tailliendiers pour luy faire habillemens a la mode de 
France, et aussi a toutes ses damoiselles. il 


f» 59 Comment le roy de France espousa la fiUe du roy 

d’Espaigne en grant triumphe et honneur 
a Vahit du païs, ors mis la coronne qu'elle por- 
toit. 

Le jour venu que les nopces ce dévoient faire, 
20 si esposa le roy Jehan la fille au roy d’Espaigne 
en la ville de Burgues, et en l’abit du pais, ors mis la 
coronne que le roy Jehan luy donna, qui moult riche 
estoit. De la feste, des triumphes, des honneurs 
et des services qui y furent faitz, je m’en passe pour 
25 eschever la matière. 

Quant vint le soir, le roy Jehan dit que point ne 
cocheroit au palais, et pource furent meneez les dames 
en son logis avecq la mariee. Quant elles virent les 
merveilles et richesses qui y estoient, toutes disoient 
30 que a bonne heure estoit la pucelle nee d'avoir ung 
tel prÿice espousé, et qu’elle avoit fait en peu d’heure 
ung beau change. La pucelle estoit si tresjoyeuse 
qu’elle ne sçavoit quelle contenance faire. Ce pendant 


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88 


JEHAN DE PARIS 


que les dames la desabilloient, le roy Jehan arriva 
avecq belle compaignie, si dit a sa mye : « Et puis, 
i°59v°ma mye, vous desplaist il point d’avoir laissé H le 
palaix de vostre pere ?» 

5 « Certes, mon redoubté seigneur, il ne le me fault 

pas demander, car je n'euz jamais si parfaicte joye 
comme j'ay eu quant je me suis trouvée céans. 
Aussi n’est a comparer le palaix de monseigneur 
mon pere a vostre logis, mais encores vous dis je 
io plus, que quant vous n’ariez riens que vostre noble 
et redoubté personne, si vous ayme je mieulx que 
tout le demourant du monde. » Ce mot pleust moult 
fort au roy, si la corut acoler et baiser en luy disant : 

« Ma mye, ce mot jamais ne sera oublié. Or sa, que 
15 donrez vous a ses dames et damoiselles, que tant de 
peine ont prins pour vous ? » 

« Monseigneur, » dit elle, « je ne sçay. » 

« Veez la, » dit il, « ces six coffres plains de bagues 
et de draps d’or ; despartez les ou bon vous sem- 
20 blera, car pour ce faire ont ilz estez apportez. » 
La pucelle se agenoilla et moult humblement le mer- 
cia, mais il la leva bien tost et luy dit que plus ne le 
fit, mais que priveement a luy parlât, comme de 
pareil a pareil. « Il n’est pas raison », dit la mere. 

25 « Et je le veulx ainsi, » dit il, « et si luy commande 

despartir ces bagues et joyaulx aux dames et damoi¬ 
selles selon leur qualité, » dont elles prisèrent fort le 
i° 60 noble || roy de France. 

Comment on coucha la pucelle et comment le roy 
30 de France s’alla coucher auprès d’elle. 

% 

Après que l'espousee eut esté desabillee, se cocha, 
puis s’en allèrent les dames et damoiselles retirer 
chascune en son lieu. Si vint incontinant le roy de 


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JEHAN DE PARIS 




10 


France, a qui il tardoit bien l'heure, en la chambre;, 
lequel fut tantost desabillé. Si ce mit auprès de celle 
qu'il aymoit par dessus toutes créatures, et il n’avoit. 
pas tort, car c'estoit la plus doulce, la plus humble, 
la plus belle, la plus sage, la plus honneste et la. 
mieulx moriginee que fut pour lors en tout le monde. 
Grant joye s'entrefirent les deux amans, et firent de 
beaux passetemps durant la nuyt, comme voz aultres, 
jeunes gens que bien aymez quelque belle jeune fille, 
quant la povez tenir entre voz bras : Dieu scet le 
plaisir et la joye que vous avez. Si l’engrossa celle 
nuyt le roy d'un beau filz, que despuis fut roy de 
France. 


Et quant vint l’endemain, a heure de lever, le roy 
15 Jehan se leva et s'en alla railler avecq ses barons- 
que moult joyeulx estoient de leur seigneur que tant. 
f° 60 v® honnestement || son cas conduisoit. Les dames vin- 


20 


drent veoir la nouvelle royne que moult bonne chère 
leur fit, et ainsi comme ilz la cuydoient habiller,, 
vint ung maistre taillandier du roy qui leur dit 
a genoulx : « Mes dames, ne vous desplaise, car 


elle doit aujourd'uy estre habillée a la mode fran- 


çoise. » 

« Helas, mon amy, » dit la royne de France, « je vous 
25 prie que je y soye habillée, car bonne Françoise suis 
et seray tout mon vivant. » 


Comment Us costuriers et taiUiandUrs du roy 
Jehan habiUerent la royne a la mode de France. 

Incontinant vindrent escuyers et costuriers de 
30 par le roy Jehan mectre la jeune royne en point 

9 L quant bien — 1 2 L qui — 14 L l'end, matin — 
16 L qui m. — 18 L nouv. marie*- qui — 19 L elles — 
20 L que — 24 nouvelle royne --29 L vind. tailliendiers et 


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90 


JEHAN DE PARIS 


5 

1 ° 6l 

10 

15 

20 


a grant diligence. Si luy vestirent une moult riche 
cotte d'ung drap d’or cramoisi, et par dessus une 
robe d’ung velours bleu semé de fleurs de lis d’or, 
tant belle et tant mignonne que avecq la beaulté 
qu’elle avoit sembloit plus divine qu’humaine. 
Puis luy mirent en la teste ung atour merveilleuse¬ 
ment beau et riche. Si luy fut mis autour ung colier 
d’or || tout couvert de rubis, de diamans, et d’esme- 
rauldes, et y avoit au millieu ung escharboucle que 
rendoit une grant lumière. Et ainsi comme l’on 
l'abilloit, vindrent les roys d’Espaigne, de Portugal, 
de Navarre, et d’Arragon, qu’ilz trouvèrent le roy 
Jehan qui estoit avecq ses barons. Si le saluèrent, 
et il les recueillit moult doulcement, puis luy deman- 
dirent comme il luy estoit depuis a soir. « Moult 
bien, la Dieu mercy, si trouverez vostre fille sayne 
et saulve. » 

o Nous l'irons veoir, par vostre congié », dirent les 


quatre roys. 

« Et je y vois avecques vous, » dit le roy Jehan, 
« pour veoir et oyr qu’elle vous dira. » Et quant il z 
furent entrez en la chambre et ilz virent la royne de 
France ainsi habillée, luy firent la reverence deue 
comme a royne appartient. 


25 Comme le roy de Navarre, parlant a la royne de 

France, luy dit que les fleurs de lis luy estoient 
monteez dessus. 

Quant les quatre roys eurent fait la reverence 
a la nouvelle royne, elle leur rendit leur salut et leur 

5 L beaulté qui estoit en elle s. — 7 L puis luy — mis au 
col ung — 12 L qui — 15 I comment — 20-21 L II me 
plaist bien, dit le roy J. et si iray avecques vous pour ouyr 
qu’elle vous dira. — 22 L et virent — 24 L a telle r. 
appartenoit — 25 L comment — 27 L montrez 


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JEHAN DE PARIS 


91 


fit moult bonne chiere. Si furent moult esbays de 
4 ? 61 v® la veoir en si riche estât, || si luy dit le roy de Navarre 
en riant : « Comment, ma dame ma cosine, les fleurs 
de lis vous ont monteez dessus le corps ? » 

5 « Ouy, » dit elle, « beau cosin, mais encores en y a il 

beaucop plus par dedans, que jamais n’en sauldront. » 
Quant le roy Jehan l’entendit, il en fut merveilleuse¬ 
ment joyeux, si n’en fit nul semblant. Quant tout 
fut appresté, on alla a l’esglise, qui fut moult riche- 
10 ment tendue de fleurs de lis, et le roy les donna 
a l’esglise, et tous les haomemens de l’autel, qui 
grant richesse valloient. 

Que vous iroys je plus racomptant ? La feste dura 
quinze jours, si donna le roy Jehan de moult riches 
35 dons au roy et a la royne d'Espaigne, ses beau 
pere et mere, si fit il aux roys d'Arragon, de Portu¬ 
gal et de Navarre, et a leurs femmes, et generalle- 
ment a tous les chevaliers, barons, seigneurs, dames 
et damoiselles, tant que chascun le tenoit au plus 
2,0 vaillant et riche prince que fut au monde. 

Comment le roy Jehan print congié de son beau 
pere et de sa belle mere pour s’en retomer en 
France, et comment la royne de France ploroit 
pource qu’il avoit dit que la lairroit en Espaigne. 

4 ° 6» || Après que les nopces furent passeez, le roy de 

France vint au roy d’Espaigne et la royne, présent 
leur fille sa femme, si leur dit : « Beau pere, et vous, 
belle mere, vous sçavez comme j’ay grant charge 
de mon royaulme gouverner et entretenir, et si ay 
30 avec moy la plus part de mes barons, si ay laissé 

2 L Adonc luy — 4 L montez — 10 L lis, lesquelles le r. 
donna a ladicte — 24 L pource qu’elle avoit ouy dire qu’elle 
demouroit en Esp. — 26 Lala — 30 L j ’ay laissé 


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92 


JEHAN DE PARIS 


ma mere seulle que grant désir a de me revoir. 
Pource, si est de vostre plaisir, me donnerez congié, 
et doubtant vous desplaire, ne vous oze demander 
licence d’emmener ma mye, car si c’est vostre plaisir 
5 qu’elle demeure, je la vous recommande. Je luy 
laisseray son estât comme a telle royne appartient, 
car de voz biens ne veulx je qu’elle despende ung 
denier. Je vous prie que traictez bien vostre peuple, 
et le plus que pourrez le gardez de oppresser, et ilz. 
io prieront Dieu pour vous. » En disant ces parolles 
la jeune dame fondoit en lermes, voyant qu’elle 
estoit pour demeurer, et que son amy s’en alloit 
sans elle. 

Oyant le roy d’Espaigne ce que le roy de France 
15 luy avoit dit, luy respondit : « Monseigneur mon filz, 
puis qu’il vous a pieu de me faire cest honneur que 
d’avoir prins ma fille a femme, je vous supplie 
f® 62 v° que || ne la vueillez laisser, car sans vous elle ne 
pourroit durer, comme la raison bien le vouldroit. 
20 Si vous supplie que en ce royaulme vueillez commectre 
telz gouverneurs comme il vous plaira, car dès main¬ 
tenant je vous livre le royaulme. » 

« Monseigneur, » dit le roy de France, « qu'est ce que 
vous avez dit ? Je vous prie que jamais n'en soit 
25 parlé, car de ce royaulme et du mien tant comme 
vous vivrez pourrez faire et disposer a vostre vou- 
lenté, car soyez seur et certain que vostre royaulme 
ne voz biens ne m'ont point esmeu a avoir vostre 
fille que icy est, mais sa bonne renommee. Et puis 
30 que c’est vostre bon plaisir que je l’en mayne, j’en 
suis moult joyeulx, ce elle y veult consentir. » 
Quant la royne de France ouyt les parolles que le 


1 L qui — 2 L c'est vos. — donrez — 4 L s’il — 6 L 
lerray — 9 L vous pourrez — oppression — 11 L larmes — 
12 demourer — 16 pieu me f. — 29 L qui icy — 31 L s'i 


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JEHAN DE PARIS 


93 


roy Jehan avoit dictes, elle se gecta a genoulx de¬ 
vant luy en disant : « Mon tresredoubté seigneur, 
pour quoy demandez vous mon consentement ? 
Car sur ma foy je n’en ay point, si non ainsi comme 
5 le vostre le meyne, et vous asseure pour tous- 
jours que vous ne sçariez vouloir chose qui ne me 
pleust, et s’il estoit possible que je peusse sçavoir 
toutes voz voulentez, a mon pouvoir je les acom- 
plieroye. » || 

f° 63 Longuement parlèrent ensemble de ceste départie 
que trop seroit longue a racompter. A la fin, après 
plusieurs parolles, pleurs et regretz, prinrent congié 
les ungs des aultres. 


Comment le roy de France et sa femme la royne 
15 partirent d’Espaigne pour eulx en aller en 

France. 

Avoir prins congié les ungs des aultres, le roy 
de France et la royne ce partirent d’Espaigne, et 
firent tant par leurs journées qu'ilz arrivèrent en 
20 France, ou ilz furent receuz par les bonnes citez et 
villes a grant honneur et triumphe, et firent tant 
qu’ilz arrivèrent a Paris, ou la réception que l’on 
leur fit seroit trop longue a racompter, car grant 
honneur leur fut faict, et aux seigneurs d’Espaigne, 
25 que leur dame avoient conduitte. Si demeurèrent 
en France six mois, pendant lequel temps firent 
bonne chere, si s’en retomerent en Espaigne. Et au 
bout de neuf moys fit la royne ung beau filz, et au 
bout de cinq ans en fit ung aultre, lequel fut roy 

6 L sçauriez demander c. — 7 L plaise — 24 N furent f. 
— 25 L qui 


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JEHAN DE PARIS 


94 

f»6sv«d*Espaigne après || le decèz de son grant pere, et le 
premier fut roy de France après son pere, que 
longuement vesquit, et que tint son royaulme en 
bonne paix et union. Puis trespasserent de ce siecle 
5 pour aller en la gloire etemelle, ou je prie a Dieu 
qu’il nous doint grâce que y puissions parvenir. 
Amen. 

2 L qui 1 . v. et qui t. 


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INDEX 


DES NOMS DE PERSONNE ET DE LIEU 1 


Ancien Testament, 74, 16, sujet 
de tapisserie. 

Angleterre, 19, 18 ; 20,16 ; 39, 
3. etc. 

Angleterre (roi d’), x8, 13 ; 18, 
13, etc. 

Angloii, 19, 7 et 16 ; 23, 17, etc- 
Anne, 18, 17, fille du roi et de la 
reine d'Espagne. 

Arragon (reine d’), 44, n; 46, 
28. etc. 

Arragon (roi d’), 44, 10 ; 46, 
11, etc. 

Artenay, 33, t, bourg du Loiret, 
à 20 ML N. d'Orléans. 

Baionne, Bayonne, 8, 26 ; 37, 
28 : 38, 22, etc. 

Beau sse, 27,14 ; 27, 18, la Beauce. 
Biscaye, 9, 2. 

Bourdeaux, Bourdeaulx, 8, 
26 ; 27,15 ; 31» 26, etc. 
Bourbon, Borbon (duc de), 21, 
28 ; 22, 17 ; 26, 3 ; 73 » 20, etc, 
Burges, Burgues, 9, 14 ; 9, 20 ; 
43, 4, etc., Burgoe. 

x. Les chiffres renvoient à la page 


Chippre, 5 7, 19, voy. à or. 

Dieu, 3, 3; 11,23; 14. 4, etc. 

Etes Favisre, 38, 21, Herbe 
Faverie, aujourd’hui La Bou- 
heyre, canton de Sabres, depar¬ 
tement des Landes. 

Engleterre. Ct. Angleterre. 

Espaigne, 5, 30 ; 8, ai, etc. 

Espaigne (reine d’), 5, 17 ; 6, 
28, etc. 

Espaigne (roi d’), 4, 1 ; 4, 18, 
etc. ; 94, 1, petit-fils du précé¬ 
dent. 

Estampes, Estbmpes, 27» 16 ; 
27, 18 ; 27, 28. 

e 

France, 4, 5 ; 4, 12, etc. 

France (reine de), 20, 27, etc. ; 
89, 24 ; 91, 23. etc., femme de 
Jehan de Paris. 

Franck (roi de), 4, 2, etc. ; 20, 
22 ; 21, 16, etc., fils du précè¬ 
dent ; 89, 12 ; 94, 2,Jls du pré¬ 
cédent. 

I François (les), a8, 26, etc. 

et à la ligne. 


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*96 INDEX DES NOMS DE PERSONNE ET DE LIEU 


Gabriel, 60, 29 ; 61, 2, page du 
héraut de J. de P. 

Grenade (roi de), 3, 10. 

Jehan, 4, 7, fils du roi et de la 
reine de France. 

Jehan de Paris, 27, 9 ; 27, 20, 
etc. 

Jehan (Sainct), 79, 15, juron . 
Jesuscrist, n, 21, 

Lencastrk (conte de), 19, 6 ; 

19, 27. 

Londres, 19, 20; ao, 5. 

Navarre (roi de), 44, *1 ; 54 , 
• 16. etc. 

Normandie, 20, 19. 

Normandie (duc de), 80, 10 

Orléans, 27, 13 ; 32, 17, etc. 
Orléans (duc d’), 21, 28, 22, 
17, etc. 

Paris, 4, 9 : 7 . 5 . etc. 

Piquault (par Sainct), 31, 21, 


juron. D'après Le Duchat (éd. 
de Rabelais, Amsterdam, 1711, 
voL III, p. 138, note x), Pi¬ 
quault, ou Picault ou Picaut 
serait une forme francisée du 
juron suisse bigott. 

Portugal (roi de), 44, 10 ; 47, 
2i, etc. 

Quarion (conte de), 67, 17 ; 67, 
19 ; 68,18, etc., Carriân. 

Seguonye, 5, 19; 7, 18; 9, 13, 
etc., Ségooie. 

ScfUYSSE, 34, 9, voy. k tabourin. 

Troye (destruction de), 68, 28 ; 
70, 12, sujet de tapisserie. 

Vierge Marie, 54, 22 j $6, 9, etc. 

Vincennks, 23, 13 ; 25, 32 ; 26, 
a, etc. 

Vincennks (bois de), 21, 4; 22, 
11, etc. 


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■ .*» 



GLOSSAIRE 



a, 16, 4; 20, 19; 22, 10, etc., 
avec ; à tout, 27, ai, etc., ara. 
aChotton, 8, 1, cause. 
acoler, 75, 16 ; 88, 13, se jeter 

au cou de q.q. 

aconceu, part. £«*». de aconsivre» 
30, 11, atteint. 

adresser (soi), 38, 1, te diriger. 
affier, 46, 26; assurer: 
allouer (soi), 40, 3, se mettre ans 
gages de q.q. 

amraoteur, 11, 4, instigateur. 
amour, pour F— de, 30, 28 ;-39, 
14, A cause de. 

a 

anuyt, 3a, 16 ; 30, 9, cette nuit. 
atour, 90, 6, coiffure de tfte. 
avouer. Soi — à ou pour q.q., 43, 
‘ 9 et 14, le reconnaître pour 
seigneur.' 

*• I 

bagues, 23, 14; 26, 9 et 17; 58, 
16 ; 87, 8 ; 88, 18 et 26, objets 
d’habille m en t preeieun. Voir La* 
b.»rdk iLéon de), Glossaire 
traçais du moyen dge,' Paris, 
187a, p. 135. 

bastante, 46, 23, suffisant. 
bellement, 37, 19 et 21 ; 41, a, 
doucement. 

brochor, 66, 13, piquer. 


i 

I 

• • 

• • 

camnane, 63, 7, cloche. 
carreau, 37, 9, coussin carre. 

chef. Mots que n’ont 'ne—’ ne i 

queue, 47, 7 - 

chose. C’est grant'*—, 38,- 8, il est ‘ 

fort probable. 

ciel, 36, iâ ; 74 » 9 » Plafond. 
contreactendte, 27, i$, attendre. 
convoyer, 71, ro, 18 -et 29, cmi- 
nier. 

costillier, 26, 6, soldat armé de la 
coustille ou sabre à deux tran¬ 
chants. 

costurier, 26, 11 ; 89, 27 et 29, 
tailleur. 

couvrechief de plaisance, 66, 9, 
long et riche volet ou lambre¬ 
quin qui, dans le costume militaire 
d'apparat, pendait du heaume 
f Grande Encyclopédie, s. v°). 

\ 

demain, 22, 22 ; 27, 13, etc., le 
lendemain. 

denuncier, 11, 2, signifier. 
despehdre, 32, 4 et 19; 34, 12; 

92, 7, dépenser. 
despens, 32, 7, frais. 
dessevré, 10, 30, séparé. 
diffamation, 3, 13, propos scanda¬ 
leux. 

7 


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GLOSSAIRE 


98 

dissimulé, «3, 23» incognito ; en 
habit — 24, 15» déguisé. 
donné a entendre, subst., 5, 13, 
insinuation. 

dont, 82, 3. donc ; 3» *3 ; 37 , ax, 
d’od. 

doubler, 29, 25; 43, 20; 92, 3, 
redouter. 

a _ 

droit, 31, xa ; 61, 16 ; 77 , 23, vrai. 
droit (an — de), 66, 8, en tac* d*. 
doit, 62, 9, acco ut u mé. 

eage Estre fort ans 1 '—, 14, 20, 
Hreégé. 

en, 48, 20 ; 33 , lê, on. 
endiner (soi), 3, si, s* laisser 
entraimer ; 75 , *4 78 , * 3 , 

saluer. 

enclin, 60,12, attentif. 
endroit En son —» 33, 32, à sa 
droite ; prendre du meilleur —, 
78, 22, tirer le meilleur profit 
possible de V occasion. 
enserré, 33, 13, A P étroit. 
entendre. Y —, 24, 1, y Peter 
attentio n. 

escharboucle, 90, 9, rubis. Voir 
L. 1» La bords, op. cit n p. 263. 
eschercr, 87, 25, achever. 
esmayer (soi), 31, 23, s’ennuyer ; 

4 «. 3 Î 43 , aS, s'inquiéter. 
espama, 57, 13» occasion. 
espieas, 76, 16 et 29, confiseries. 
Voir L. dk Labokdk, op. cit., 
1 ». v» dragée. 

ezerciter (soi), 6, 3, t'exercer . 

flotte, 31, 25, troupe. 
folia»tre, 39, 27 : 79 , aa, Ion. 

folié, x6, X, maltraité. 

gorre, 24, 16, pompe. 

habit. De son —, 76, 29, habillé 
comme lui 


haultement, 36, 19, abon d amm e nt. 
hausterité, 34, 17, raideur. 
hocqoeton, 39, 29, etc., Petit 
manteau court. 
holiifan, 39, 23, é lép han t . 
hosseure, 64, 17, etc., caparaçon 
de cheval. 

huisset,. 72, 20, petite porte à un 
bottant. 

impencer, 43, 15, penser. 

las, lax, 42, 22 ; 48, 19 î &3, 26, 
filet. 

laa»on, 84, 7, JdeL 

legier (de), 3, xa, aisément. 

legierement, 29, 20, rapidement; 

39, 33, agréahlement. 
lune. Tenir ung quartier de la —, 
- 47, 6, tre À moitié ton. 

marches, 31, x8, parages. 
mesprison, 40, 6, dommage. 
meetier (estre), 20, 16, tre néces¬ 
saire. 

mesure. De — d’eage, 30, 1, du 
même âge. 

mignon, 90, 4, élégant. 
mignonnement, 27, 1, avec élé¬ 
gance. 

mon, 58, xi, particule affirmative, 
moriginé (bien), 18,4 et 20 ; 89, 6, 
qui a de bonnes mœurs. 
moult, 81, xi, particule affirma¬ 
tive. 

noise, noise. Prendre — a q*q., 62, 
3 ; 67, xo, chercher querelle. 
nuyt Toute —, 22, 18, de nuit ; 
30, 2i et 26, toute la nuit. 

or de Chippre, 37, 19, fil de soie 
recouvert de fil d'or. Voir L. de 
Laborde, op. et., p. 410. 


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GLOSSAIRE 


99 


■orfaverie, 39, 29, etc., tmvail 
d’orfèvrerie. 

oaeaulz, 82, 17, houseaux. 

pâlie, 74, 18, riche drap d’or 
pavement, 36, 12, etc., Pavage 
intérieur. 

penom, 38, 21, bannière à longue 
queue, attachée i la lance. 
piesse, 68, 30, un certain espace de 
temps. 

planté. A —, 37. 19» largement ; 

grant —, 39 * 24. 
populaire, 10, 27 et 30, peuple. 
poulaille, 34, z, volaille. 
pouldriere, 30, 28, poussière. 
propice, x8, 11, qui contient. 
que 5, 9, etc., qui; 38, 10; 46, 
10, etc., ce que; 22, 13, etc., 
ce qui. 

qui, 77» 29, etc., qu’il. 
qu’il, 9, 16, qu’ils ; 27, 8 ; 84, 10, 
etc., qui il. 

■qu’il*, 3, 8 et ao ; 8, 13, etc., qui. 

rebras, 64, 15, bord retroussé. 
recueil, xi, 26 21, 19, etc, 

accueil. 

recueillir, 90, 14, accueillir. 
regracier, 13, 12, rendre grâces à. 
repairer, 6, 9, réparer. 
retraire (soi), 21, 18, se retirer ; 
39, 13 et x6, se rétrécir. 


rimer. Ne savoir que y —, 58, 2, 
n'y rien comprendre. 

semblant (de), 65, 3, pareil ; faire 
-■ de, 72, 28, faire mine de. 
semondre, 73 , 3 et 30, inviter. 
soir (a), 90, 13, la veille. 
solempne, 4,17, solennel. 
soufferte, 38, xi, pénurie. 
suppôt, 4, 13, subordonne. 

tabourin de Souÿtoe, 34, 8, petit 
tambour de forme allongée. 
talant, 42, 2, envie; mal —, 10, 
8, mauvais vouloir. 
taudis, 33,13, sorte de fortification. 

utenxille, 33, 13 ; 33, 27, ce qui 
est nécessaire au service du 
ménage. 

vaisselle, vaixelle, vexelle, 34, ai, 
etc., vaisselle d'or et d’argent. 
vallet. Faire le bon —, 71, 26, 
faire le bon apôtre. 
vefve, 18, 14, veuf. 
verge, 29, 5, baguette, signe d’au • 
Unité. Voir L de Labordk, 
op. cit., p. 336. 
voullataille, 33, 27, volaille. 


7. 


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TABLE DES MATIÈRES 


Introduction . vu-xx 

1. Dénombrement des manuscrits et éditions.. vïi-x 

2. Classement des textes . x-xvi 

3. Etablissement du texte. xvi-xix 

4. L’auteur et la date . xix-xx 

Texte. 1-94 

Index des noms de personne et de lieu .... 95-96 

'Glossaire. 97-99 


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Publications de la Société des Anciens Textes Fran¬ 
çais (En vente à la librairie Edouard Champion,. 
5 , Quai Malaquais, Paris.) 


Bulletin dé la Société des Anciens Textes Français (année* 1875 & 1913). 
N'est vendu qu’aux membres de la Société au prix de 3 fr. par année, 
sur papier de Hollande, et de 6 fr. sur papier Whatman. 

Chansons françaises du xv* siècle publiées d’après le manuscrit de la 
Bibliothèque nationale de Paris par Gaston Paris, et accompagnées de¬ 
là musique transcrite en notation moderne par Auguste Gxvaert 
(1875). Épuisé. 

Les plus anciens Monuments de la langue française (xx*, x* siècles) pu¬ 
bliés par Gaston Paris. Album de neuf planches exécutées par la pho¬ 
togravure (1875). Épuisé. 

Brun de la Montaigne, roman d’aventure publié pour la première fois»- 
d’après le manuscrit unique de Paris par Paul Meyer (1875). Sur 
papier Whatman seulement. jo fr. 

Miracles de Nostre Dame par personnages publiés d’après le manuscrit, 
de la Bibliothèque nationale par Gaston Paris et Ulysse Robert f 
texte complet t. I à VII (1876, 1877, 1878, 1879, 1880, x88x, 1883),. 
le vol. X5 fr. 

Le t. VU est épuisé sur papier de Hollande. 

Le t. VIII, dû à M. François Bonnardot, comprend le vocabulaire,, 
la table des noms et celle des citations bibliques (1893). 25 fr. 

Guillaume de Paleme publié d’après le manuscrit de la bibliothèque de 
l’Arsenal à Paris, par Henri Michelant (1876). Épuisé sur papier 
ordinaire. 

L’ouvrage sur papier Whatman. 40 fr. 

Deux Rédactions du Roman des Sept Sages de Rome publiées par Gaston. 
Paris ( x 876). Épuisé sur papier ordinaire.. 

L’ouvrage sur papier Whatman. 40 fr.. 

Aiol, chanson de geste publiée d’après le manuscrit unique de Paris par 
Jacques Normand et Gaston Raynaud (1877). Épuisé sur papier ordi--' 
naire. 

L’ouvrage sur papier Whatman. 50 fr. 

Le Débat des Hérauts de France et <TA ngleterre, suivi de The Dcbate 6e- 
tween the H étalés nf En gland and France, by John Coke, édition com¬ 
mencée par I.. Pannier et achevée par Paul Meyer (1877).. 15 fr. 

Œuvres complètes d’Eus tache Deschamps publiées d’après le manuscrit de¬ 
là Bibliothèque nationale par le marquis de Queux de Saint-Hilaire,. 
tl à VI, et par Gaston Raynaud, t. VII à XI (1878, 1880, 1882, X884, 
X887, 1889, 1891, 1893,1894, 1901» 1903), ouvrage terminé, 
le vol. 20 fr. 

Le saint Voyage de Jherusalem du seigneur éPAnglure publié par François. 
Bonnardot et Auguste Longnon (1878). 20 fr.. 


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Chronique du Mont Saint-Michel (1343-1468) publiée avec notes et pièces 
diverses par Siméon Lues, 1.1 et II (1879,1883), le vol. aa fr. 

Elie de Saint- GUI*, chanson de geste publiée avec introduction, gkmaire 
et index, par Gaston Raynaud, accompagnée de la rédaction norvé¬ 
gienne traduite par Eugène Koklbing (1879). 15 fr. 

Daurel et Béton, chanson de geste provençale publiée pour la première fois 
d’après le manuscrit unique appartenant à M. F. Didot par Paul MlYU 
(1880). Sur papier Whatxnan seulement. 30 fr. 

La Vie de saint Gilles, par Guillaume de Berneville, poème du xii* siècle 
publié d’après le manuscrit unique de Florence par Gaston Paris et 
Alphonse Bos (1881). 20 fr. 

L'Amant rendu cordelier à l'observance <Tamour, poème attribué à Mar¬ 
tial d’Auverone, publié d’après les mss. et les anciennes éditions par 
A. dk Montaiglon (x88x). 15 fr* 

Raoul de Cambrai, chanson de geste publiée par Paul Meybr et Auguste 
Loxgnon (1882). Sur papier Whatman seulement. 50 fr. 

Le Dit de la Panthère d'Amours, par Nicole de Margival, poème du 
xiii* siècle publié par Henry A. Todd (1883). 15 fr. 

l^s Œuvres poétiques de Philippe de Remi, sire de Beaumanoir, publiées 
par H. Suchier, 1.1 et II (1884-83). Ensemble. 40 fr. 

La Mort Aymeri de Narbonne, chanson de geste publiée par J. Cou- 
raye du Parc (1884). 20 fr. 

Trois Versions rimées de P Evangile de Nicodème publiées par G. Paris et 
A. Bos (1883). 20 fr. 

Fragments d’uns Vie de saint Thomas de Cantorbéry, publiés pour la pre¬ 
mière fois d’après les feuilles appartenant à la collection Goethaïs Ver- 
cruvsse, avec fac-similé en héliogravure de l’original, par Paul Meyer 
( 1883). 20 fr. 

•Œuvres poétiques de Christine de Pisan publiées par Maurice Roy, 1 . 1 , II 
et III (1886,1891, 1896), le vol. 20 fr. 

Merlin, roman en prose du xm* siècle publié d’après le ms. appartenant 
à M. A. Huth, par G. Paris et J. Ulrich, 1.1 et II (1886). Sur papier 
Whatman seulement. Le vol. 40 fr. 

Aymeri de Narbonne, chanson de geste publiée par Louis Déraison, 11 
et II (1887). Sur papier Whatman seulement Le vol. 40 fr. 

Le Mystère de saint Bernard de Menthon publié d’après le ms. unique ap¬ 
partenant à M. le comte de Menthon par A. Lkcoy de la Marche 
( 1888). 15 fr. 

Les quatre Ages de l'homme, traité moral de Philippe de Novarre, pu¬ 
blié par Marcel de Fréville (1888). 20 fr. 

Le Couronnement de Louis, chanson de geste publiée par E. Langlois, 
(1888). Épuisé sur papier ordinaire. 

L’ouvrage sur papier Whatman... 30 fr. 

Les Contes moralisés de Nicole Boxon publiés par Miss L. Toulmin Smith 
et M. Paul Meyer (1889). 23 fr. 

Rondeaux et autres Poésies du XV siècle publiés d’après le manuscrit de 
la Bibliothèque nationale, par Gaston Raynaud (1889). 20 fr. 

Le Roman de Thèbes, édition critique d'après tous les manuscrits connus, 
par Léopold Constans, t. I et II (1890) Ensemble. 50 fr. 

Ces deux volumes ne se vendent pas séparément. 

Le Chansonnier français de Saint- Germain-des-Prés (Bibl. nat., fr. 2005Ô), 
reproduction phototypique avec transcription, par Paul Meyer et 
Gaston Raynaud, t. I (1892).. 10 fr. 

Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole publié d’après le manuscrit du 
VaticxmparG.SERVOis(i893).SurpapierWhatmanseulement. 40 fr. 


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L'Escoufe, roman d’aven tore, publié pour la première fois d'après 1 » 
manuscrit unique de l’Arsenal, par H. Michblant et P. Meyer 
(X894). *5 fr. 

Guillaume de la Barre, roman d’aventures, par Arnaut Vidal de Castel- 
naudari, publié par Paul Meyer (1893). 20 fr. 

Meliador, par Jean Froissart, publié par A. Longnon, t. I, II et III 

(1895-1899), le vol. «o fr. 

La Prise de Cordres et de SebiUe, chanson de geste publiée, d’après le 
ms. unique de la Bibliothèque nationale, par Ovide Densusianu 
(1896). Epuisé. 

Œuvres poétiques de Gu il l aume Alexis, prieur de Bucy, publiées par 
Arthur Piagbt et Émile Picot, t. I, II et III (1896, 1899, 2908), 
le volume. 20 fr. 


L'Art de Chevalerie, traduction du De re militari de Végèce par Jean de 
Meun, publié, avec une étude sur cette traduction et sur Li Abrejance 
de VOrdre de Chevalerie de Jean Priorat, par Ulysse Robert (1897). 

. 20 fr. 

Li A brejance de rOrdre de Chevalerie, mise en vers de la traduction de 
Végèce par Jean de Meun, par Jean Priorat de Besançon, publiée 
avec un glossaire par Ulysse Robert (2897). 20 fr. 

La Chirurgie de Maitre Henri de Mondeviüe, traduction contemporaine 
de l’auteur, publiée d’après le ms. unique de la Bibliothèque nationale 
par le Docteur A. Bos, 1 .1 et II (1897,1898). Ensemble.. 40 fr. 

Les Narbonnais, chanson de geste publiée pour la première fois par Her¬ 
mann Suchier, 1.1 et II (1898). Épuisé. 

Orson de Beauvais, chanson de geste du xu" siècle publiée d’après le ma¬ 
nuscrit unique de Chcltenham par Gaston Paris (1899). 20 fr. 

L'Apocalypse en français au XIII • siècle (BibL nat. fr. 403), publiée par 
L. Delisle et P. Meyer. Reproduction phototypique (1900).. 100 fr. 

— Texte et introduction (1901). 25 fr. 

Les Chansons de Gace Brulé, publiées par G. Huet (2902). 15 fr. 

Le Roman de Tristan, par Thomas, poème du xii* siècle publié par Jo- 


IlOl 




Recueil général des Sotties, publié par Ém. Picot, t. I, II et III (1902, 
1904,1912), le vol. 20 fr. 

Robert le Diable, roman d’aventures publié par E. LAsbth (1903). 20 fr. 

Le Roman de Tristan, par Béroul et un anonyme, poème du xn* siècle, 
publié par Ernest Muret (1903). Épuisé. , 

Maistre Pierre Pathelin hystorié, reproduction en fac-similé de l’édition 
imprimée vers 1500 par Marion de Malaunoy, veuve de Pierre Le Caron 

(*904) . 15 fr. 

Le Roman de Troie, par Benoit de Sainte-Maure, publié d'après tous 
les manuscrits connus, par L. Constans, t. I, II, III, IV, V, et VI 
(1904, 1906, 1907, 1908, 1909, 191a), le vol. 23 fr. 

Les Vers de la Mort, par Héiinant, moine de Froidmont, publiés d’après 
tous les manuscrits connus par Fr. Wulff et Em. Walberg (1905). 
Épuisé. 

Les Cent Ballades, poème du xrv* siècle, publié avec deux reproductions 
phototypiques, par Gaston Raynaud (1903). 20 fr. 

Le Montage Guillaume, chanson de geste du xii* siècle, publiée par 
W. Cloetta, 1 . 1 et II (1906,1911), le vol . 23 fr. 

Florence de Rome, chanson d'aventure du premier quart du xm* siècle, 
publiée par A. WallenskÔld, 1 . 1 et II (1907, 1909), le vol.. 20 fr. 


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Las deux Poèmes de la Folie Tristan, publié* par Joaeph BIdier 
(1907). Épuisé. 


-Les Œuvres de Guillaume de Machaut, publiées par E. Hœpwnii, t. I 
(1908).. 20 fr. 

— t. II et III (i9ix*Z92i). Le vol. 23 fr. 

Les Œuvres de Simuud de Freine, publiées par John E. Matxke 

(1909).'.. 20 fr. 

Le Jardin de Plaisance et Fleur de Rhétorique, reproduction en fac-similé 
de l’édition publiée par Antoine Vérard vers 1501 (1910).zoo fr. 

■Chansons et descorts de Gautier de Dargies, publiés par G. Huet 

(191a)... zo fr. 


L'Entrée d'Espagne, chanson de geste franco-italienne, publiée par 
A. Thomas, t. I et II (1913). Ensemble ..... 30 fr. 

Le Lai de POmbre, par Jean Rknart, publié par J. Bédibr (1913) x5 fr. 

Le Roman de la Rose, par Guillaume de Lorris et Jean de Meun, pu¬ 
blié d’après les manuscrits, par E. Langlois. 

Tomes I, II, III et IV (Z914, 1920, 1922). Le voL. 32 fr. 

Le Roman de Fauvel, par Gervais du Bus, publié d'après tous les manus¬ 
crits connus, par M. A. Langfors (1914-1919). 20 fr. 

L>oon de la Roche, chanson de ge6te, publiée par. P. Meyer et G. Huet 

. (1921). 32 fr. 

La Fille du Comte de Pontkieu, publié par C. Brunel (1922).. 32 fr. 

Le Roman de Jehan de Paris, publié par M“» B. Wickersheimer 

(1923) . 3« fr 

Les Fortunes et Adversités de Jean Reonier, publiées par M u « E. Daoz 

(1923). 3» fr- 



Le Mistère du Vieil Testament, publié avec introduction, notes et glos- 
. saire, par le baron James de Rothschild, t. I-VI (1878-1891), ouvrage 

terminé, le vol. 20 Ç. 

(Ouvrage imprimé aux frais du baron James de Rothschild et offert aux 
membres de la Société ). 


. Tous ces ouvrages sont in-8°, excepté Les plus anciens Monuments de 
la langue française et la reproduction de Y Apocalypse, qui sont grand 
in-folio, et la reproduction du Jardin de Plaisance, qui est in-4 0 . 

Il a été fait de chaque ouvrage un tirage à petit nombre sur papier 
Whatman. Le prix des exemplaires sur ce papier est double de celui des 
exemplaires sur papier ordinaire. 

Les membres de la Société ont droit à une remise de 25 p. 100 sur tous 
les prix indiqués ci-dessus. 


La Société des Anciens Textes français a obtenu pour ses 
publications le prix Archon-Despérouses, à l'Académie fran¬ 
çaise, en 1882, et le prix La Grange, à l’Académie des Inscrip¬ 
tions et 'Belles-Lettres, en 1883, 1895,1901, 1908, 1911, 1914 
et 1918. 


—— » b i - 

ABBEVILLE. - IMPRIMERIE F. PAILLART 



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